L’étrange animal semblant poser dans un parterre de fleurs roses, à la une de l’édition datée du 1er janvier de Nature, est un bubale (Alcelaphus buselaphus), un genre d’antilope africaine de la famille des bovidés. Prise en Afrique du Sud, cette image symbolise la richesse de la faune et de la flore d’Afrique subsaharienne, une partie du monde sous-étudiée et sous-représentée dans les ensembles de données sur la biodiversité.

“Alors que la région doit faire face à des urgences socio-économiques parmi les plus importantes du monde, elle enregistre un recul de sa biodiversité à un rythme alarmant, déplorent les chercheurs dans un article qui résume leurs travaux publiés le 3 décembre. La richesse de cette biodiversité constitue pourtant pour elle un atout crucial pour bâtir un avenir juste et durable.”

Hayley Clements et ses collègues ont tenté de réaliser l’étude la plus exhaustive possible de l’état de la biodiversité en Afrique subsaharienne. Ils ont montré que l’abondance faunique et florale de la région avait régressé en moyenne de 24 % par rapport à la période préindustrielle. Avec moins de 55 % de leur patrimoine préexistant, le Rwanda et le Nigeria sont les pays les moins bien préservés, tandis que la Namibie et le Botswana, à environ 85 %, sont ceux qui le sont le plus.

Appuyer les décisions politiques

Mais, plus que les résultats eux-mêmes, c’est la méthodologie employée qui présente un intérêt particulier. “Les données présentées, utilisées pour estimer l’indice d’intégrité de la biodiversité (BII), ont été recueillies en employant une méthode claire et reproductible, fondée sur des avis d’experts”, relève Taofeek Muraina, qui n’a pas participé à l’étude mais en a été l’un des relecteurs. Écologue à l’université du Texas, il salue l’énorme travail des chercheurs qui ont compilé des informations glanées auprès d’environ 200 spécialistes locaux de la biodiversité.

Leur approche intègre des connaissances contextuelles et territoriales dans une évaluation comparative de la biodiversité à plusieurs échelles, qui peut être utilisée pour appuyer les décisions politiques sur les plans national, régional et mondial, assurent les chercheurs.

“L’intérêt de cet article est qu’il offre une vue d’ensemble de l’état de conservation de la biodiversité dans une région peu étudiée. Ses auteurs y privilégient une approche fondée sur l’avis de spécialistes, ce qui pourrait contribuer à faire progresser les évaluations de la biodiversité dans des domaines mal documentés”, explique l’équipe éditoriale de Nature, justifiant ainsi son choix de mettre ce travail à l’honneur pour commencer l’année 2026.