C’est un ouf de soulagement qui a certainement dû résonner depuis les massifs de l’Atlas jusqu’aux hautes plaines du Rif. Après sept années d’une agonie climatique étouffante, marquée par un grave épisode de sécheresse touchant l’ensemble du pays, le Maroc semble enfin voir le bout du tunnel. Le royaume chérifien, qui s’était habitué à voir ses terres se craqueler sous un soleil de plomb et ses barrages se vider jusqu’à l’os, vient d’enregistrer un rebond spectaculaire : une hausse des précipitations de 95 % par rapport à l’année dernière.

Le ciel a été très généreux durant l’hiver 2025, libérant ainsi le pays et ses habitants de cette période cauchemardesque : comment un tel déluge a-t-il pu se produire ? Si ces pluies salvatrices ont été accueillies avec bénédiction, elles sont tombées du ciel parce que le climat est complètement chamboulé. Rien de très rassurant pour ce qui est du long terme, finalement.

Un miracle météorologique ? Oui et non

Ce chiffre spectaculaire pourrait laisser croire à un retour à la normale pour le Maroc, mais il n’en est rien. Oui, voir les barrages se remplir à nouveau jusqu’à 46 % de leur capacité moyenne tient effectivement du prodige. Pour le secteur agricole, qui pèse pour environ 14 % du PIB national, c’est une bouffée d’oxygène inespérée qui vient stopper net l’hémorragie des emplois et la chute des rendements céréaliers.

En réalité, le Maroc, comme tous les autres pays, fait face à l’intensification du cycle de l’eau. L’atmosphère étant plus chaude, elle retient davantage d’humidité et les épisodes pluvieux méditerranéens sont donc beaucoup plus violents et concentrés.

La manne d’eau récupérée est, par conséquent, précaire, puisque les sols, cuits par sept ans de stress thermique, sont devenus hydrophobes. Ils sont désormais comme une épaisse carapace de béton, laissant l’eau ruisseler vers l’océan et la mer, et ne rechargent plus les nappes phréatiques. À la moindre vague de chaleur, ce stock d’eau exposé à l’air libre risque de disparaître aussi vite qu’il est apparu.

Si la terre boit aujourd’hui à sa soif, le pays sait qu’il ne peut plus compter uniquement sur la clémence des cieux, qui est trop imprévisible. Le gouvernement marocain l’a heureusement compris : une hirondelle ne fait pas le printemps et ce n’est pas parce que l’hiver passé a été salutaire que la crise structurelle hydrique qu’il traverse depuis 1990 est réglée.

Pour ne plus être l’otage des caprices du thermomètre, Rabat a décidé de faire passer la part de l’eau dessalée dans la consommation d’eau potable de 25 % à 60 % d’ici 2030. Le pays dessale l’eau de mer déjà depuis 1970, mais il est grand temps de passer à la vitesse supérieure, sa résilience en dépend. L’océan Atlantique sera ainsi son réservoir principal, et le Royaume espère sanctuariser l’eau de ses barrages pour l’irrigation agricole, tout en assurant la survie de ses métropoles.

Mais à quel prix cette grande mutation se paiera ? Un tel projet demande des ressources et une énergie colossale, et les stations recracheront des millions de mètres cubes de saumure par an dont l’impact environnemental pourrait, à terme, fragiliser ces mêmes écosystèmes marins que le pays souhaite aujourd’hui exploiter pour se sauver de l’aridité. Sans compter que la colère gronde face au gouvernement d’Aziz Akhannouch, souvent dépeint comme le visage d’un capitalisme de connivence qui priorise les profits de ses propres holdings avant la soif du peuple. Un grand saut dans l’inconnu industriel, qui pourrait tout aussi bien tourner au fiasco : rendez-vous en 2030 pour compter les points.

Le Maroc a connu une augmentation des pluies de 95 % par rapport à l’année précédente, après des années de sécheresse extrême. Malgré ce soulagement, le pays doit faire face à des sols dégradés qui ne retiennent plus l’eau, rendant la situation hydrique précaire. Le gouvernement prévoit de passer à 60 % d’eau dessalée d’ici 2030 pour garantir l’approvisionnement en eau, mais cela soulève des préoccupations environnementales.

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