Il y a quelques mois, Ismaël Diallo, chargé de projet Afrique au CCFD-Terre Solidaire, est allé au Sénégal, à la rencontre de plusieurs de nos partenaires. Avant son départ, nous lui avons confié un appareil photo jetable pour qu’il capture les moments forts de son voyage. En voici le résultat.
« Dans l’œil de » est une série du CCFD-Terre Solidaire. Égypte, République Dominicaine, Serbie… Nos salariés parcourent le monde pour rencontrer nos partenaires et porter nos combats pour la solidarité internationale. A travers leurs clichés spontanés, pris à l’appareil photo jetable, ils et elles vous emmènent découvrir l’envers du décor. ☞ Découvrez tous les épisodes
Pour Ismaël, le Sénégal n’est pas un pays inconnu. Loin de là. Il y a même vécu plusieurs mois dans le cadre d’un stage. Ce qui est nouveau pour lui, c’est de découvrir la face agroécologique du pays, et plus encore, d’en rencontrer les acteurs.
Dans la région, le Sénégal fait partie des bons élèves de l’agroécologie, même si évidemment des défis demeurent. Les organisations de la société civile et les leaders paysans participent au processus de réflexion autour de la politique agricole du pays et une stratégie nationale pour l’agroécologie est en cours d’élaboration, toujours avec la participation des différentes parties prenantes.
Ismaël Diallo, chargé de mission Afrique au CCFD-Terre Solidaire

Les villes visitées par Ismaël lors de son déplacement
Une journée à la découverte d’une ferme agroécologique

Plusieurs de nos partenaires s’engagent pour l’agroécologie dans le pays et invitent la jeunesse à y prendre une part importante ; c’est notamment le cas du MIEC (Mouvement International d’Etudiants Catholiques). Ismaël a profité de sa présence au Sénégal, pour participer à une journée organisée dans le but de sensibiliser les jeunes étudiants du mouvement à l’agroécologie. Ces derniers peuvent ensuite parler de ce qu’ils ont découvert au sein de leur université et auprès de leur communauté. Et qui sait ? Peut-être que cette journée suscitera même des vocations !
Aux côtés de jeunes âgés de 15 à 22 ans, Ismaël a donc visité une ferme agroécologique à Sindia sur la Petite-Côte, au Sud de Dakar. Différentes expérimentations y sont menées pour déterminer quelles sont les plantes qui résistent et s’adaptent aux aléas climatiques et à la salinisation des sols.
La ferme teste par exemple la figue de Barbarie, une culture encore peu présente au Sénégal, mais dont les caractéristiques lui permettent d’être bien adaptée aux sols pauvres et bien drainés, y compris dans certaines zones côtières.
Cultiver le leadership de la jeunesse
A l’issue de cette journée, les jeunes repartent avec des semences qu’ils et elles essayeront de faire pousser à la maison. L’idée étant qu’ils puissent ensuite en parler autour d’eux, réaliser des exposés… et donc générer des effets multiplicateurs.
Cette initiative ne se limite pas à une visite pédagogique. Il y a la volonté d’inculquer aux jeunes un certain leadership et de les encourager à s’engager à leur tour pour un avenir plus vert et durable.

Visite d’une parcelle

“Il y avait une très bonne ambiance dans le bus. Les jeunes chantaient, discutaient. Ces activités ont aussi pour objectif de se retrouver et de passer du temps ensemble. De faire communauté finalement.”
☞ Lire aussi : Direction le Sénégal : une immersion agroécologique inoubliable (CCFD-Terre Solidaire Hauts-de-France)
La grande richesse des semences paysannes
Ismaël s’est ensuite rendu à Toubab Dialao, sur la côte, où il a visité une autre ferme agroécologique, la Ferme des Quatre Chemins. Là-bas, il a été marqué par la conservation qui y est faite des semences paysannes.
“C’est un peu le trésor de la ferme. Il y a une centaine de semences en tout genre qui n’attendent que le bon moment pour être plantées. Elles peuvent aussi faire l’objet d’échanges lors de marchés semenciers.”
Basées sur les savoirs des communautés paysannes, les semences paysannes ont permis d’améliorer la production agricole et la diversité génétique au fil des siècles, sans recours aux intrants chimiques. Elles sont un atout pour atteindre la souveraineté alimentaire.
Le CCFD-Terre Solidaire soutient un certain nombre d’organisations paysannes en Afrique, en Asie, au Moyen Orient et en Amérique latine pour la conservation, le stockage et la distribution de leurs semences paysannes.
☞ Lire aussi : Semences paysannes en Tunisie : un trésor à développer
Photo prise à Toubab Dialao, juste après la visite de la ferme.
La Ferme des Quatre Chemins combine agriculture, élevage et pisciculture. Chaque activité est pensée pour nourrir les autres, notamment à travers la régénération des sols et l’utilisation de productions locales pour le bétail. Les jeunes sont associés aux travaux de la ferme, dans une approche scientifique et expérimentale.
Préserver la pêche et les mangroves
Pendant son voyage, Ismaël a également rencontré Adepa, partenaire historique du CCFD-Terre Solidaire. Adepa promeut une pêche artisanale et durable en Afrique de l’Ouest, qui offre aux pêcheurs de meilleures conditions de vie, ainsi qu’aux communautés auxquelles ils appartiennent. Avec Adepa, Ismaël a visité une aire marine protégée à Joal Fadiouth.

À la fin d’un atelier avec Adepa – dont le Secrétaire exécutif, Moussa Mbengue, se trouve à droite de la photo, et AGIRE – qui intervient dans la préservation de l’Aire Marine Protégée de Joal Fadiouth et dont le président, Abdou Karim Sall, se trouve à gauche de la photo.
Cette aire marine se caractérisait notamment par la protection des mangroves qui abritent une forte biodiversité. Cela passe par exemple par la plantation de palétuviers, des arbres adaptés aux zones soumises aux marées et pouvant tolérer l’eau salée.
Des activités sont également mises en place pour que les communautés locales puissent générer des revenus, sans compromettre les opérations de sauvegarde. Par exemple, des groupements de femmes récoltent du miel dans les mangroves,
De ces deux semaines passées en partie dans les champs et au contact de ceux qui cultivent notre avenir, Ismaël retient le rôle déterminant de la jeunesse dans l’essor des pratiques agroécologiques. Une place d’autant plus importante dans un pays où la moitié de la population a moins de 19 ans.
L’épisode précédent

Dans l’œil de… Robin, sur les traces de l’agroécologie au Pérou
Robin Villemaine est chargé de programme TAPSA dans les pays andins, un projet dont le but est de soutenir et de développer l’agroécologie paysanne sur plusieurs continents. Il y a quelque temps, il s’est rendu au Pérou où il a visité plusieurs initiatives de terrain. Découvrez son reportage photos.