{"id":10863,"date":"2026-01-08T08:48:06","date_gmt":"2026-01-08T08:48:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/10863\/"},"modified":"2026-01-08T08:48:06","modified_gmt":"2026-01-08T08:48:06","slug":"de-la-somalie-au-senegal-la-turquie-avance-ses-pions-dans-les-hydrocarbures-africains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/10863\/","title":{"rendered":"De la Somalie au S\u00e9n\u00e9gal, la Turquie avance ses pions dans les hydrocarbures africains"},"content":{"rendered":"<p>La Turquie d\u00e9ploiera \u00e0 partir de f\u00e9vrier 2026 l\u2019un de ses nouveaux navires de forage pour mener des travaux d\u2019exploration sur des zones offshore situ\u00e9es dans les eaux territoriales de la Somalie. L\u2019annonce a \u00e9t\u00e9 faite fin d\u00e9cembre par le ministre turc de l\u2019\u00c9nergie, Alparslan Bayraktar, au lendemain de la visite officielle du pr\u00e9sident somalien Hassan Cheikh Mohamud, re\u00e7u \u00e0 Istanbul par son homologue Recep Tayyip Erdogan. Cette nouvelle campagne d\u2019exploration s\u2019inscrit dans la perc\u00e9e op\u00e9r\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es par Ankara dans les secteurs p\u00e9trolier et gazier africains.<\/p>\n<p>Au cours de la visite d&#8217;Hassan Cheikh Mohamud, le pr\u00e9sident Erdogan a pr\u00e9cis\u00e9 que le navire Cagr\u0131 Bey serait d\u00e9ploy\u00e9 au large des c\u00f4tes somaliennes, tandis que le Yildirim, second navire de forage en haute mer r\u00e9cemment int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la flotte turque, serait mobilis\u00e9 en mer Noire. Ni les objectifs de l\u2019op\u00e9ration en Somalie ni le montant de l\u2019investissement pr\u00e9vu n\u2019ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9taill\u00e9s, mais cette initiative s\u2019inscrit dans le renforcement du partenariat \u00e9nerg\u00e9tique entre Mogadiscio et Ankara. Depuis 2024, les deux pays ont en effet sign\u00e9 plusieurs accords couvrant la recherche et la production de p\u00e9trole et de gaz, aussi bien sur des sites terrestres qu\u2019en offshore.<\/p>\n<p>Entre octobre 2024 et mi-2025, le navire d\u2019exploration sismique turc Oruc Reis a ainsi op\u00e9r\u00e9 au large de la Somalie, menant une \u00e9tude sismique 3D sur trois blocs distincts. Le partenariat s\u2019est encore approfondi en avril 2025 avec la signature d\u2019un accord entre la compagnie publique Turkish Petroleum Corporation et la Somali Petroleum Authority. \u00c0 cette occasion, Alparslan Bayraktar avait indiqu\u00e9 que des activit\u00e9s d\u2019exploration p\u00e9troli\u00e8re et gazi\u00e8re seraient conduites dans trois champs terrestres couvrant une superficie d\u2019environ 16 000 km\u00b2.<\/p>\n<p>\u00ab Nous consid\u00e9rons la Somalie comme l\u2019un de nos partenaires les plus importants en Afrique, et notre coop\u00e9ration dans le secteur des hydrocarbures ouvrira, nous l\u2019esp\u00e9rons, les portes d\u2019une nouvelle \u00e8re dans un avenir proche \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 le ministre, cit\u00e9 par l\u2019agence de presse turque Anadolu.<\/p>\n<p>Du S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 la Libye&#13;\n<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la Somalie, la Turquie consolide sa pr\u00e9sence dans les hydrocarbures africains \u00e0 travers des accords avec d\u2019autres pays. En juillet 2024, elle a ainsi convenu avec le Niger de renforcer leur coop\u00e9ration dans le secteur de l\u2019\u00e9nergie, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une visite de hauts responsables turcs \u00e0 Niamey. \u00c0 l\u2019issue de la rencontre, les deux pays ont sign\u00e9 une d\u00e9claration encourageant l\u2019intervention de compagnies turques dans le d\u00e9veloppement de champs p\u00e9troliers et gaziers nig\u00e9riens.<\/p>\n<p>Toujours en Afrique de l\u2019Ouest, Ankara a sign\u00e9 fin octobre 2024 un accord de coop\u00e9ration dans les hydrocarbures avec le S\u00e9n\u00e9gal, couvrant l\u2019exploration, la production et le n\u00e9goce de p\u00e9trole et de gaz. Cet engagement a pris la forme d\u2019un m\u00e9morandum d\u2019entente conclu lors d\u2019une rencontre entre les pr\u00e9sidents Bassirou Diomaye Faye et Recep Tayyip Erdo\u011fan. L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019Ankara pour le secteur p\u00e9trolier s\u00e9n\u00e9galais s\u2019est confirm\u00e9 en octobre 2025, lorsque Dakar a indiqu\u00e9 avoir re\u00e7u, parmi d\u2019autres, des offres de financement \u00e9manant de Turquie pour un projet de seconde raffinerie, destin\u00e9 \u00e0 accro\u00eetre les capacit\u00e9s nationales de transformation.<\/p>\n<p>Plus au nord du continent, la Turquie d\u00e9veloppe aussi une coop\u00e9ration \u00e9nerg\u00e9tique avec la Libye. En juin dernier, la National Oil Corporation libyenne ainsi a annonc\u00e9 la signature d\u2019un protocole d\u2019accord avec la Turkish Petroleum Corporation, en vue de mener des \u00e9tudes g\u00e9ologiques et g\u00e9ophysiques sur quatre zones offshore. L\u2019accord pr\u00e9voit aussi une campagne sismique 2D de 10 000 kilom\u00e8tres, ainsi que le traitement des donn\u00e9es issues de ces travaux.<\/p>\n<p>En qu\u00eate de sources d\u2019approvisionnement&#13;\n<\/p>\n<p>En multipliant les accords \u00e9nerg\u00e9tiques avec des pays africains, la Turquie cherche \u00e0 s\u00e9curiser l\u2019approvisionnement en p\u00e9trole et en gaz, car le pays reste structurellement d\u00e9pendant des importations pour couvrir ses besoins \u00e9nerg\u00e9tiques. En 2023, il a ainsi import\u00e9 31,4 millions de tonnes de p\u00e9trole brut et 17,6 millions de tonnes de produits p\u00e9troliers, pour une production nationale limit\u00e9e \u00e0 4,1 millions de tonnes, selon des donn\u00e9es officielles relay\u00e9es par S&amp;P. Dans ce contexte, l\u2019Afrique appara\u00eet comme un levier pour diversifier ses sources d\u2019approvisionnement, et renforcer les positions de ses entreprises \u00e0 l\u2019international.<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019Ankara pour des pays comme le S\u00e9n\u00e9gal et le Niger s\u2019inscrit dans cette logique. Les deux pays ouest-africains sont devenus producteurs de p\u00e9trole, respectivement avec la mise en service du champ offshore de Sangomar en 2024, et l\u2019entr\u00e9e en production du bassin d\u2019Agadem fin 2023. Le S\u00e9n\u00e9gal produit par ailleurs du gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 (GNL) avec le projet transfrontalier Greater Tortue Ahmeyim, exploit\u00e9 avec la Mauritanie. Pour la Turquie, ces d\u00e9veloppements offrent des perspectives d\u2019acc\u00e8s \u00e0 de nouveaux flux d\u2019hydrocarbures, m\u00eame si les coop\u00e9rations engag\u00e9es \u00e0 ce stade restent largement exploratoires.<\/p>\n<p>C\u2019est surtout en Somalie que la strat\u00e9gie turque appara\u00eet la plus avanc\u00e9e et la plus structur\u00e9e. Un accord sign\u00e9 en mars 2024 et rendu public en 2025 a d\u00e9voil\u00e9 des conditions particuli\u00e8rement avantageuses pour Ankara. Il pr\u00e9voit que la Turquie puisse r\u00e9cup\u00e9rer jusqu\u2019\u00e0 90% de la production annuelle afin de couvrir ses co\u00fbts, avant tout partage effectif des revenus avec l\u2019\u00c9tat somalien. \u00c0 cela s\u2019ajoute un r\u00e9gime fiscal all\u00e9g\u00e9, sans prime de signature ni bonus de production, et une redevance plafonn\u00e9e \u00e0 5% au b\u00e9n\u00e9fice de Mogadiscio. La Turquie b\u00e9n\u00e9ficie aussi d\u2019une grande libert\u00e9 commerciale, avec la possibilit\u00e9 d\u2019exporter sa part de p\u00e9trole et de gaz aux prix internationaux et de conserver les revenus \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Des voix d\u00e9noncent ces conditions jug\u00e9es in\u00e9gales, car susceptibles de limiter durablement les retomb\u00e9es budg\u00e9taires et \u00e9conomiques pour la Somalie. Dans ce contexte, l\u2019avenir de l\u2019offensive turque dans les hydrocarbures africains d\u00e9pendra largement de sa capacit\u00e9 \u00e0 transformer les accords-cadres conclus avec des pays comme le S\u00e9n\u00e9gal et le Niger, en projets concrets et op\u00e9rationnels. Il faudra aussi observer si, en Somalie, un ajustement du cadre contractuel intervient, afin de r\u00e9pondre aux critiques, dans un environnement institutionnel et s\u00e9curitaire encore incertain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La Turquie d\u00e9ploiera \u00e0 partir de f\u00e9vrier 2026 l\u2019un de ses nouveaux navires de forage pour mener des&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":10864,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[62],"tags":[97,7498,64,7495,2845,7497,5012,7496,159,7493,7494],"class_list":{"0":"post-10863","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-afrique","8":"tag-97","9":"tag-africains","10":"tag-afrique","11":"tag-avance","12":"tag-de","13":"tag-hydrocarbures","14":"tag-la-tribune-afrique","15":"tag-pions","16":"tag-senegal","17":"tag-somalie","18":"tag-turquie"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10863","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10863"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10863\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10864"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10863"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10863"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10863"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}