Regragui : “Avoir confiance en moi ne m’empêche pas de travailler”

Video credit: Eurosport

Walid Regragui a été copieusement critiqué au début de la CAN. Est-ce que la fonction de sélectionneur au Maroc, que vous avez occupée durant trois ans, est parfois lourde à porter ?

H.R. : Oui, c’est lourd parfois. Mais ce n’est pas compliqué qu’au Maroc. Il n’y a qu’à regarder les critiques que subit Didier Deschamps, qui a été champion du monde comme joueur et comme entraîneur. Et pourtant, on n’arrête pas de le remettre en cause. Aujourd’hui, il y a plus de médias, de réseaux sociaux. Les critiques sont multipliées par un nombre incalculable. Si j’avais été à la place de Walid, je n’en aurais même pas parlé. Le plus important pour lui, c’est d’avoir réussi une Coupe du monde 2022 stratosphérique en les qualifiant pour une demi-finale. Ensuite, bien sûr, il a connu un petit trou avec une élimination en 8e de la CAN mais ça arrive. Ce n’est jamais facile de digérer une telle performance.

picture

Walid Regragui (Maroc) – CAN 2025

Crédit: Getty Images

Vous comprenez qu’il règle un peu ses comptes après la qualification pour la finale ?

H.R. : Non, il n’a pas besoin d’en reparler. Quand on est sélectionneur, on sait où on veut aller. On doit faire abstraction de tout. Après, c’est plus dur pour lui, il est Marocain, il a beaucoup d’amis qui peuvent l’appeler pour lui signifier telle ou telle chose. Mais le plus important, c’est de rester dans sa bulle. Sur son travail, on peut discuter tant qu’on veut, il n’y a rien à dire sauf félicitations. C’est tout. Il réussit à la Coupe du monde en se repliant et en contrant. Quatre ans plus tard, il réussit à la CAN dans un autre système, avec d’autres intentions. Il a une palette tactique et une adaptation à ses adversaires formidables. C’est une énorme réponse pour tous ceux qui ont pu émettre des critiques. Je sais ce que c’est, j’ai eu la chance d’être sélectionneur du Maroc. Je n’ai qu’une chose à lui dire : chapeau !

Ceux qui taillaient sur des plateaux télé, aujourd’hui, ils dansent sur les tables

On se souvient des critiques qui ont accompagné Djamel Belmadi ou même Aliou Cissé quand ils ont gagné la CAN avec l’Algérie ou le Sénégal. Est-ce que c’est encore plus difficile d’être prophète en son pays ?

H.R. : Oui, c’est très difficile. Mais j’ai commencé une CAN avec la Côte d’Ivoire en 2015 en faisant deux nuls. Je suis resté dans une bulle parce que ça aurait pu me toucher. À la fin, quand j’ai gagné, j’ai dit : ‘ceux qui taillaient sur des plateaux télé, aujourd’hui, ils dansent sur les tables’. Tout le monde sait mieux que personne dans le foot : il faut faire jouer celui-ci plutôt que celui-là, etc. C’est facile de parler mais le plus important, c’est que Walid ait eu une direction. On ne peut pas démarrer pied au plancher et en gagner une à la fin : ça n’arrive jamais. Les Marocains sont montés crescendo. Ils ont battu le Cameroun et le Nigeria. Quoi qu’il arrive, c’est une réussite. S’il gagne, c’est une statue qu’il faudra faire à Walid.

Est-ce que le fait de ne pas avoir été un immense joueur peut, parfois, le fragiliser ?

H.R. : Non, c’est fini ça. Les grands joueurs ont un crédit pendant deux ou trois mois et puis, ça s’épuise s’il n’y a pas de résultats. Aucun coach ne fait carrière sur sa réputation de joueur. Là, on a simplement tout un peuple qui attend ça depuis 50 ans, ça les rend dingues.

picture

Walid Regragui, sélectionneur du Maroc

Crédit: Getty Images

Si vous étiez chirurgien, personne ne viendrait vous donner des conseils

Est-ce plus dur au Maroc qu’ailleurs ? Est-ce que le peuple est plus exigeant dans le jeu notamment là-bas ?

H.R. : ‘On gagne mais on ne joue pas bien’ : c’est une critique qu’on entend souvent même en France. Au Maroc, il y a une passion énorme mais comme dans les pays de passionnés façon Brésil ou Amérique du Sud en général. Plus il y a de passion, plus il y a d’effervescence et plus c’est difficile de réussir. Aujourd’hui, Walid est un demi-dieu, laissons-le tranquille. Un jour, un président m’a dit : ‘Vous savez, si vous étiez chirurgien, personne ne viendrait vous donner des conseils lors de vos interventions car personne n’a la compétence pour cela. Au foot, tout le monde pense avoir la compétence…’ Walid, je le connais bien, je lui dirais de ne pas s’éparpiller parce qu’au fond, il n’a plus besoin de répondre à ses détracteurs.