En Conseil des ministres, le 12 novembre 2025, le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines Birame Soulèye Diop, a fait une communication sur le développement de l’énergie nucléaire au Sénégal. Cela marque une étape stratégique pour diversifier l’énergie et renforcer la souveraineté énergétique. Souvent perçue comme lointaine ou inaccessible, l’énergie nucléaire repose pourtant sur un principe industriel éprouvé : produire de la chaleur pour générer de l’électricité. Sa principale spécificité réside dans une densité énergétique exceptionnelle et des émissions de CO₂ très faibles.

À l’heure où le Sénégal s’est engagé à réduire son empreinte carbone tout en répondant à une demande énergétique croissante, le nucléaire apparaît comme une option crédible pour renforcer un mix énergétique « décarboné ». Le président de la République ne cesse de rappeler l’urgence pour le Sénégal de disposer d’une énergie fiable, compétitive et durable, capable de soutenir l’industrialisation, la souveraineté économique et la transition écologique.

Cette orientation stratégique du gouvernement impose d’explorer toutes les options énergétiques, y compris celles encore peu débattues dans l’espace public. L’énergie nucléaire s’inscrit dans cette réflexion de long terme. Les opportunités sont réelles. Le nucléaire offre une production stable, indépendante des aléas climatiques, indispensable au développement industriel et à la sécurisation du réseau électrique.

Il constitue également un puissant levier de montée en compétences, favorisant la formation d’ingénieurs, de techniciens et de chercheurs de haut niveau. Le développement d’une telle filière peut stimuler un écosystème industriel local, en phase avec la vision présidentielle d’un capital humain qualifié au cœur du projet national. Mais ces opportunités s’accompagnent de défis majeurs.

Le premier est institutionnel et humain. Le nucléaire exige une culture de la sûreté irréprochable, des compétences pointues et un cadre réglementaire robuste. La formation, la rétention des talents et le renforcement des institutions de contrôle constituent des préalables incontournables. Pour l’instant, le Sénégal dispose Institut de technologie nucléaire appliquée (Itna) et de l’Autorité de radioprotection et de sûreté nucléaire (Arsn).

Le deuxième défi est financier. Les investissements initiaux sont lourds et nécessitent une planification rigoureuse, des partenariats internationaux solides et une vision à long terme. Le défi de l’acceptabilité sociale ne doit pas non plus être sous-estimé. Les perceptions négatives, souvent alimentées par la méconnaissance, imposent un effort soutenu de communication, de pédagogie et de transparence. Enfin, la question de la gestion des déchets, bien que techniquement maîtrisée à l’échelle mondiale, demeure sensible et exige des choix clairs, assumés et encadrés. Penser au nucléaire, c’est s’inscrire dans une démarche d’anticipation stratégique, conforme aux orientations exprimées en Conseil des ministres. Dans un monde où l’énergie conditionne la souveraineté, la compétitivité et la résilience des États, le véritable défi pour le Sénégal n’est peut-être pas de choisir immédiatement, mais de se préparer, dès maintenant, à décider en connaissance de cause.