Affaire Christophe Gleizes, Algériens sous OQTF, enlèvement d’Amir DZ, poursuites judiciaires visant des agents consulaires algériens en France… Les dossiers litigieux s’accumulent, les réponses, elles, se font attendre. Pendant ce temps, le ministre français trépigne à l’idée de se rendre à Alger, tandis que la diplomatie franco-algérienne continue de s’enliser dans un dialogue de sourds.
La reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara occidental est désormais reléguée au second plan, éclipsée par un empilement de contentieux bilatéraux non résolus. Une visite de Laurent Nuñez, pourtant annoncée et officiellement souhaitée, reste à l’état de promesse creuse. Le ministre a rappelé vendredi attendre d’Alger « des bougés très forts » sur deux dossiers emblématiques : la reprise des reconduites d’Algériens en situation irrégulière et le cas du journaliste Christophe Gleizes. « Il faut y aller, mais quand on pose des conditions, c’est qu’on ne veut pas y aller », a tranché Ségolène Royal, dans une formule qui résume à elle seule l’impasse actuelle.
Ségolène Royal affirme avoir évoqué la question des OQTF lors de son entretien avec Abdelmadjid Tebboune, un sujet de crispation chronique entre Paris et Alger. La France reproche régulièrement aux autorités algériennes de refuser de reprendre leurs ressortissants sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français. « Je lui ai dit : “Pour les OQTF, est-ce qu’on peut faire davantage ?”. Il a dit : “Que Monsieur Nuñez vienne” », rapporte-t-elle. Une réponse lapidaire, qui ressemble davantage à une fin de non-recevoir qu’à une volonté réelle d’avancer.
Face à une crise diplomatique qui s’installe dans la durée et à des canaux officiels visiblement à bout de souffle, Ségolène Royal s’est improvisée médiatrice lors d’un déplacement à Alger, à l’invitation de la Chambre de commerce et d’industrie algérienne. Une visite censée être économique, mais qui a largement débordé de son cadre initial, au point de se transformer en opération de communication personnelle.
L’ancienne ministre se targue d’avoir obtenu l’autorisation de rendre visite en prison au journaliste Christophe Gleizes, condamné à sept ans de réclusion pour « apologie du terrorisme » et jusqu’ici détenu dans la prison de Tizi-Ouzou Elle assure également avoir « obtenu » son transfert à la prison de Koléa, un établissement pénitentiaire près d’Alger où sont détenus aussi de nombreux prisonniers d’opinion. Une concession présentée comme un succès diplomatique, mais qui ne change rien au fond du problème : un journaliste français demeure emprisonné dans des conditions dénoncées par de nombreuses ONG. La belle affaire, en effet.
Dans un rôle de VRP zélée des bonnes intentions algériennes, Ségolène Royal a fustigé « beaucoup de Français et de responsables français » qui, selon elle, « exploitent politiquement cette fracture ». Elle s’est employée à vanter les mérites d’une Algérie « qui investit, qui exporte », regrettant que « tous les pays soient là pour investir, sauf la France ». Italie, Espagne, Allemagne, États-Unis : la liste est déroulée comme un argument massue, sans la moindre remise en question du climat politique et judiciaire algérien.
Nouvellement investie de responsabilités au sein de l’Association France Algérie, Ségolène Royal n’a formulé aucune critique à l’égard des autorités algériennes. Bien au contraire, elle s’impose désormais comme l’une des défenseuses les plus ferventes du régime depuis son séjour à Alger. Une posture pour le moins confortable — et opportune — pour une ancienne ministre en mal de visibilité médiatique, qui semble avoir trouvé dans ce rôle une seconde carrière.
Rabah Aït Abache