Regragui : “Avoir confiance en moi ne m’empêche pas de travailler”

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Il est l’homme de cette 35e Coupe d’Afrique des Nations. Walid Regragui savait, dès le départ, qu’il n’avait que deux options : tout ou rien. La victoire ou l’échafaud. Pas de demi-mesure, pas de oui mais. Il sera dieu ou damné. Le Maroc est engagé dans un processus unique dans l’histoire du continent. Le Royaume a mobilisé des moyens faramineux et inédits, plus d’un milliard de dépenses, pour construire une sélection à la hauteur des meilleures du monde. Dans quatre ans, il accueillera la Coupe du monde et il s’agit d’être à la hauteur de ce que le pays attend. La charge qui pèse sur les Lions de l’Atlas et celles de son sélectionneur est gigantesque.

Alors, peu importe qu’il soit l’homme à l’origine de la première demi-finale d’un pays africain à la Coupe du monde. Peu importe que son équipe détienne le record historique de victoires consécutives d’une sélection (19). Regragui pourrait avoir gagné les sept dernières Coupes du monde, avoir le pouvoir de ressusciter les défunts, faire tomber la pluie dans le désert ou marcher sur l’eau : le Maroc n’en aurait rien eu à faire si les choses avaient mal tourné.

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Walid Regragui, sélectionneur du Maroc

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Compo, prétention, conservatisme et jeu frileux

Là-bas, depuis des semaines, l’exigence ne se négocie pas, elle s’impose et chaque occasion ratée le rapproche de son procès. Sauf que, jusqu’ici, il a franchi quelques obstacles jusqu’à la finale : la blessure de son meilleur joueur, Achraf Hakimi, les sifflets à Rabat après le nul contre le Mali, le Cameroun et le Nigeria sur la route des Lions.

Que lui a-t-on reproché ? Quelques compositions frileuses, une forme de morgue, de conservatisme aussi, et, surtout, un style de jeu pas assez enthousiasmant. En conférence de presse, quand il se demande à voix haute s’il n’est pas le plus grand sélectionneur de l’histoire du Maroc, il passe pour un prétentieux. Pourtant, qui peut aujourd’hui prétendre le contraire ? “Ce qui m’intéresse, c’est l’estime de soi. Ça peut être perçu comme de l’arrogance, a-t-il expliqué mercredi. Je n’attends pas que les gens m’accordent quelque chose. Personne ne pourra effacer ce que j’ai fait avant.”

Son style très direct et la défense toujours assumée de son bilan ont pu alimenter les critiques. Et le match nul face au Mali (1-1), lors du deuxième match, a fait sauter les derniers verrous et libéré les fauves. Rabat a sifflé son équipe, les réseaux sociaux se sont déchaînés avec des propos souvent outranciers. Des figures, comme le comédien Yassar Lemghari aux 3,4 millions de followers sur Instagram, l’ont pris à parti réclamant des changements dans le onze de départ. Le président de la fédération marocaine, le puissant Fouzi Lekjaa, est resté discret pour défendre son sélectionneur.

Cible dans le dos

Regragui avait une cible dans le dos et sa démission fut réclamée par ceux qui se souvenaient qu’Emerse Faé a mené la Côte d’Ivoire au succès en prenant le train en route lors de la dernière CAN. “C’était dur, je ne vais pas mentir. Je n’ai pas été que chahuté, c’était une campagne vraiment pas correcte mais ce n’est pas grave, on l’a acceptée, le groupe m’a protégé, ils aiment leur coach, a réagi Regragui après la qualification pour la finale. Comme je leur ai dit, c’est sur le terrain qu’ils doivent me le rendre. La critique fait partie du football, on l’accepte. On sait que la moindre défaite ou le moindre nul au Maroc est catastrophique.”

Ses hommes, et c’est là le plus important, marchent derrière lui. “Il ne faut pas oublier le travail de Walid, a tenu à souligner Yassine Bounou, héros de la demi-finale et cadre de la sélection. Il fait un grand travail, il a bien préparé ce match. Chapeau à lui.”Le cas de Regragui rappelle ceux d’autres illustres sélectionneurs. Celui d’Aimé Jacquet ou de Didier Deschamps, auxquels furent déjà reprochés des styles de jeu rigoristes, un manque d’efficacité offensive ou trop de conservatisme dans les compositions d’équipe.

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Walid Regragui Et Nayef Aguerd (Maroc)

Crédit: Getty Images

Comme Jacquet ?

Après le 8e de finale poussif face à la Tanzanie, Regragui prenait d’ailleurs exemple sur France 98 : “Quand la France gagne la Coupe du monde en France, ils gagnent en 8es de finale avec un but en or contre le Paraguay, en quarts de finale ils se qualifient aux penalties et en demi-finales, ils sont menés 1-0 contre la Croatie et c’est leur arrière droit qui n’a jamais mis un but de sa vie qui en met deux.” Comme lui, Aimé Jacquet avait subi une terrible campagne de dénigrement avant la plus grande échéance de l’histoire de son pays à domicile. Jacquet possède aujourd’hui une aura divine. Il reste 90 ou 120 minutes à Regragui pour aspirer au même destin.