Le Maroc oscille entre confiance et méfiance avant de défier le Nigeria en demi-finale de la CAN 2025 ce mercredi. Dans le dernier carré pour la première fois depuis 2004, les Lions de l’Atlas ont convaincu le peuple lors du quart de finale contre le Cameroun (2-0). Le sélectionneur Walid Regragui, parfois chahuté malgré son statut de demi-finaliste de la dernière Coupe du monde, s’est montré très offensif sur les critiques des Marocains et surtout celles venues de l’extérieur.

La salle de presse était pleine à craquer lorsque Walid Regragui est arrivé. Accompagné de Mounir El Kajoui, habituel gardien remplaçant, il était évident que 95% des questions seraient adressées au sélectionneur. Et il n’a pas tardé à montrer sa bonne humeur. “J’ai une bonne nouvelle, Azeddine Ounahi est disponible, il pourra jouer… non je plaisante, malheureusement”. Rires dans la salle. Aucune tension entre le boss marocain et les journalistes, parfois taquins voire plus. “Non, Walid était serein, comme d’habitude. Prêt et con,centré sur le match” valide Adil Benmalek, journaliste pour Derby. Oumeïma El Rafay, du média Le360, réfute même cette idée de tension. “Depuis l’été 2022 et sa nomination, l’entente est particulièrement bonne. Il donne une série d’interviews avant et après les compétitions, il répond de manière précise et concise. Il est humble, accessible. Ça fait plus de 10 ans que je couvre le Maroc et il n’y a aucune tension. Il met en avant l’union sacrée pour gagner la CAN, chacun doit y mettre du sien.”

“Inchallah, le prochain coach du Maroc fera mieux que ce que je fais”

Pourtant, tout n’est pas si rose. Et c’est Walid Regragui lui-même qui aborde le sujet lorsqu’un confrère rwandais lui pose la question suivante: “Trouvez-vous normal de subir autant de pression malgré votre statut de demi-finaliste mondial?”. Réponse du sélectionneur: “Bonne question, je pensais qu’elle viendrait d’un Marocain… (rires). Vous savez, dans mon pays, c’est comme ça. Chaque résultat, chaque match apporte son lot de critiques. Je fais de mon mieux pour mon pays mais je peux faire des erreurs. Je reste concentré sur mon équipe. L’important est ce qu’on fait sur le terrain mais quand mes joueurs gagnent, ils m’aident beaucoup. Quand vous perdez seulement quatre matches en trois ans et demi, plus une demie d’un Mondial et une demie de CAN, normalement, personne ne peut parler. Mais le Maroc, c’est différent. Il faut l’accepter. Et inchallah, le prochain coach du Maroc fera mieux que ce que je fais.” Voilà pour les critiques de l’intérieur.

“On a été une des équipes les plus lésées, en plus dans notre propre compétition”

En Afrique et au-delà, les Marocains sont aussi critiqués car ils seraient favorisés par les arbitres. L’analyse des différentes situations montrent qu’il y avait des erreurs en faveur et en défaveur des Lions de l’Atlas. Walid Regragui a voulu revenir sur ces faits de jeu. “Les polémiques sur l’arbitrage, c’est toujours dommage. On est un bon continent, on travaille bien mais l’image est mauvaise. Sur le continent africain, on ne va pas se mentir, il y a toujours eu des polémiques, des doutes mais je regarde beaucoup de matchs, les polémiques existent partout que ce soit en Afrique ou en Europe. Un penalty est sifflé une fois de telle manière, pas l’autre. Pareil pour les mains. On a été lésés nous aussi. Mais comme on est le pays organisateur, on essaie de dévaloriser nos performances. On espère que l’arbitrage sera à la hauteur demain contre le Nigeria. Mais je parle à mes joueurs du terrain. Vous savez, on a été une des équipes les plus lésées en plus dans notre propre compétition, à domicile. Mais avec les réseaux sociaux, la presse, vous avez les pro-Maroc, les anti-Maroc…”

Osimhen, Lookman, Adams… le “trio infernal” face au Maroc

Walid Regragui a évidemment parlé du terrain également et a loué la qualité du Nigeria, 17 demi-finales de Coupe d’Afrique au compteur. Le coach est heureux de la prestation de ses hommes contre le Cameroun en quart, avec de la confiance accumulée. “La prestation a rassuré beaucoup de gens sur le plan physique et du jeu. Mais le degré de motivation en quart est toujours au top et t’obliges à élever tes propres critères. Ça peut expliquer pourquoi les gens étaient heureux.” Le reporter Adil Benmalek avoue qu’une finale sans le Maroc serait un vrai échec et bascule plus du côté de la méfiance que de la confiance. “Il n’y pas photo entre le Cameroun et le Nigéria, c’est 17 demi-finales de CAN! Eric Chelle est un coach expérimenté et le trio de devant est infernal! Osimhen, Lookman et Akor Adams, c’est infernal. J’ai assisté moi-même à la demi-finale de 2004 Maroc-Mali, et j’ai encore des regrets. Au moins, la nouvelle génération va vivre une demi-finale.” Oumeïma El Rafay croise les doigts également: “Walid a réussi son pari contre le Cameroun qui n’a pas cadré un tir. La marche du Nigeria semble beaucoup plus haute mais on a les arguments pour la dépasser.”

La CAN la plus relevée de l’histoire selon Regragui

Regragui valide le constat de la marche haute et globalement du top niveau atteint par la compétition africaine. En se montrant offensif une dernière fois. “Il paraît que je voulais me protéger en disant que ce serait la CAN la plus relevée de l’histoire. Si je la gagne, je gagne la meilleure, si je la perds, c’est normal. Mais c’est la plus relevée de l’histoire, en termes de stades, de terrains, de climat. Le niveau de jeu aussi, il y a tous les meilleurs joueurs africains des dernières années dans le dernier carré. Vous avez tous les Ballons d’or (africains), Hakimi, Mané, Salah, Osimhen, Lookman…”. Si le pays tremble avant le choc face au Nigeria, au moins les Marocains sont d’accord sur une chose, la CAN est déjà réussie. “80.000 supporters à Tanger, 68.000 à Rabat… c’est énorme”, s’enthousiasme Oumeïma El Rafay. “Quoi qu’il arrive la petite finale et la finale seront deux matches d’un niveau incroyable.”

Aurélien Tiercin, à Rabat (Maroc)