Le groupe EkoNiva, numéro un du lait cru en Russie, étudie actuellement une expansion vers le marché algérien. Dans la semaine du 5 janvier, une délégation conduite par son PDG, Stefan Dürr, a rencontré à Alger les responsables du groupe public Giplait, acteur clé de la collecte, de la transformation et de la distribution du lait dans le pays nord-africain.  Selon les informations relayées par les médias locaux, les discussions ont principalement porté sur la mise en place éventuelle de fermes pilotes spécialisées dans la production de lait cru.

Un intérêt stratégique

Si pour l’heure, aucun autre détail n’a filtré sur cette démarche, l’intérêt d’EkoNiva pour l’Algérie s’explique par plusieurs facteurs, à commencer par la demande soutenue en produits laitiers. La consommation annuelle moyenne par habitant est estimée à 114 litres équivalent lait, le niveau le plus élevé du continent africain.

L’Algérie a compté en 2023 pour près de 22% de la facture totale des importations africaines de produits laitiers estimée à 7,5 milliards USD (environ 6,4 milliards d’euros) selon les données du Baromètre des agricultures africaines publié en octobre dernier. Le pays représente notamment le second acheteur mondial de lait en poudre derrière la Chine avec 236 000 tonnes en 2024 d’après les données du Département américain de l’agriculture (USDA).

Un tel contexte offre des opportunités de croissance pour le groupe laitier russe. Fondé en 1994, EkoNiva exploite plus de 630 000 hectares et produit chaque année 1,35 million de tonnes de lait brut, dans un modèle intégré combinant élevage bovin, production de fourrage et transformation laitière. La stratégie d’implantation en Algérie offrirait l’opportunité d’exporter son modèle intégré au-delà du marché russe et d’y établir une première base stratégique sur le continent africain.

Une opportunité de renforcement de l’industrie laitière locale

Pour l’Algérie, la concrétisation d’un partenariat avec EkoNiva représenterait un levier stratégique majeur pour réduire sa forte dépendance aux importations de produits laitiers. Au-delà de l’objectif de substitution aux importations, un tel projet contribuerait à l’émergence d’une filière locale plus compétitive, mieux organisée et alignée sur les standards internationaux. L’introduction de modèles d’exploitations modernes, reposant sur des technologies avancées, une gestion optimisée des troupeaux et des chaînes de valeur intégrées, permettrait d’améliorer la production de l’industrie.

En outre, la collaboration avec des acteurs publics locaux comme Giplait offrirait un avantage clé, en s’appuyant sur un réseau déjà opérationnel de collecte, de transformation et de distribution et favoriserait également le transfert de compétences, de technologies et de savoir-faire internationaux. Il faut noter que l’annonce du groupe russe s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par l’intérêt croissant de grands groupes internationaux pour le potentiel laitier algérien.

Le pays a ainsi déjà attiré le groupe qatari Baladna, qui prévoit de développer, dans la région d’Adrar, ce qui est présenté comme la plus grande laiterie intégrée au monde. Ce méga-projet, évalué à 3,5 milliards USD (environ 3 milliards d’euros), prévoit l’aménagement d’une ferme de 117 000 hectares, l’élevage de 270 000 vaches et la construction d’une unité capable de produire jusqu’à 200 000 tonnes de lait en poudre par an. Le démarrage des travaux est annoncé pour 2026, avec une première production attendue à la fin de l’année 2027.

À terme, le projet devrait générer environ 5 000 emplois et permettre de réduire de près de moitié les importations algériennes de lait en poudre.