Sacha Feinberg-Mngomezulu et les Stormers, saignants… même en Champions Cup ?
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Samedi, les Sharks (de Sale) reçoivent les Sharks (de Durban). C’est l’une des incongruités de cette nouvelle Coupe d’Europe, qui ne l’est plus tellement (que ce soit nouvelle ou européenne). Depuis l’intégration de franchises sud-africaines à l’épreuve lors de la saison 2022-2023, il convient d’autant plus de l’appeler Champions Cup et de relativiser sa dimension uniquement continentale. Mais sportivement, quand cela compte vraiment, pas grand-chose n’a changé.
En trois campagnes, les représentants sud-africains n’ont pas atteint une seule fois le dernier carré. Pire, ils ont tous été éliminés dès la phase de groupes en 2024-2025 (voir tableau ci-dessous). La Challenge Cup remportée par les Sharks en 2024 semble bien dérisoire face à ce constat d’échec. Son accentuation constitue un paradoxe, étant donné que les Springboks, doubles champions du monde en titre, parviennent à intensifier leur emprise depuis leur sacre de 2023.
SharksBullsStormers2022-234V-2D (quart)2V-3D (huitième)4V-2D (quart)2023-24-4V-2D (quart)3V-2D (huitième)2024-251V-3D (poule)1V-3D (poule)1V-3D (poule)2025-26 (en cours)1V-1D0V-2D2V-0D
Pourquoi l’hégémonie de la sélection guidée par Rassie Erasmus tarde-t-elle à se répercuter en Champions Cup ? C’est notamment une question de priorité et de personnel à disposition, saupoudrée d’engouement qui peine à se manifester.
La saison internationale de l’Afrique du Sud s’étend de fin juin/début juillet à fin novembre. Les rencontres de phase de groupes, en décembre et janvier, occasionnent des choix de rotation dans les effectifs, avec également l’URC (ex-Ligue celtique, ouverte aux Sud-Africains depuis 2021-2022) à disputer. D’où des joueurs majeurs parfois laissés au repos, surtout en déplacement, et ce alors que les aligner plutôt à domicile ne suffit pas à attirer grand monde.
Le symbole de la Currie Cup 2023
Initialement, une bizarrerie n’avait pas aidé. En 2023, la Currie Cup s’est déroulée concomitamment avec la phase finale de la Champions Cup. Or, les Bulls et les Sharks participent à cette traditionnelle compétition des provinces sud-africaines remasterisée, avec une appellation identique, et les Stormers le font indirectement via la Western Province, une entité qui leur est liée. Certains week-ends, l’ubiquité aurait été de rigueur pour briller sur tous les tableaux.
Depuis, la situation est rentrée dans l’ordre, la Currie Cup occupant le créneau juillet-septembre. Mais un tel défaut de cohérence calendaire témoignait d’une entrée brinquebalante dans le gotha du Vieux Continent. Percée qui se traduit par ailleurs en termes de naming. L’épreuve porte depuis deux ans et demi le nom d’Investec (deal de cinq années), groupe bancaire créé en 1975 à Johannesburg. Il ne reste plus qu’à poursuivre l’avancée sur le pré…
L’attrait du Japon
Pour cela, un équivalent du Leinster, et de ce qu’il représente pour l’Irlande (une sorte de miroir) serait l’idéal. Or, l’Afrique du Sud n’en compte pas. Parmi les 23 Boks à avoir battu la France cet automne à Saint-Denis (17-32), ils sont cinq à évoluer aux Bulls, quatre aux Sharks et trois aux Stormers… contre huit au Japon, dont Malcolm Marx (meilleur joueur du monde 2025), Pieter-Steph du Toit (son prédécesseur) ou encore Cheslin Kolbe.
John Dobson, le boss du rugby chez les Stormers, a par exemple déploré mais compris le départ de Manie Libbok chez les Kintetsu Liners. “C’est une énorme perte. Manie a reçu une offre alléchante du Japon. C’est une somme d’argent qui changera sa vie et celle de sa famille. Il part avec notre bénédiction, des remerciements et la porte ouverte à un retour”, a-t-il déclaré en juin dernier, dans des propos rapportés par SA Rugby Magazine.
Le “Project 2029” des Stormers
Dobson a en revanche prolongé son contrat il y a une semaine, dans le cadre du “Project 2029” communiqué par les Stormers. “Si vous voulez être l’un des meilleurs clubs de rugby au monde, vous devez être compétitifs en Europe, et cela nécessite de la profondeur d’effectif, au point d’avoir deux équipes (de haut niveau)”, a-t-il estimé, au sujet de ce projet basé sur la capacité à repérer et faire éclore des talents, à l’image de Sacha Feinberg-Mngomezulu.
Le phénomène de 23 ans, ouvreur récemment auteur d’un essai face aux Bleus (et de trois contre l’Argentine, entre autres), a lui aussi signé jusqu’en 2029. Siya Kolisi (34 ans, Sharks, ex-Racing) effectuera quant à lui son retour dans la franchise du Cap en juillet prochain, dans une optique de mentoring. Voilà pour l’avenir à moyen terme. Au présent, Feinberg-Mngomezulu et sa bande, invaincus cette saison (8/8 en URC, 2/2 en Champions Cup), sont déjà à prendre au sérieux.
En déplacement chez les Harlequins dimanche (14h) lors de la 3e journée, les Stormers s’avanceront-ils avec tous leurs atouts, l’avantage de recevoir en phase finale dans le viseur ? Le cas échéant, ils auraient de quoi cimenter leur statut d’outsiders de la compétition, les favoris – dont il convient de saluer la qualité – demeurant Toulouse, l’UBB et le Leinster. Reste à savoir pour combien de temps.