Selon la dernière note de conjoncture du Haut Commissariat au Plan (HCP), au premier trimestre 2026, la croissance économique devrait s’accélérer légèrement à 4,2 %, après 4 % fin 2025.
Après un premier semestre particulièrement dynamique, l’économie marocaine a marqué un ralentissement contrôlé au troisième trimestre 2025, avec une croissance ramenée à 4 % en glissement annuel, contre 4,8 % au T1 et 5,5 % au T2.
Cette inflexion est principalement attribuable à la décélération des activités manufacturières, pénalisées par le tassement de la demande extérieure, notamment dans les industries métalliques, électroniques et le textile.
À l’inverse, les services non marchands et financiers, l’immobilier et l’agriculture ont joué un rôle d’amortisseur, maintenant l’activité globale au-dessus de sa tendance de long terme (+0,4 point).

Demande intérieure toujours motrice
La croissance est restée essentiellement tirée par la demande intérieure, malgré des signes de modération.
L’investissement est demeuré solide, soutenu par les dépenses publiques en infrastructures et le redressement de l’équipement des entreprises.
La consommation des ménages a progressé de 3,9 % au T3, contre 5,1 % au trimestre précédent, traduisant un affermissement plus lent.
Les échanges extérieurs ont continué de peser sur l’activité, retranchant 4,3 points à la croissance au troisième trimestre.
Finances publiques sous pression, besoin de financement en léger recul
Malgré une résilience macroéconomique globale, les finances publiques se sont dégradées au T3 2025, avec un déficit budgétaire en hausse.
Le besoin de financement de l’économie s’est toutefois légèrement atténué, passant de 13,7 milliards à 12,3 milliards de dirhams.
Services et CAN 2025 : stabilisation de la croissance au quatrième trimestre
Au quatrième trimestre 2025, la croissance serait restée stable à 4 %, malgré la poursuite du ralentissement de la demande extérieure adressée aux branches secondaires.
Ce choc a été partiellement compensé par la bonne tenue des exportations de services, dopées par l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) en décembre. Les secteurs de l’hébergement, de la restauration, du transport et des loisirs ont bénéficié de la hausse des dépenses des visiteurs.
Les exportations de biens et services ont progressé de 5,3 %, après 8,2 % au T3, tandis que la modération des importations a permis de réduire la contribution négative du commerce extérieur à -3,3 points, contre -4,3 points précédemment.
Investissement public et consommation soutiennent l’activité
L’investissement a bondi de 11,2 % au T4, porté par la poursuite des chantiers d’infrastructures.
La consommation des ménages a progressé de 3,8 %, soutenue par les mesures budgétaires en faveur du pouvoir d’achat, la hausse des salaires nominaux et le reflux de l’inflation.
Inflation en net repli, politique monétaire accommodante
L’inflation a poursuivi sa décrue pour le troisième trimestre consécutif, atteignant -0,1 % au T4 2025, contre 2 % en début d’année.
Cette évolution résulte :
d’une baisse de 0,7 % des prix alimentaires, liée notamment à la chute des prix de l’huile d’olive, des viandes, et au repli des cours internationaux des céréales ;
d’une hausse modérée de 0,4 % des prix non alimentaires, contenue par la baisse des prix de l’énergie (-1,1 %).
L’inflation sous-jacente s’est établie à -0,7 %, après +0,7 % au trimestre précédent.
Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25 %, confirmant une orientation monétaire accommodante. Les taux interbancaires et créditeurs ont poursuivi leur repli, tandis que les rendements des bons du Trésor se sont inscrits en baisse sur l’ensemble des maturités.
Marchés financiers en hausse malgré un léger tassement de la liquidité
Le marché boursier a conservé une trajectoire haussière en 2025, malgré une correction ponctuelle en novembre liée à des prises de bénéfices.
L’indice boursier a progressé de 27,6 % en glissement annuel, et la capitalisation de 38,3 %, portée par la baisse des tensions inflationnistes et la confiance des investisseurs.
La hausse a concerné la majorité des secteurs, notamment les biens d’équipement industriels, les mines, la pharmacie, le transport, les loisirs et l’électricité, malgré un recul de 3,9 % des volumes échangés.
Début 2026 : légère accélération attendue malgré un environnement externe dégradé
Au premier trimestre 2026, la croissance économique devrait s’accélérer légèrement à 4,2 %, après 4 % fin 2025.
Les risques externes demeurent élevés :
modération persistante de la demande européenne,
hausse des droits tarifaires américains,
concurrence chinoise accrue,
durcissement réglementaire en Europe (mécanisme d’ajustement carbone, restrictions françaises sur l’offshoring).
La croissance des exportations de biens et services devrait ainsi ralentir à +3,9 %, contre une moyenne trimestrielle de +10,4 % sur les cinq dernières années.
Agriculture et services, piliers de la résilience
La dynamique resterait essentiellement interne, portée par :
la reprise agricole, favorisée par une hausse de 57 % des précipitations en début de campagne 2025/2026 ;
la demande intérieure, avec une consommation attendue à +3,9 % et un investissement toujours soutenu (+9,8 %).
L’agriculture et les services contribueraient à +2,9 points de croissance, tandis que la construction progresserait de 3,4 % et l’industrie manufacturière afficherait une croissance plus modérée (+3,1 %).
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