Au beau milieu des Champs-Élysées, Hicham, 22 ans, appelle, avec son smartphone en mode vidéo, son cousin Sofiane à Rabat. Il tient à lui montrer, en direct de Paris, qu’en France aussi, la communauté marocaine célèbre, comme il se doit, la qualification d’Hakimi et ses amis en finale de la CAN. Le garçon de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) a vécu une soirée de folie, comme dans des montagnes russes. Durant le match « très stressant » contre le Sénégal, il a d’abord dû « avaler deux Doliprane ». Mais au coup de sifflet final, il a versé des larmes de… bonheur. « C’est la première fois que je pleure ! », sourit-il.

Comme lui, ils sont plusieurs milliers de supporters des Lions de l’Atlas, pour la très grande majorité Franco-Marocains à se retrouver sur la plus belle avenue du monde mercredi quelques minutes avant minuit. Seulement voilà, comme lors des quarts de finale, un arrêté de la préfecture de police de Paris interdit, pour ces demi-finales, les « regroupements de personnes se prévalant de la qualité de supporter ».

L'intense joie des supporters marocains après la victoire de leur équipe en demi-finales. LP / Olivier CorsanL’intense joie des supporters marocains après la victoire de leur équipe en demi-finales. LP / Olivier Corsan

Tous ont bravé, souvent sans le savoir, cette obligation, faisant face à un important dispositif de sécurité composé, notamment, de gendarmes mobiles et des motards de la Brav-M. « C’est fermé, demi-tour ! », ordonne un policier à proximité de l’Arc de Triomphe. Pour disperser les troupes, les forces de l’ordre ont, à plusieurs reprises, fait usage de gaz lacrymogène et de leur matraque. Cela a provoqué quelques mouvements de foule. « Ils veulent me faire courir en talons, wesh ! », s’énerve une jeune femme dans sa tenue de sortie des grands soirs.

Pas de gros débordements

Malgré ces tensions, les gros débordements ont pu être évités. À 2h15 ce jeudi, l’avenue redevenait calme mais la place de l’Étoile était, elle, encore confrontée à de gros embouteillages nocturnes.

Quelques mouvements de foule mais pas de gros débordements dans le quartier des Champs-Elysées après la victoire du Maroc. LP / Olivier CorsanQuelques mouvements de foule mais pas de gros débordements dans le quartier des Champs-Elysées après la victoire du Maroc. LP / Olivier Corsan

Les premiers klaxons d’automobilistes et de motocyclistes ont résonné deux bonnes heures plus tôt, pendant que les piétons enchaînaient les « Dima Maghreb », « Allez le Maroc ! » en arabe. Les supportrices, elles, se lançaient dans un concert de youyous.

Walid, 26 ans, est aux anges. « J’étais à la limite de la crise cardiaque pendant les tirs au but, mais notre gardien Bounou nous a encore sauvés », remercie ce Strasbourgeois. « Ah oui, c’était chaud. La CAN, ce n’est pas trop notre compétition d’habitude. Mais bon, là, on a montré que le Maroc est une grande nation du football », s’enthousiasme Marwan, étudiant de 20 ans, venu, en voisin, du XVIIe arrondissement.

Rachid, 22 ans, agent aéroportuaire de Nanterre (Hauts-de-Seine) tente, dans l’air frais, de se remettre de ses émotions. « J’ai failli faire un malaise puis j’ai pleuré quand on a gagné », savoure-t-il. Son voisin, lui, planque son drapeau rouge frappé d’une étoile verte « pour ne pas avoir une amende de 135 euros ».

« On n’est pas des casseurs »

Il regrette que ce défilé ne soit pas autorisé. « C’est inadmissible, on vient juste faire la fête, célébrer une victoire, on n’est pas des casseurs », répète-t-il. « Paris, c’est une ville de rassemblement, c’est dommage d’en arriver là », juge Yassine, 23 ans, alternant dans le commerce international. La dernière fois que ce Franco-Marocain, qui a des racines à Oujda, a vu ses Lions se qualifier pour une telle finale, il avait à peine plus d’un an ! « Cela fait 22 ans que j’attends ça », souffle ce jeune de Fresnes (Val-de-Marne).

VidéoLe Maroc brise la malédiction des demi-finales et tout un pays se met à rêver de la CAN : « On veut aller jusqu’au bout »

Kayna, 19 ans, en BTS, « fait parler les origines du cœur », sa double culture. « Je suis née en France, j’ai grandi en France, je soutiens l’équipe de France mais aussi l’équipe du Maroc », explique cette petite-fille de « Marocains du désert ».

La finale contre le Sénégal dimanche fait l’unanimité. « Les Lions de l’Atlas contre les Lions de la Teranga, ça va être la savane sur le terrain », pronostique un jeune homme, le maillot floqué Brahim Diaz et son numéro 10. Les supporters des deux pays fraternisent déjà sur les Champs-Élysées. « Le Maroc, c’est la famille. Dans tous les cas, c’est l’Afrique qui gagne », positive Oumy, 24 ans, coiffeuse Italo-Sénégalaise. « On est tous frères même si dimanche, les Marocains vont être nos ennemis », se marre Youssouf, Franco-Sénégalais de 23 ans.

« On rentre au Maroc pour la finale, peu importe le prix »

Assis sur son scooter, un bolide de 500 cm3, Amine, Parisien du XIXe, se met à rêver. « Cette CAN, on n’est pas loin de la gagner, la dernière victoire remonte à 1976 », rappelle ce jardinier de 33 ans vêtu du maillot rouge à la gloire d’Achraf Hakimi. « Mon père était au stade à Rabat, il m’a dit que l’ambiance était incroyable », poursuit-il.

Dans la foule, on croise aussi des supporters de l’Algérie, qui, malgré l’élimination au tour précédent, prennent toujours plaisir à parader et à scander des « One two three viva l’Algérie ». On rencontre aussi Ines, Malak et Sanaa, trois Marocaines de Casablanca et Rabat qui font leurs études de commerce à Paris

Vivre la demi-finale loin de leur fief a été « très frustrant ». « Alors ce week-end, on rentre au Maroc pour la finale. On va trouver des places, peu importe le prix », s’engage Ines. Elle est convaincue de ne pas faire le déplacement pour rien. « La coupe, elle reste à la maison, on ne va pas lâcher l’affaire… »