Ce 14 janvier 2026, Étienne Daho fête ses 70 ans. Une date symbolique pour cet artiste majeur de la pop française, dont l’élégance musicale et la pudeur ont traversé les décennies.
Derrière l’icône raffinée, célébrée pour Week-end à Rome, Le Grand Sommeil ou Comme un boomerang, se cache pourtant une enfance marquée par la violence, la peur et la guerre.
Né en 1956 à Oran, en pleine guerre d’Algérie, Étienne Daho a grandi dans un quotidien où les jeux d’enfants se mêlaient aux explosions, aux corps sans vie et à l’angoisse permanente.
Étienne Daho a grandi sous les bombes
Étienne Daho passe ses premières années à Cap Falcon, une station balnéaire près d’Oran, qui ressemble encore à la fin des années 1950 à un petit paradis méditerranéen. Mais ce décor idyllique vole en éclats avec l’intensification du conflit algérien. Pour l’enfant qu’il était, la guerre s’infiltre partout : dans les rues, dans les immeubles, dans les gestes du quotidien. On lui apprend à lire et à écrire, mais aussi à courir en se baissant, à éviter les fenêtres, à s’allonger dans les voitures pour ne pas recevoir une balle perdue.
Avec le recul, le chanteur confiera : “Pour un enfant, c’est un jeu tout ça. Le monde de l’enfance transforme tout ce qui est dangereux”. Une phrase glaçante qui dit à quel point la violence devient normale lorsqu’elle est omniprésente. Étienne Daho et ses sœurs apprennent à “enjamber les cadavres”, à jouer sous les bombes, à composer avec la mort comme un décor banal.
Très tôt, le père disparaît du foyer, laissant Lucie Douma, la mère d’Étienne Daho, seule pour élever ses trois enfants dans un climat de guerre civile. Cette absence paternelle pèsera lourdement dans la construction intime de l’artiste. Sans autorisation du père, il est impossible de quitter l’Algérie. Tandis que les voisins fuient massivement, la famille Daho reste coincée, exposée aux violences.
Dans plusieurs interviews et podcasts, le chanteur a raconté un épisode particulièrement traumatisant : une tentative d’incendie criminel visant leur appartement. “On a voulu mettre le feu pour nous tuer”, se souvient-il. Sa mère, seule face à la menace, se défend comme elle peut, armée d’un martinet. Une scène absurde et terrifiante, qui inspirera plus tard la chanson De bien jolies flammes, bouleversant hommage à cette mère protectrice : “Lumière Lucie, auteur de mes jours, de ma nuit…”
Le départ d’Algérie
À l’âge de quatre ans et demi, Étienne Daho est placé quelques mois en pension, officiellement pour le protéger. Il y ressent pour la première fois l’arrachement, l’angoisse de ne pas savoir où sont ses parents. Ce sentiment d’abandon laissera une trace durable. Ce n’est qu’à huit ans qu’il parvient enfin à quitter l’Algérie, presque clandestinement, dira-t-il plus tard. Une fuite plus qu’un départ.
L’arrivée en France n’est pas un soulagement immédiat. Après un passage à Paris, il est accueilli à Reims par sa tante et son oncle et inscrit dans une école religieuse “très sévère”. Le choc est immense. Il se sent différent, marginalisé, marqué par son accent, son histoire, son passé. Pour survivre, il choisit une stratégie : devenir irréprochable. “Une manière d’être accepté, c’était d’être bon en classe. Alors je me suis défoncé”.
Avec le temps, Étienne Daho comprendra que cette enfance sous la menace a façonné son rapport au monde. Il dira avoir développé une “fascination absolue pour la vie” et une conscience aiguë de sa fragilité. Là où certains auraient sombré, lui transforme ses traumatismes en douceur, en élégance, en musique. La guerre, la peur, la mort sont là, en filigrane, derrière les mélodies lumineuses.
Adulte, il expliquera ne pas aimer être défini : ni par une origine, ni par une identité figée. “Être défini par la religion, la couleur de peau ou la sexualité me fait horreur”. Peut-être parce que son enfance lui a appris que ces étiquettes pouvaient tuer.
Une mémoire toujours vive
Même s’il affirme avoir vécu plus longtemps à Londres qu’en Algérie, Étienne Daho n’a jamais totalement quitté cette terre natale. L’Algérie reste un territoire intime, douloureux, jamais idéalisé. Il n’a pas ressenti le besoin d’y retourner pour s’apaiser. La musique, la lecture, la création ont été ses refuges.
À 70 ans, celui que l’on surnomme le dandy de la pop française apparaît comme un survivant. Un enfant de la guerre devenu chantre de la sensualité et de la délicatesse. Derrière les refrains élégants, subsiste le souvenir d’un petit garçon qui jouait sous les bombes, apprenait à éviter les cadavres et découvrait, bien trop tôt, que vivre était déjà un acte de résistance.
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