Près de Kénitra, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Rabat, les autorités ont installé un vaste campement où s’alignent à perte de vue de petites tentes bleues accueillant la population déplacée par les récentes inondations, liées à des épisodes de précipitations exceptionnels. Plus de 7 800 familles, soit plus de 38 700 personnes, y ont trouvé refuge. Au total, plus de 150 000 habitants ont été évacués depuis la semaine dernière dans le nord-ouest du pays.

Dans certaines localités, des enfants et des personnes âgées ont attendu les secours sur les toits de leurs habitations, encerclées par les eaux, avant d’être évacués par la gendarmerie royale à l’aide de petites embarcations. Des distributions d’aide humanitaire ont également été effectuées par hélicoptère, de nombreuses routes restant submergées.

Des habitants évacués dans la région de Sidi Kacem, au nord-ouest du Maroc, ce 5 février.

Des habitants évacués dans la région de Sidi Kacem, au nord-ouest du Maroc, ce 5 février.

AFP

« L’eau continue de monter »

De fortes pluies, des averses orageuses avec risque de grêle et de fortes rafales de vent ont encore été annoncées dimanche jusqu’à mardi dans plusieurs provinces par la Direction générale de la météorologie (DGM).

Autour des tentes du camp près de Kénitra, la vie s’organise. Une femme frotte son linge dans une bassine avec une planche à laver à quelques mètres d’enclos abritant vaches, chevaux, poules et moutons, eux aussi déplacés par les eaux. Sur place, des vétérinaires administrent piqûres et traitements aux animaux affaiblis. Près du campement, une brebis et son agneau gisent, morts.

Plus loin, une longue file s’étire devant une clinique mobile qui reçoit des personnes malades ou légèrement blessées. « La hauteur de l’eau était d’environ un mètre et demi », se souvient Ali El Aouni, assis sous sa toile de tente, entouré de sa famille et de quelques ustensiles dont des verres à thé, un tajine et plusieurs assiettes. « Nous avons peur de retourner (dans notre village, NDLR), de crainte que l’eau ne revienne », raconte le sexagénaire originaire d’une commune dans les environs de Kénitra. Il évoque des « jours très difficiles », marqués par le froid et l’angoisse. Ses enfants, dit-il, étaient « terrifiés ». Son fils aîné a voulu rester pour surveiller leur propriété. Il « communique avec nous par téléphone, nous disant que l’eau continue de monter », explique-t-il.

Plus de 100 000 personnes ont été évacuées depuis le 30 janvier 2026 dans le nord-ouest du pays, principalement par précaution, suite à des pluies exceptionnelles.

Plus de 100 000 personnes ont été évacuées depuis le 30 janvier 2026 dans le nord-ouest du pays, principalement par précaution, suite à des pluies exceptionnelles.

AFP

Secouristes en jet-ski

À quelques kilomètres de là, au dernier endroit accessible depuis Kénitra en direction de Tanger par la route nationale, le trafic est interrompu. Seule l’autoroute reste ouverte.

Des membres de la protection civile avancent dans les eaux en bateau ou en jet-ski. Dans les zones submergées, seules dépassent les cimes des arbres.

L’Espagne et le Portugal ont aussi subi des intempéries ces derniers jours. En cause, selon la DGM : la rencontre d’air froid venu du nord et d’air chaud et humide du sud, qui déstabilise l’atmosphère et favorise des pluies abondantes.

Au Maroc, les apports hydriques enregistrés au cours des cinq derniers mois ont dépassé la moyenne annuelle des dix dernières années, avait indiqué fin janvier le ministère de l’Eau, après sept années consécutives d’une grave sécheresse.