Le gouvernement ghanéen a présenté il y a quelques jours une nouvelle proposition de bail minier au Parlement, destinée à encadrer son partenariat avec Atlantic Lithium. Il s’agit de la tentative la plus récente des autorités pour lancer Ewoyaa, première mine de lithium du pays, et rejoindre ainsi le Mali, qui a mis en service deux mines de lithium au cours des douze derniers mois. Si la hausse des prix du lithium, observée il y a quelques années, a contribué à accélérer le développement du projet, la phase de construction et d’exploitation d’Ewoyaa se trouve aujourd’hui ralentie par un environnement de marché moins porteur et des conditions fiscales jugées contraignantes.
Les dispositions fiscales initiales, prévues dans le premier bail minier signé en octobre 2023, accordaient à l’État ghanéen une participation gratuite de 13% dans la future mine, ainsi qu’une part des revenus sous la forme d’une redevance fixe de 10%. Quelques mois auparavant, Atlantic Lithium avait publié une étude de faisabilité indiquant que la mine pourrait livrer 3,6 millions de tonnes de concentré de spodumène sur douze ans et générer 5,6 milliards d’euros, soit 6,6 milliards de dollars, de revenus sur la période. L’investissement initial nécessaire à l’ouverture du site était par ailleurs évalué à 157 millions d’euros, équivalant à 185 millions de dollars.
Mais déjà à cette époque, les conditions du marché faisaient peser un risque sur la concrétisation des ambitions du Ghana et de son partenaire australien. Pour atteindre les niveaux de revenus anticipés dans l’étude de faisabilité, Atlantic Lithium retenait un prix moyen de vente de 1 695 dollars la tonne pour le minerai de spodumène à une teneur de 6 % en lithium (SC6) extrait à Ewoyaa. Les mois suivants verront néanmoins le cours du SC6 baisser jusqu’en dessous du niveau fixé par la compagnie.
En septembre 2023, Platts, filiale de S&P spécialisée dans l’évaluation des prix des matières premières, estimait à 2 650 dollars la tonne le prix du spodumène, soit un recul de 56 % depuis le début de l’année. La dégringolade s’est poursuivie jusqu’en 2025, le SC6 s’échangeant autour de 1 500 dollars la tonne à la fin de l’année dernière, selon les données de Shanghai Metals Market.
Évolution fiscale
Face à la baisse des prix du lithium, Atlantic sollicite auprès du gouvernement une réévaluation de ses engagements fiscaux, en particulier du taux de redevance sur les revenus, afin de garantir la rentabilité du projet. La compagnie souligne par exemple que le taux de rentabilité interne, qui se situait à 105% dans l’étude de faisabilité, est tombé à 13,6%, un niveau auquel « personne n’investira » selon Ahmed-Salim Adam, directeur pays d’Atlantic Lithium au Ghana. Elle demande aussi la suppression des droits d’importation sur les équipements miniers et une révision du taux d’imposition des sociétés auquel elle est soumise.
Après plusieurs mois de négociation, la compagnie australienne a indiqué que le gouvernement a accédé à certaines de ses demandes. Accra a ainsi accepté de remplacer la redevance fixe de 10 % par un taux variable, allant d’un minimum de 5% lorsque le prix du concentré de spodumène de lithium est inférieur ou égal à 1 500 dollars la tonne, à un maximum de 12% lorsque le prix du minerai dépasse 3 000 dollars la tonne. Des niveaux intermédiaires sont aussi prévus. Ce barème progressif aide non seulement le Ghana à accélérer l’ouverture de sa première mine de lithium, mais lui permet aussi de profiter d’une embellie des prix à long terme.
Il faut dire que les perspectives du marché du lithium à long terme restent positives et qu’une amélioration de la situation s’observe déjà. Ces trois dernières années, le marché du lithium a été marqué par un excédent d’offre et une demande inférieure aux attentes, en raison d’une adoption des véhicules électriques (VE) plus lente que prévu, entraînant un affaiblissement des prix. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les véhicules électriques ont en effet représenté plus de la moitié de la demande de lithium l’année dernière, soit 109 000 tonnes sur un total de 205 000 tonnes.
Rejoindre le Mali
Dans le scénario le moins optimiste de l’AIE en matière de transition énergétique, la demande de lithium pourrait atteindre 455 000 tonnes en 2030, dont 326 000 tonnes provenant uniquement des véhicules électriques. En fonction de l’évolution de l’offre, l’Agence prévient qu’un déficit allant jusqu’à 40 % pourrait survenir d’ici 2035. Le métal reste ainsi une matière première critique, et la crise récente n’a entamé en rien la volonté de plusieurs grandes puissances de sécuriser leur approvisionnement. C’est le cas de la Chine, dont sont originaires les entreprises qui ont financé la construction des deux mines de lithium du Mali.
Goulamina, la première mine, est entrée en production en décembre 2024 et appartient à 65 % à Ganfeng Lithium, compagnie chinoise présente sur toute la chaine de valeur, depuis l’extraction du lithium à la transformation puis à la production de batteries électriques. Bougouni, la deuxième mine de lithium du Mali, est une coentreprise entre le britannique Kodal Minerals et le chinois Hainan Mining. Elle est entrée en production en février 2025, là aussi grâce au financement apporté par le partenaire chinois, en dépit des conditions de marché pas forcément optimales.
Avec la révision annoncée du bail minier, Ewoyaa pourrait à son tour s’imposer comme la troisième exploitation industrielle de lithium en Afrique de l’Ouest. Si le Nigeria fournit également du lithium dans la sous-région, l’activité y reste principalement artisanale. Pour entrer en vigueur, le bail révisé doit être examiné par une commission parlementaire début 2026, avant une éventuelle ratification par les députés ghanéens.
Restera alors à sécuriser le financement nécessaire à la construction de la mine. Depuis 2021, Atlantic Lithium peut compter sur l’américain Piedmont Lithium, qui s’est engagé à financer une partie du développement en échange de parts dans le projet et de l’achat d’une partie de la production future.