Gros plan sur ToumAI une start-up marocaine qui travaille à intégrer les langues et dialectes africains dans les usages que l’on fait de l’intelligence artificielle. L’entreprise, qui compte une quinzaine d’employés, propose une application permettant de mieux communiquer entre clients et plateforme téléphonique de service.

Ce n’est pas toujours évident lorsque l’on parle hausa, bambara ou le darija d’utiliser des plateformes de service téléphonique pour gérer son compte bancaire, réserver un hôtel ou bien régler ses problèmes de connexion internet. Les serveurs téléphoniques ou les plateformes d’appel ne parlent pas toutes ces langues, loin s’en faut. Aussi, la start-up ToumAI a-t-elle mis au point une application qui permet, avec l’intelligence artificielle, de répondre aux demandes des clients dans différentes langues africaines.

Youcef Rahmani, l’un des trois fondateurs de ToumAI et de l’application HolistiCX : « On a, à peu près, huit langues aujourd’hui qui sont vraiment prêtes en production et déployées d’ailleurs sur des applications. Donc vraiment, notre objectif, c’est finalement de couvrir les langues les plus parlées. Dans un premier temps, le swahili, le lingala en Afrique de l’Est et en Afrique du Sud, le zoulou, le xhosa. il y a plusieurs langues, souvent mal considérées par les logiciels et l’ IA et que nous, on souhaite couvrir. » 

« L’IA ne comprend pas votre accent » 

Une intelligence artificielle qui s’adapte à l’oral, aux vocables africains, mais également aux intonations, si   importantes, à la bonne compréhension d’une langue afin de mieux répondre aux besoins de celui qui l’exprime. Un service qui comble, pour toute une clientèle, un risque de fracture numérique et linguistique, souligne Youcef Rahmani

« En fait, c’est exactement ça ! ToumAI est né d’une de cette frustration. C’est que pendant longtemps, l’intelligence artificielle a été développée pour quelques langues et quelques cultures. Beaucoup de personnes se sont retrouvées exclues sans même que l’on s’en aperçoive. Au début, on ne s’en rendait pas compte parce que l’IA était reléguée à des rôles un peu obscurs pour le commun des mortels. Mais, lorsque Chatgpt est sorti, je pense que c’est là où les gens se sont rendus compte de la puissance de l’IA. Et en fait, pendant très longtemps, Chatgpt ne parlait pas vraiment d’autres langues à part les langues principales. Quand une IA ne comprend pas votre accent ou votre façon de parler ou votre langue, ce n’est pas juste un problème technique, ça devient un problème d’accès aux services, parce que l’on va avoir des logiciels qui intègrent de l’IA un peu partout, mais sans justement prendre en compte les différences culturelles et linguistiques. Nous avons voulu partir de la voix parce que la voix c’est l’univers où tout le monde parle. Et même quand on ne lit pas ou même lorsque l’on ne maîtrise pas le digital, on peut s’exprimer et obtenir des choses en parlant.» 

L'équipe de ToumAI au MAroc

L’équipe de ToumAI au MAroc © ToumAI

Résoudre le problème d’accès au service

HolistiCX a séduit des entreprises bancaires comme le marocain Attijariwafa Bank, des opérateurs téléphoniques comme Orange ou Inoui, et certaines entreprises immobilières comme Héritage. Les clients de ces entreprises ne se sentent plus exclus des services à cause d’une inadaptation technologique à la langue. Une solution pertinente qu’a accompagné le fonds de soutien Digital Africa et Malek Lagha, cheffe de projet. 

« C’est très pertinent parce qu’ils ont besoin de collecter de la donnée et qu’aujourd’hui, les logiciels en IA n’arrivent pas à traduire des langues africaines. C’est un marché qui a beaucoup de potentiel. C’est de la donnée très précieuse et qui compte également pour beaucoup d’entreprises dans le monde. Aujourd’hui, ToumAI a conçu une IA pensée dès le départ pour des contextes complexes, capable de comprendre non seulement les mots, mais les intonations. Je pense que c’est pour ça que c’est pertinent pour des entreprises internationales. » 

Pour le moment, la solution proposée par ToumAI concerne huit langues africaines, mais le projet futur est d’adapter une quarantaine d’autres langues à des solutions IA.