L’actualité des dernières semaines en Afrique de l’Ouest était plutôt chargée. Le 7 décembre, une tentative de coup d’État au Bénin, conduit par un chef des forces spéciales, a échoué grâce à l’intervention d’autres pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Deux semaines plus tôt, un putsch en Guinée-Bissau a quant à lui réussi, et la CEDEAO gère difficilement la crise. Enfin la propagation de la violence djihadiste depuis le Sahel semble inarrêtable.
La menace djihadiste au Sahel fait tache d’huile
“La CEDEAO possède une solide expérience en matière de diplomatie et de compromis politiques pour gérer des crises nationales délicates mais maîtrisées, telles que le coup d’État en Guinée-Bissau, analyse le think tank britannique Chatham House. Mais ces deux événements imposent des exigences supplémentaires à la CEDEAO, alors que l’Afrique de l’Ouest continue de faire face à une crise bien plus vaste.”
Depuis dix ans, les États du centre du Sahel (Burkina Faso, le Mali et le Niger) font face à une grave crise sécuritaire, où la menace djihadiste se conjugue à des conflits entre communautés pour l’autodétermination politique et l’accès aux ressources (terre, eau, etc). Cette crise s’est aggravée avec le blocus sur le carburant que les djihadistes du JNIM ont imposé à Bamako, ce qui déstabilise l’économie du pays entier et fragilise la junte au pouvoir.
“Ces dernières années, la crise au Sahel central s’est étendue de plus en plus au nord du Bénin, au Togo et au Nigéria, poursuit Chatham House. Au Nigéria, la menace persistante que représentent Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) dans le nord-est est désormais aggravée par une recrudescence du banditisme violent et des activités militantes dans le nord-ouest, la situation étant particulièrement difficile dans l’État de Zamfara.”
Vers la réconciliation ?
L’échec des gouvernements face à cette insécurité alimente la colère des soldats et donc la dynamique des coups d’État. Entre 2020 et 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont passés aux mains de juntes militaires. Elles se sont tournées vers la Russie, notamment via les mercenaires de Wagner puis Africa Corps, pour combattre les djihadistes, sans succès. Elles ont aussi claqué la porte de la CEDEO pour créer l’Alliance des États du Sahel (AES).
“La médiation et l’intervention militaire de la CEDEAO pourraient permettre de désamorcer les crises au Bénin et en Guinée-Bissau à court terme, relève le think-tank. Cependant, contenir les multiples impacts de la crise sécuritaire au Sahel représente un défi bien plus important. La sécurité de toute la région étant désormais menacée, les gouvernements [devraient] mettre de côté leurs différends et élaborer une réponse coordonnée face à la menace terroriste de plus en plus sophistiquée.”
Une éventuelle opération militaire conjointe CEDEAO/AES devrait s’effectuer dans le respect du droit de la guerre, alors que les juntes du Sahel et leurs supplétifs russes multiplient les atrocités contre les civils depuis plusieurs années, pour éviter de faire le jeu des djihadistes. Sur le plan politique, l’identité commune de la région et sa culture de coopération pourrait permettre de renouer les liens entre tous les pays de la zone.