L’actualité d’Africa Corps (ex-Wagner) et sa médiatisation pourraient laisser croire que le mercenariat étranger est un phénomène récent en Afrique. Dans The Conversation, Christophe Premat, maître de conférences en études culturelles, spécialiste des théories postcoloniales et des relations France-Afrique, se penche sur l’évolution post-coloniale du mercenariat à travers la figure du mercenaire Bob Denard (de son vrai nom Gilbert Bourgeaud). Il montre ainsi que, « bien avant le groupe russe Wagner, l’Afrique a été un terrain d’intervention privilégié pour des mercenaires européens. »

Au cœur des affrontements au Congo dans les années 1960, puis aux Comores, Denard « a donné corps aux logiques de la Françafrique […] dans ces zones grises où se mêlent autorité étatique, diplomatie secrète et interventions paramilitaires ».

Christophe Premat s’intéresse notamment au traitement audiovisuel du personnage : alors que dans le film Mister Bob (2011) il est présenté comme « un officier de l’ombre », les documentaires sur les Comores révèlent un mercenaire dont les interventions « ont contribué à militariser la vie politique, à institutionnaliser une dépendance à des réseaux extérieurs ».