Ces dernières années, les Émirats arabes unis (EAU) se sont imposés comme un acteur central du sport mondial.

D’un simple hôte d’événements, le pays est devenu un investisseur stratégique et un partenaire actif dans le développement des talents, des infrastructures et des compétitions.

En Afrique, cette dynamique prend une tournure particulière : les Émirats multiplient les passerelles sportives avec le continent, à travers des accords de coopération, du sponsoring de clubs locaux ou l’accueil d’athlètes africains dans leurs structures. Le sport devient ainsi un levier de diplomatie douce et d’influence partagée.

 

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Le pays affiche aujourd’hui un visage sportif sans commune mesure avec celui des années 1990. Trente ans plus tôt, rares étaient les infrastructures sportives visibles aux Émirats, en dehors de quelques stades de football nationaux. Aujourd’hui, Abu Dhabi et Dubai rivalisent avec les grandes capitales mondiales. En 2020, l’UFC y a installé son « Fight Island », une bulle sanitaire qui a permis de maintenir les compétitions pendant la pandémie.

Le pays accueille des rencontres NBA de prestige et une étape annuelle du championnat de Formule 1 sur le tracé emblématique de Yas Marina à Abu Dhabi. Le Tour de Dubaï, épreuve cycliste professionnelle, attire les meilleurs coureurs du monde sur les routes du désert.

Ces événements ne sont pas seulement des vitrines, ils s’inscrivent dans une stratégie volontariste. Dès les années 1990, l’émirat de Dubaï a compris que le sport servirait d’accélérateur pour son rayonnement international. La création du Dubai Sports Council, le développement d’infrastructures de classe mondiale et les partenariats avec les plus grandes ligues sportives ont progressivement fait des Émirats un carrefour incontournable.

Le sport devient aussi un outil de projection économique. Le rachat de Manchester City en 2008 par Mubadala, un fonds souverain d’Abu Dhabi, n’est pas un cas isolé. En 2023, Emirates a signé un contrat de naming avec le club grec de l’Olympiakos. Et dans un registre plus régional, le soutien au MMA local via les événements UFC et UAE Warriors reflète l’ambition de faire émerger un véritable écosystème sportif.

Dans ce mouvement d’expansion globale, l’Afrique occupe une place croissante dans la diplomatie sportive des Émirats.

Clubs et fédérations africains, au cœur des nouveaux partenariats

Le sponsoring de l’Étoile Sportive du Sahel en Tunisie par Emirates en 2023 illustre cette stratégie d’ancrage. L’accord prévoit non seulement le port du logo de la compagnie sur les maillots, mais aussi un appui logistique et technique aux sections de basketball, volleyball et handball du club. Ce partenariat, inédit dans la région, reflète une volonté claire : investir dans des clubs populaires pour y renforcer la marque Émirats tout en soutenant le développement multisportif.

Plus au sud, en Côte d’Ivoire, c’est la Fédération de football (FIF) qui a ouvert un dialogue officiel avec Abu Dhabi. Une rencontre entre son président Yacine Idriss Diallo et l’ambassadeur des EAU à Abidjan, en septembre 2024, a permis d’ébaucher des pistes de coopération concrètes : matchs amicaux, échanges de techniciens, co-organisation d’événements, voire financement d’infrastructures. La Côte d’Ivoire, tout juste auréolée de sa CAN 2024, cherche à capitaliser sur ses nouveaux stades et ses ambitions sportives. L’expertise émiratie dans la gestion d’événements et la formation pourrait s’y insérer naturellement.

L’Angola n’est pas en reste. Luanda et Abu Dhabi ont signé un protocole de coopération qui couvre également le secteur du sport, au même titre que l’agriculture, l’énergie ou la santé. L’accord prévoit la participation de délégations angolaises à des séminaires et stages organisés aux Émirats, l’envoi d’experts émiratis en Afrique et le partage de bonnes pratiques en matière d’encadrement ou d’événementiel.

À une autre échelle, plus diplomatique, la Confédération africaine de football (CAF) a conclu un accord avec l’Union des associations de football du Golfe (AGCFF), dont les Émirats sont membres actifs. Ce protocole, signé au Caire, vise à favoriser la co-organisation de compétitions et à faciliter la circulation des entraîneurs, arbitres et jeunes talents entre les deux régions.

Ces collaborations ne sont ni anecdotiques ni ponctuelles. Elles traduisent une stratégie d’influence ancrée dans le temps, où le sport devient une interface entre les ambitions d’ouverture des Émirats et les besoins de structuration du secteur sportif africain. De l’accueil de compétitions universitaires à la formation de coachs en arts martiaux, du football professionnel au sport pour les personnes en situation de handicap, les passerelles se multiplient.

Si les Émirats cherchent à diversifier leur image et asseoir leur soft power hors du Golfe, l’Afrique, de son côté, y trouve un partenaire disposé à investir, à partager ses outils et à offrir une plateforme d’expression à ses talents. Le sport, dans cette configuration, devient plus qu’un spectacle : un instrument de coopération, de codéveloppement et d’influence mutuelle.