Après plusieurs années marquées par la sécheresse et la raréfaction des ressources hydriques, la province d’Al Hoceima retrouve un motif d’espoir. Les importantes chutes de neige et les précipitations enregistrées depuis la mi-décembre ont contribué à une recharge notable de la nappe phréatique et au renforcement des eaux de surface, apportant un soulagement attendu par les populations locales.

Dans les zones montagneuses, longtemps éprouvées par le stress hydrique, les habitants observent le retour progressif de l’eau dans les ravins, les oueds et certaines sources autrefois taries. Une évolution qui nourrit l’espoir de tourner la page de plusieurs campagnes agricoles difficiles, où les ressources disponibles permettaient à peine de couvrir les besoins essentiels en eau potable, l’abreuvement d’un cheptel réduit et l’irrigation de cultures résilientes.

Agriculteur au douar Amaakhtane, dans la commune de Bni Bounsar, Ahmed Tahiri témoigne des années particulièrement éprouvantes traversées par le monde rural. Selon lui, l’agriculture et l’élevage caprin, piliers de l’économie locale, ont été durement touchés. Il souligne que sans les dispositifs de soutien mis en place par l’État, notamment la distribution de céréales et d’aliments pour le bétail, la situation aurait été bien plus critique. Les précipitations actuelles, estime-t-il, laissent entrevoir une saison plus favorable et éloignent, au moins provisoirement, le spectre de la sécheresse.

Cet optimisme est partagé dans plusieurs communes montagneuses de la province. La neige, en recouvrant les sommets, et sa fonte progressive jouent un rôle essentiel dans l’alimentation des sols et des nappes souterraines. Pour de nombreux agriculteurs, cette dynamique naturelle ravive le souvenir d’hivers plus généreux, lorsque les montagnes du Rif restaient enneigées jusqu’au printemps et irriguaient durablement les terres agricoles des versants.

Sur le plan technique, le délégué de l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos à Al Hoceima, Said Laouzi, indique que la province a enregistré, entre la mi-décembre et le mois de janvier en cours, des cumuls pluviométriques oscillant entre 140 et 250 mm. Ces apports ont eu un impact jugé très positif sur l’ensemble des ressources hydriques, en particulier sur les eaux souterraines, au-delà de leur effet immédiat sur les débits des oueds.

Autre indicateur encourageant, le taux de remplissage du barrage Abdelkrim El Khattabi est passé de 10 % le mois dernier à 20 % en janvier. Une amélioration qui devrait contribuer à réduire la pression sur la nappe phréatique et soutenir l’agriculture, l’élevage ainsi que le couvert forestier de la région.

Dans les témoignages recueillis auprès des habitants, la reprise de l’écoulement des eaux est perçue comme un véritable renouveau pour des territoires longtemps affectés par la sécheresse. Beaucoup y voient une récompense pour leur attachement à la terre, malgré des années de pénurie ayant mis à rude épreuve leurs ressources et leur résilience.

À l’échelle nationale, la Direction générale de la météorologie a par ailleurs indiqué que la superficie couverte par la neige a dépassé 50.000 km², répartie entre les chaînes de l’Atlas et du Rif. Ces zones, considérées comme de véritables réservoirs hydriques naturels, jouent un rôle déterminant dans l’alimentation des nappes superficielles et profondes, tout en favorisant la régénération des parcours pastoraux et du couvert végétal.