Sous les eaux et dans l’obscurité, Ksar El Kebir affronte une épreuve qui dépasse les inondations. Tandis que la solidarité s’organise, la flambée des prix de produits essentiels révèle une autre fracture, celle d’une crise où certains transforment la détresse en profit.

À côté des difficultés matérielles liées aux inondations, des pratiques spéculatives ont émergé autour de produits de première nécessité, révélant ce que de nombreux citoyens qualifient désormais de « commerce de crise ».

La montée des eaux a contraint les autorités à évacuer plusieurs quartiers, notamment Al Andalous, Al Marina et Ouled Hmid, tandis que des coupures d’électricité ont affecté une partie de la ville.

L’isolement de certaines zones et les perturbations de l’approvisionnement ont progressivement installé un climat de tension, accentué par la crainte de manquer de produits essentiels.

Cette désorganisation a créé un terrain propice à la spéculation sur des biens devenus soudainement vitaux dans le quotidien des habitants.

Les bougies figurent parmi les produits les plus cités dans les témoignages. Devenues indispensables en raison des coupures de courant, elles ont vu leur prix multiplié chez certains détaillants, passant de quelques dirhams à des montants jugés excessifs par la population (15 DH ou plus).  La bouteille de gaz butane, le pain et la farine n’ont pas été épargnés, avec des prix qui auraient augmenté.

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Sur les réseaux sociaux, la colère s’est exprimée avec vigueur. Des habitants ont dénoncé nommément certains commerces, appelant au boycott et qualifiant ces pratiques d’atteinte à la dignité collective.

Le terme « hogra » revient fréquemment dans les publications, traduisant le sentiment d’injustice ressenti par des familles déjà affectées par les dégâts matériels causés par les inondations. Dans le même temps, des appels ont été lancés pour que les autorités interviennent afin de contrôler les prix et sanctionner les abus.

Cette situation contraste fortement avec les nombreuses initiatives de solidarité observées dans la ville. Des associations locales, des voisins et des bénévoles se sont mobilisés pour distribuer des repas chauds, des couvertures et des produits de première nécessité gratuitement.

Aucune place pour la spéculation…

Face à cette réalité, le ministre de l’Industrie et du Commerce, M. Ryad Mezzour, est intervenu, lundi 2 février, lors d’une séance plénière des questions orales à la Chambre des représentants. Il a averti que toute hausse de prix exploitant la situation de catastrophe naturelle à Ksar El Kebir ferait l’objet de sanctions sévères, assurant que les commissions chargées du suivi des prix et de la surveillance des marchés étaient pleinement mobilisées.

Le ministre a déclaré « Tout d’abord, je tiens à être clair. Il n’y a pas de place pour la spéculation lors de catastrophes naturelles. La réponse du gouvernement a été ferme. Ceux qui ont augmenté les prix ont été arrêtés et seront punis… les marchandises ont été distribuées gratuitement aux populations touchées. Il n’y a pas de place pour la spéculation lorsque les Marocains sont victimes de catastrophes naturelles, c’est honteux et indigne ».

Le responsable a souligné que les profiteurs de la crise ont toujours existé et continueront d’exister, et que des mesures seront prises progressivement pour les éradiquer. Il a précisé que la situation s’est désormais stabilisée et devrait permettre une baisse prochaine des tarifs. « Une surveillance quotidienne sur le terrain est mise en place pour assurer le suivi », affirme-t-il.

La situation à Ksar El Kébir met ainsi en lumière une double réalité. D’un côté, une solidarité remarquable qui s’organise spontanément pour soutenir les familles touchées. De l’autre, des comportements opportunistes qui rappellent la vulnérabilité des équilibres économiques en période de crise.