La British International Investment (BII), institution britannique de financement du développement, a annoncé le 20 janvier dernier son entrée comme investisseur de référence dans le fonds Allianz Credit Emerging Markets (ACE), un véhicule de finance mixte (« Blended Finance ») visant à mobiliser des capitaux institutionnels pour la transition climatique dans les marchés émergents. BII apportera un capital concessionnel de 40 millions de dollars (33,8 millions d’euros), dans un fonds qui ambitionne un closing final d’environ 1 milliard de dollars soit 841 millions d’euros, dont 40% seraient destinés à des investissements en Afrique.
Attirer les investissements privés
Dans son communiqué, la ministre britannique du Développement international et de l’Afrique, la baronne Jennifer Chapman, souligne que cette approche illustre la modernisation de la politique de développement britannique. « Nous utilisons le soutien du gouvernement britannique pour attirer davantage d’investissements privés afin de créer un impact plus important », affirme-t-elle, estimant que chaque livre investie doit générer « beaucoup plus de financements pour les pays du Sud global afin de faire face à l’urgence climatique ».
Le directeur général de BII, Leslie Maasdorp, insiste sur la logique de levier financier : « Nous sommes conscients de la nécessité d’utiliser nos ressources concessionnelles limitées pour mobiliser les vastes réserves de capitaux privés indispensables face à l’urgence climatique mondiale et stimuler une croissance durable à impact ». Pour l’institution, l’investissement dans le fonds ACE constitue une étape supplémentaire dans sa stratégie de mobilisation de capitaux privés pour le climat.
L’Afrique face à un déficit persistant de financement climatique
L’orientation d’environ 40% des décaissements du fonds ACE vers l’Afrique s’opère alors que le financement climatique demeure structurellement insuffisant sur le continent, malgré la hausse des engagements internationaux. Bien que responsable de moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, le continent figure parmi les régions les plus exposées aux impacts du changement climatique. D’après la Climate Policy Initiative, les pays du continent devront mobiliser plus de 2 800 milliards de dollars entre 2020 et 2030 pour honorer leurs engagements en matière d’action climatique, soit environ 280 milliards de dollars par an.
Ces dernières années, les banques multilatérales de développement ont accru leurs volumes de financement climatique, mais la part allouée à l’Afrique demeure inférieure à ses besoins, alimentant le débat sur la capacité de l’architecture financière internationale actuelle à soutenir la transition des économies émergentes.
Les États africains affichent pourtant des ambitions élevées. À l’issue de l’Africa Climate Summit de 2025 à Addis-Abeba (Ethiopie), ils ont exprimé leur objectif de mobiliser 50 milliards $ par an pour financer les solutions climatiques, notamment via la création d’un Fonds africain pour le climat et d’un Pacte africain pour l’innovation climatique. Ces ambitions se heurtent toutefois à des contraintes structurelles, notamment le coût élevé du capital, la perception de risque et la dépendance persistante aux financements concessionnels.
Dans ce contexte, les modèles de finance mixte sont de plus en plus perçus comme des instruments clés pour attirer l’épargne institutionnelle mondiale vers les projets climatiques africains. En combinant capitaux publics, philanthropiques et privés, ces structures visent à améliorer le profil risque-rendement des investissements et à orienter des flux financiers vers des secteurs critiques comme l’énergie, l’agriculture et les infrastructures résilientes.
Un fonds pour catalyser l’épargne institutionnelle mondiale
Géré par Allianz Global Investors (AllianzGI), la branche de gestion d’actifs du groupe allemand Allianz, le fonds ACE, bien qu’encore modeste par rapport aux besoins réels de financements du continent, s’inscrit dans cette montée en puissance de ces mécanismes de finance mixte.
Dans sa structuration, les institutions de financement du développement (BII, banques multilatérales et agences bilatérales) fourniront 150 millions de dollars (environ 127 millions d’euros) de capital junior afin d’absorber une partie du risque et d’améliorer le profil risque-rendement pour les investisseurs privés, appelés à apporter jusqu’à 850 millions de dollars (719 millions d’euros) supplémentaires. Lors du premier closing, le fonds a annoncé avoir déjà sécurisé 690 millions de dollars (583 millions d’euros) d’engagements, avec Allianz SE et le suisse GastroSocial Pensionskasse comme investisseurs de référence de la tranche senior.
Pour Allianz Global Investors, l’initiative a vocation à canaliser l’épargne institutionnelle vers les marchés émergents. « S’attaquer au changement climatique ne peut pas se limiter aux marchés développés – le lancement d’ACE est une étape audacieuse pour mobiliser des capitaux institutionnels afin de répondre aux priorités de développement mondial, y compris le climat », explique Édouard Jozan, responsable des marchés privés chez AllianzGI, qui met en avant le rôle clé des partenariats pour permettre un changement d’échelle de cette classe d’actifs.
Reste toutefois la question de la reproductibilité et du déploiement de tels véhicules à une échelle suffisante pour résorber le déficit structurel du financement climatique en Afrique, dans un environnement marqué par les limites persistantes de la réallocation des flux de capitaux internationaux, pourtant indispensable à la transition mondiale.