À l’approche de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, prévue le dimanche 18 janvier 2026 entre le Sénégal et le Maroc, une évidence s’impose : la flambée des prix au marché noir ne relève pas seulement de la passion ou de la rareté, mais d’un système de distribution qui a dérapé.
Des billets officiellement accessibles autour de 150 dollars se négocient désormais jusqu’à 3 000 dollars sur les circuits parallèles. Des loges sont même proposées à des niveaux extravagants, parfois annoncés à 20 000 dollars. L’équation paraît simple — trop de demande, pas assez d’offre — mais la réalité est plus dérangeante.
Des prix officiels déjà sous tension
La Confédération africaine de football (CAF) avait fixé des tarifs sans précédent pour une finale de CAN :
Catégorie 3 : ~400 dirhams (≈ 38 €)
Catégorie 2 : ~600 dirhams (≈ 57 €)
Catégorie 1 : ~900 dirhams (≈ 86 €)
Un palier record qui a relancé le débat sur l’accessibilité populaire d’une compétition censée rester la fête des peuples africains.
VIP, hospitalité… et fantasmes
Côté hospitalité, l’Atlas Lounge était proposée autour de 11 500 dirhams (≈ 1 050 €) par personne sur le site officiel de la CAF. Les offres VIP et suites — « Rose Loge », packages multi-matchs — peuvent atteindre des montants globaux élevés, mais le prix unitaire par personne reste très éloigné des 20 000 € brandis sur le marché noir.
Comme l’a rappelé Médias24, une loge de 12 places couvrant l’ensemble du tournoi pouvait coûter environ 363 600 dirhams (≈ 33 000 €) au total. Rapporté à une place et à une seule rencontre, on est très loin des chiffres fantasmés.
La vraie faille : les billets offerts
C’est ici que la chronique bascule. Selon plusieurs sources concordantes, ce ne sont pas les billets achetés qui ont principalement alimenté le marché noir, mais les billets offerts. Invitations protocolaires, quotas institutionnels, dotations partenaires, billets de courtoisie : autant de canaux parallèles à la vente officielle, moins traçables et plus facilement monétisables.
Obtenus sans coût d’acquisition, ces billets deviennent une marchandise idéale. Revendus à prix d’or, ils génèrent une rente pure, sans risque financier pour leurs détenteurs initiaux. La spéculation y trouve son carburant principal.
Ruée, pénurie… puis absurdité
Dès l’ouverture de la billetterie officielle, la ruée a été totale. En quelques minutes, les billets les plus accessibles — parfois à 100 ou 150 dirhams — disparaissent. Puis ils réapparaissent presque aussitôt sur des canaux informels, entre 1 000 et 3 000 dirhams, voire davantage sur certaines plateformes internationales.
Le résultat ? Un paradoxe devenu symbole. Après le match inaugural à Rabat, alors que la rencontre était annoncée complète, près de 10 000 sièges sont restés vides. Des places détenues par des intermédiaires qui ont surestimé la capacité des supporters à payer des prix abusifs — ou qui ont parié trop tard.
Arrestations… et zones d’ombre
Face à l’ampleur du phénomène, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) est intervenue. Huit personnesont été arrêtées pour spéculation et commerce de billets d’origine frauduleuse. Un signal, certes, mais tardif.
Comme l’a noté TelQuel, l’anomalie était visible dès les premières semaines : des billets introuvables sur la plateforme officielle avant même le coup d’envoi du tournoi. Une rareté précoce qui a ouvert un boulevard aux revendeurs informels.
Une limite structurelle
Officiellement, un Fan ID ne permet l’achat que de quatre billets. La règle existe, elle est claire. Mais elle ne s’applique qu’aux billets vendus, pas à ceux offerts. Tant que cette distinction persistera, la spéculation trouvera toujours une brèche.
À la veille de la finale Sénégal–Maroc, la fête est donc là, mais légèrement abîmée. Non pas tant par la ferveur des supporters que par un système où le billet gratuit est devenu la monnaie la plus chère du football africain