Alors que la CAN et les Lions de l’Atlas sont en demi-finale, le roi du Maroc n’est pas apparu en public depuis le début de la compétition.
Au Maroc, on compte les jours de présence du monarque sur le sol national. « Une quarantaine », murmurait-on l’an dernier. Son palais parisien, une résidence de près de deux mille mètres carrés, serait devenu de facto sa résidence principale. Le 8 septembre 2023, lorsqu’un puissant tremblement de terre malmène le Haut-Atlas, région de Marrakech-Safi, tuant 2960 personnes, en blessant plus de six mille, Mohammed VI avait dû quitter Paris précipitamment pour présider, photo en attestant, un conseil de crise. Son avion s’était posé à Rabat le lendemain matin de la catastrophe intervenue peu après 23 heures. Deux jours plus tard, il s’était rendu à l’hôpital portant son nom à Marrakech, invisible aux yeux de la foule distribuée derrière des grilles. Quelques images triées sur le volet furent diffusées à la télévision montrant le roi auprès de blessés alités, donnant son sang, des vignettes pour montrer un roi concerné par le sinistre.
En octobre dernier, alors que les manifestations de la GENZ 212 (la génération Z et l’indicatif téléphonique international du Maroc) avaient secoué le pays dans un nombre important de villes, mouvement stoppé net par près de 2500 arrestations et des condamnations lourdes (quinze ans de prison pour certains), il s’était rendu à l’Assemblée pour tenir un discours social, refusant « une société à deux vitesses ». À sa droite, le prince héritier.
L’héritier Moulay El Hassan, 22 ans
Le prince héritier est l’objet de toutes les attentions. Dans les médias marocains, il est omniprésent, il prend peu à peu la place de son père, Mohammed VI. Moulay El Hassan, 22 ans, a effectué ses études au Collège Royal, obtenu son Bac avec mention très bien avant d’intégrer l’université Mohammed VI à Rabat se spécialisant dans les questions internationales. Il a représenté le Royaume dans de nombreuses occasions internationales : inauguration de Notre-Dame, 75e anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, tout en étant « couvé » par plusieurs dirigeants internationaux, amis de la famille. Son Altesse royale le prince héritier Mohammed El Hassan, son titre officiel, est le premier dans l’ordre de succession de la dynastie alaouite qui règne sur le Maroc depuis près de quatre siècles. Dans la marmite aux rumeurs concernant la santé de M6, marmite qui bouillonne à gros bouillon mais à bas bruits, une seule certitude : son fils aîné lui succédera sur le trône.
Le Roi, l’ultime recours
On l’a vu récemment, le Roi est considéré comme un recours. Au plus fort des émeutes de la GENZ 212, ceux-ci adresseront une lettre ouverte critiquant l’action du gouvernement, en appelant au Roi. D’où le discours tenu par ce dernier devant les deux assemblés réunis à Rabat. Dans un pays où on ne peut critiquer ni le Roi ni la monarchie, le gouvernement demeure le paratonnerre. Aziz Akkanouch, l’actuel premier ministre, dont l’attitude paternaliste avec la GENZ 212 avait contribué à amplifier le mouvement, a fait savoir qu’il ne se représenterait pas à la tête de son parti, le RNI, dont il est le fondateur, une façon de faire savoir qu’il quittera ses fonctions quels que soient les résultats des prochaines législatives au second semestre de cette année. Ce milliardaire est considéré comme un très proche, titre dont on peut déchoir facilement en monarchie.
Le portrait de Mohammed VI
Le Maroc, une des équipes vedettes de la CAN depuis son parcours victorieux jusqu’en demi-finale lors de la coupe du monde au Qatar, affrontera un autre cador de la compétition, le Nigeria, en demi-finale. Mercredi soir, le prince héritier représentera le pouvoir. Face aux interrogations croissantes sur l’absence de son père, un communiqué a été publié le 12 janvier par l’agence officielle MAP : « «Sa Majesté le Roi souffre d’une lombosciatalgie mécanique, associée à une contracture musculaire, sans aucun signe de gravité». Âgé de 62 ans, M6 a été opéré au cœur en 2020, d’une fracture de l’humérus à l’épaule gauche en 2024.
Lors de la visite officielle d’Emmanuel Macron et de l’impressionnante délégation composée de PDG, artistes, hauts fonctionnaires, le Roi était apparu affaibli, amaigri, une cane en main. Le jour de l’inauguration de la CAN 2025, événement auquel le Maroc attache beaucoup d’importance, quatre ans avant la co-organisation de la coupe du monde de football 2030 avec le Portugal et l’Espagne, l’absence de Mohammed VI a ravivé humeurs et rumeurs sur sa santé. Son fils avait été présent dans les étapes préparatoires de cette CAN (inauguration de stade, suivi des travaux…). Le voici au premier plan politique de cet événement sportif et géopolitique. En cas de victoire du Maroc en finale, dimanche 18 janvier, M6 pourrait faire une brève apparition en voiture comme ce fut le cas lors du Mondial au Qatar. Il aura fallu vingt-deux jours pour que le Palais publie un communiqué expliquant « le mal de dos » qui explique l’absence du roi.