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Ruine SénégalRéalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0

Le Sénégal n’a jamais été un pays d’aventure diplomatique. Depuis soixante ans, Dakar s’est imposé comme l’un des pôles de stabilité les plus constants d’Afrique de l’Ouest. Une démocratie imparfaite, certes, mais durable. Une économie fragile, mais prévisible. Une diplomatie mesurée.

Ce fragile équilibre est aujourd’hui menacé.

Selon une enquête publiée par Africa Intelligence le 18 janvier 2026, sous le titre « Dakar face au FMI : le pari risqué de Diomaye Faye », les relations entre le Sénégal et ses principaux partenaires financiers se sont fortement dégradées ces derniers mois. Le journal spécialisé y décrit un climat de défiance croissante entre le pouvoir sénégalais, le Fonds monétaire international, Paris et Pékin.

Un signal d’alerte sérieux.

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Le bras de fer avec le FMI

Depuis près d’un an, les négociations avec le FMI sont au point mort.

Dakar conteste certaines réformes budgétaires jugées socialement explosives. Le Fonds exige des engagements fermes sur les déficits, la dette et la gouvernance financière.

Le dialogue est devenu politique.

Le président Bassirou Diomaye Faye, élu en 2024 sur un programme de rupture, veut démontrer qu’il ne se soumet plus aux « diktats extérieurs ». Le FMI, fidèle à sa doctrine, refuse tout accommodement sans garanties.

Dans ce face-à-face, chacun campe sur ses positions.

Mais l’arbitre reste le marché.

Sans accord, la signature sénégalaise se fragilise.

Paris retire son filet de sécurité

Plus préoccupant encore est le repositionnement français.

D’après Africa Intelligence, Paris a cessé d’intervenir en coulisses pour adoucir la position du FMI. La France soutient désormais une restructuration partielle de la dette sénégalaise et a transmis ce message à Pékin début janvier 2026.

Autrement dit : le Sénégal n’est plus protégé.

Ce tournant marque la fin d’un soutien tacite hérité de plusieurs décennies de coopération étroite.

Pékin, créancier sans illusion

La Chine observe la situation avec pragmatisme.

Premier financeur de plusieurs grands projets d’infrastructures, Pékin détient une part croissante de la dette sénégalaise. Mais elle ne s’inscrit dans aucune logique de solidarité politique.

Comme le rappelle Africa Intelligence dans son dossier du 15 janvier 2026 (« La dette africaine, nouvel instrument d’influence chinoise »), la Chine privilégie toujours la sécurisation de ses investissements.

Si Dakar s’affaiblit, Pékin exigera des garanties supplémentaires.

La dépendance financière appelle toujours des contreparties stratégiques.

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Le mirage du « Sud global »

Face aux tensions occidentales, le discours officiel sénégalais évoque volontiers un recentrage vers le « Sud global ».

Mais ce concept relève davantage de la rhétorique que de la géopolitique réelle.

Ni l’Inde, ni la Chine, ni les pays du Golfe ne remplaceront le FMI comme certificateur de solvabilité.

Ils investissent. Ils prêtent. Ils négocient. Ils ne garantissent pas.

Une économie exposée

Le Sénégal reste structurellement vulnérable.

Déficits chroniques. Dépendance aux importations. Forte pression sociale. Croissance inégale.

Selon Africa Intelligence (édition du 20 janvier 2026), plusieurs projets d’infrastructures majeurs sont actuellement ralentis en raison de l’incertitude financière.

Les investisseurs attendent.

Les banques hésitent.

L’économie retient son souffle.

Le précédent sahélien

Dans l’entourage présidentiel, on observe avec inquiétude les trajectoires voisines.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont rompu avec leurs partenaires traditionnels.

Ils en paient le prix : isolement, contraction économique, dépendance accrue à de nouveaux parrains.

Dakar ne souhaite pas suivre ce chemin.

Mais sa trajectoire actuelle l’en rapproche dangereusement.

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Le dilemme du pouvoir

Bassirou Diomaye Faye incarne une génération politique nouvelle, portée par la défiance envers les anciennes élites.

Mais l’exercice du pouvoir impose des arbitrages.

Entre fidélité au discours souverainiste et crédibilité internationale, il faudra choisir.

L’histoire africaine regorge de dirigeants élus sur la promesse de rupture, puis rattrapés par la réalité financière.

Un capital fragile : la confiance

Le principal atout du Sénégal reste intangible.

C’est la confiance.

Celle des partenaires. Celle des investisseurs. Celle des institutions. Ce capital est lent à bâtir.

Rapide à perdre.

Le fragiliser serait une faute stratégique.

L’heure de vérité

Le Sénégal n’est pas encore isolé.

Mais il se rapproche d’une zone de turbulence.

À force de vouloir incarner la rupture, il risque d’affaiblir ce qui faisait sa force : la stabilité.

Comme le souligne Africa Intelligence dans son analyse du 22 janvier 2026 (« Le Sénégal face au test de la crédibilité »), Dakar joue désormais une partie serrée, où chaque faux pas peut coûter cher.

Dans un monde dominé par les rapports de force, les puissances moyennes ne disposent que d’une arme : la fiabilité. C’est cette arme que le Sénégal doit aujourd’hui préserver.

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auzon

Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).