LE TACLE DU LUNDI. Battus haut la main par le Nigeria en quart de finale de la CAN, les Algériens doivent se remobiliser avant la prochaine Coupe du monde.

C’est le genre de match que l’on peut rejouer 100 fois sans que le résultat final ou la physionomie de la rencontre ne changent. En quart de finale de la Coupe d’Afrique des nations samedi 10 janvier à Marrakech, l’Algérie a défié le Nigeria après son succès décroché face à la République démocratique du Congo en 8e de finale dans les derniers instants de la prolongation. Mais après la sublime inspiration de Boulbina qui avait ravivé la flamme de tout un pays, la marche était beaucoup trop haute face aux Super Eagles.

Pourtant absent de la prochaine Coupe du monde après avoir échoué en barrage africain, preuve que le niveau moyen s’est nettement élevé sur le continent, le Nigeria a été implacable et a surclassé son adversaire. Le premier tir algérien n’est intervenu qu’à la 80e minute et il a symbolisé tout le désespoir d’une équipe incapable de trouver la solution.

Après deux éliminations de suite en phase de groupe de la CAN et de nombreuses désillusions face à la Mauritanie, le Burkina Faso, la Sierra Leone ou encore la Guinée équatoriale, l’Algérie a retrouvé le sourire en se qualifiant pour le Mondial à venir en Amérique du Nord.

Un agacement injustifié contre l’arbitrage

De nombreux observateurs algériens ont reconnu que leur équipe avait été trop faible pour lutter face à ces Nigérians bien plus au point tactiquement, techniquement et physiquement. Mais d’autres ont préféré pointer du doigt l’arbitrage et de possibles erreurs de jugement pour se voiler la face. La nervosité a pris le dessus en fin de match avec de nombreuses échauffourées sur le terrain, mais aussi dans les couloirs du stade. Pourtant avec 12 tirs à 2, 7 grosses occasions à 0, 59 % de possession contre 41 %, les chiffres illustrent le sentiment qui dominait à l’issue de la rencontre : l’Algérie n’a pas existé et le corps arbitral n’y est pour pas grand-chose.

Dans sa reconstruction, les champions d’Afrique 2019 ont pu compter sur l’émergence d’une jeune génération, incarnée par Ibrahim Maza, révélation de la saison du côté de la Bundesliga au Bayer Leverkusen. Mais l’effectif est en transition, à l’image du capitaine Riyad Mahrez qui est au crépuscule de sa carrière à 34 ans. Difficile pour Vladimir Petkovic, le sélectionneur en poste depuis bientôt deux ans, de faire des choix aussi délicats et de mettre une véritable légende sur le banc.

Beau joueur, l’ancien entraîneur de la Suisse, qui avait éliminé les Bleus à l’Euro 2021, a indiqué en conférence de presse qu’il fallait juste reconnaître la supériorité du Nigeria. « Ils étaient meilleurs que nous. Nous n’avons jamais été dans le match, nous avons souffert, surtout pendant les 20-30 premières minutes. Nous avons un peu mieux joué en deuxième mi-temps, mais le match était compromis dès la première mi-temps. Nous avons bien encaissé les coups, comme un boxeur, sans tomber… Comme je l’ai dit, ça s’est un peu mieux passé en deuxième mi-temps, notamment parce qu’il était impossible pour le Nigeria de maintenir ce rythme pendant 90 minutes. » Le technicien suisse, sous contrat jusqu’en 2027, n’est pour le moment pas menacé en vue de la Coupe du monde.

Luca Zidane pas encore prêt ?

Mais au-delà des cas Petkovic et Mahrez, c’est bien le vivier algérien qui interpelle. Il dispose de nombreux talents émergents et en voie de développement mais il est encore loin des mastodontes du continent africain. Maroc, Sénégal, Côte d’Ivoire ou encore le bourreau nigérian : il n’y a pas photo à cet instant précis sur la comparaison entre les titulaires et les remplaçants. L’exemple du gardien est criant : la sélection algérienne souffre de l’absence de portier référent depuis plusieurs années et a dû aller dénicher le fils de Zinédine Zidane, Luca, qui évolue en deuxième division espagnole.

Celui qui a été formé au Real Madrid a accepté sa naturalisation algérienne pour évoluer en équipe nationale. Loin d’être un mauvais gardien, notamment dans son jeu au pied, Luca Zidane a été dépassé par les événements comme l’ensemble de ses coéquipiers face au Nigeria. Son erreur de jugement sur l’ouverture du score de Victor Osimhen prouve qu’il doit encore s’étoffer à l’avenir.

Place désormais à la remise en question avant le retour en Coupe du monde qui s’annonce palpitant, dans un groupe où l’Algérie défiera l’Autriche, la Jordanie mais surtout l’Argentine tenante du titre. La déception de cette CAN doit être évacuée, cependant les Fennecs doivent se regarder dans la glace et accepter leur statut, pour le moment, d’outsider, loin de l’élite mondiale et africaine. La fierté en a pris un coup, mais l’opportunité de rebondir dans six mois dans la plus belle des compétitions est trop belle pour passer à côté.