La plupart des citoyens signalent une aggravation des sécheresses et des mauvaises récoltes dans leur région.

Key findings

Une large majorité de Marocains affirment que les sécheresses (86%) et les mauvaises récoltes (65%) se sont aggravées dans leur région au cours des 10 dernières années. De nombreux Marocains déclarent devoir adapter leur vie en réponse à l’évolution des conditions météorologiques, notamment en utilisant moins d’eau ou en changeant de sources d’eau (47%), en changeant les types de cultures qu’ils plantent ou les aliments qu’ils consomment (36%), en réduisant ou en réorganisant le travail à l’extérieur (33%), en déménageant dans un autre endroit (18%) et en réduisant leur cheptel ou en changeant leurs pratiques de pâturage (39% de ceux qui possèdent du bétail). Deux tiers (67%) des Marocains disent avoir entendu parler du changement climatique. Parmi ceux qui ont entendu parler du changement climatique : o Les trois quarts (76%) disent que cela empire la vie au Maroc, contre 49% en 2018. Environ quatre citoyens sur 10 attribuent le changement climatique principalement à l’activité humaine (38%), et 43% supplémentaires blâment une combinaison d’activité humaine et de processus naturels. Plus des trois quarts (77%) affirment que les personnes, les entreprises et les gouvernements d’autres parties du monde sont les principaux responsables du changement climatique. Neuf personnes sur 10 estiment que les pays riches ou développés devraient prendre des mesures dès maintenant pour lutter contre le changement climatique (88%) et devraient fournir une aide climatique au Maroc (90%). Plus des deux tiers (68%) affirment que le gouvernement doit prendre des mesures immédiates pour limiter le changement climatique, « même si cela coûte cher ou entraîne des pertes d’emplois ou d’autres dommages à notre économie ». Plus des deux tiers (68%) affirment que le gouvernement doit prendre des mesures immédiates pour limiter le changement climatique, « même si cela coûte cher ou entraîne des pertes d’emplois ou d’autres dommages à notre économie ». Parmi tous les répondants, des majorités expriment leur soutien aux politiques gouvernementales visant à répondre aux changements climatiques, notamment en faisant pression sur les pays développés pour obtenir de l’aide (92%), en investissant dans des infrastructures résilientes au climat (91%), en exigeant l’utilisation de fourneaux utilisant des combustibles plus propres (77%) et en interdisant la coupe d’arbres pour le bois de chauffage ou le charbon de bois (70%).

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La menace que représente le changement climatique est de plus en plus manifeste. Bien que l’Afrique ait peu contribué aux émissions de gaz à effet de serre, elle en subit de plein fouet les conséquences (Hammoudy, Ilmen, & Sinan, 2024 ; Kreft, Eckstein, & Melchior, 2016). Le Maroc est l’un des pays les plus vulnérables aux conséquences du changement climatique (Diffenbaugh & Giorgi, 2012 ; Schilling, Hertig, Tramblay, & Scheffran, 2020). Reconnu comme un point chaud climatique, il enregistre une hausse des températures de 0,2 °C par décennie depuis les années 1960, soit 11% de plus que la moyenne mondiale (Driouech & al., 2020 ; Cherif, Díaz-Cassou, & Megevand, 2023).

Outre l’augmentation prévue des catastrophes climatiques, le changement climatique affecte la production agricole, les ressources en eau et la santé publique du pays (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, 2021). L’agriculture, très vulnérable aux variations climatiques, contribue à hauteur d’environ 15% au produit intérieur brut du Maroc, de 23% à ses exportations et de 38% à l’emploi (Groupe de la Banque Mondiale, 2020).

En raison de la répartition inégale de l’eau au Maroc, le Sud souffre de pénurie d’eau, ce qui contribue à l’insécurité alimentaire et aux conflits liés à la rareté des ressources, tandis que la montée du niveau de la mer affecte le littoral (Groupe de la Banque Mondiale, 2021). Par conséquent, l’évolution des régimes de précipitations et la diminution des ressources en ea auront de graves conséquences pour le pays.

La variabilité climatique et la hausse des températures nuisent à la santé publique en provoquant de mauvaises récoltes, l’insécurité alimentaire, la malnutrition, une augmentation de l’incidence de maladies, et une vulnérabilité accrue aux affections liées à la chaleur. Par exemple, on prévoit que le nombre de décès liés à la chaleur chez les personnes âgées atteindra près de 50 décès pour 100.000 habitants par an d’ici les années 2080, contre environ cinq décès pour 100.000 habitants par an entre 1961 et 1990 (Organisation Mondiale de la Santé, 2015).

Le développement durable, fondement juridique des politiques et stratégies environnementales, est inscrit dans la Constitution marocaine et mis en oeuvre par la Charte Nationale de l’Environnement et du Développement Durable. Conformément à ses engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, le Maroc s’est fixé des objectifs climatiques ambitieux pour 2030 et a élaboré une Stratégie de Développement à Long Terme à Faibles Emissions à l’Horizon 2050, une Stratégie Nationale de Développement Durable et un Plan National Climat 2030 (Banque Mondiale, 2023).

Un module spécifique du Round 10 d’Afrobarometer (2024) explore les expériences, la sensibilisation et les attitudes des Marocains face au changement climatique. Les résultats montrent que la plupart des citoyens constatent une aggravation des sécheresses et des mauvaises récoltes dans leur région. Nombre d’entre eux indiquent devoir s’adapter à ces changements climatiques en ajustant leur consommation d’eau, en modifiant leurs pratiques d’élevage, leurs cultures et leurs méthodes de production alimentaire, en réduisant ou en réorganisant leurs activités extérieures, voire en déménageant.

Parmi les deux tiers des Marocains qui connaissent le changement climatique, une majorité croissante affirment qu’il dégrade la vie au Maroc. Une large majorité de ces répondants appellent à une action climatique urgente de la part des pays riches et développés et de leur propre gouvernement. La plupart des citoyens se disent favorables à des mesures politiques susceptibles de répondre aux changements climatiques, notamment une pression accrue sur les pays développés pour qu’ils fournissent une aide climatique, des investisse-

ments dans des infrastructures résilientes, l’utilisation de foyers de cuisson plus propres et l’interdiction de couper des arbres pour le bois de chauffage ou le charbon de bois.