{"id":17080,"date":"2026-01-11T13:10:34","date_gmt":"2026-01-11T13:10:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/17080\/"},"modified":"2026-01-11T13:10:34","modified_gmt":"2026-01-11T13:10:34","slug":"les-ports-de-la-vie-8-memoires-dun-enfant-de-guercif-1954-2026-le-collimateur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/17080\/","title":{"rendered":"Les Ports de la Vie (8). \u200bM\u00e9moires d\u2019un enfant de Guercif (1954-2026) \u2013 Le collimateur"},"content":{"rendered":"<p>\u200bPar: Mohamed KHOUKHCHANI<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-200576\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/khoukh-A.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"607\"  \/><\/p>\n<p>\u200bPR\u00c9FACE : LA LIGNE DE PARTAGE<\/p>\n<p>Le voyage continue. Assis dans ce bus qui d\u00e9vore la route, tu te laisses bercer par le ronronnement du moteur. Tes yeux fixent le paysage qui d\u00e9file, mais ton esprit a d\u00e9j\u00e0 franchi la fronti\u00e8re de l\u2019ann\u00e9e 1973. \u00c0 Guercif, l\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u2019hier est devenu l\u2019instituteur. C\u2019est le chapitre de la stabilisation, le moment o\u00f9 l\u2019effort scolaire se transforme enfin en une dignit\u00e9 grav\u00e9e dans le regard des autres et dans le confort retrouv\u00e9 des tiens.<\/p>\n<p>\u200bGUERCIF 1973-1974 : L\u2019\u00c8RE DE LA R\u00c9PARATION<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e scolaire 1973-1974 s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans tes souvenirs comme une cr\u00eate d\u00e9cisive. Tu n\u2019es plus l\u2019\u00e9tudiant pr\u00e9caire de Rabat ; tu es le jeune enseignant charg\u00e9 des cours de Sciences Naturelles au lyc\u00e9e Hassan Dakhil. Ce n\u2019est pas encore l\u2019abondance, mais ton petit salaire mensuel garantit l\u2019essentiel : le loyer, la farine, et parfois un morceau de viande.<\/p>\n<p>Tu te rends chez le m\u00eame \u00e9picier qu\u2019autrefois. Mais l\u00e0 o\u00f9, du vivant de ton p\u00e8re, tu venais d\u00e8s l\u2019aube acheter des quantit\u00e9s d\u00e9risoires de sucre \u2014 juste assez pour tromper la faim \u2014 tu entres d\u00e9sormais avec l\u2019assurance de celui qui peut subvenir aux besoins des huit membres de la famille.<\/p>\n<p>\u200bLE SOUK ET LE POIDS DU SOUVENIR<\/p>\n<p>Tes pens\u00e9es d\u00e9rivent vers le souk de Guercif. Aujourd\u2019hui, ce sont tes jeunes fr\u00e8res, Miloud et Abdellah, \u00e2g\u00e9s de quinze et treize ans, qui y proposent leurs bras pour quelques pi\u00e8ces. C\u2019\u00e9tait ton r\u00f4le, il y a peu. Mais le souk est aussi le lieu de la plaie b\u00e9ante. C\u2019est l\u00e0, dans la zone du b\u00e9tail, que ton p\u00e8re a perdu la vie, \u00e9cras\u00e9 par un camion dont le frein \u00e0 main avait l\u00e2ch\u00e9 alors qu\u2019il rendait service \u00e0 un passant. Le lieu o\u00f9 l\u2019on vient pour survivre est devenu celui o\u00f9 la mort a frapp\u00e9 votre pilier.<\/p>\n<p>Pourtant, cette ann\u00e9e de labeur est fructueuse. Tes \u00e9l\u00e8ves, issus de ton propre village, s\u2019assoient sur les bancs que tu occupais si peu de temps auparavant. Tes cours sont tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9s ; tu connais presque tous les parents, et ce lien organique avec ta communaut\u00e9 rend ton enseignement plus vibrant.<\/p>\n<p>\u200bL\u2019IVRESSE DE LA LIBERT\u00c9 ET LA FRATERNIT\u00c9 DES COLL\u00c8GUES<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e marque aussi ton entr\u00e9e dans une vie sociale \u00e9panouie. Tu n\u2019es plus seul. Avec tes coll\u00e8gues, jeunes ou chevronn\u00e9s, vous formez une fratrie. Vous d\u00e9battez et riez de tout lors de soir\u00e9es conviviales. Parfois, vous vous r\u00e9unissez chez \u00ab Mama \u00bb, la Fran\u00e7aise qui tient le bar avec piscine, pour oublier la chaleur accablante du jour sous la fra\u00eecheur nocturne.<\/p>\n<p>L\u2019envie de bouger vous prend souvent : des vir\u00e9es nocturnes s\u2019organisent vers Taza \u00e0 l\u2019ouest ou Taourirt \u00e0 l\u2019est, deux cit\u00e9s distantes d\u2019une soixante de kilom\u00e8tres. Ces escapades sous les \u00e9toiles, ces routes d\u00e9vor\u00e9es entre amis, ont le go\u00fbt enivrant de la reconnaissance sociale. Des gens que tu n\u2019osais autrefois m\u00eame pas approcher cherchent aujourd\u2019hui \u00e0 t\u2019ouvrir les bras.<\/p>\n<p>\u200bLE SERMENT DE FID\u00c9LIT\u00c9 : VOLER DE SES PROPRES AILES<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette reconnaissance, c\u2019est l\u2019amour des tiens qui te porte. Tu as prouv\u00e9 \u00e0 ta m\u00e8re et \u00e0 tes fr\u00e8res que tu ne les abandonnerais jamais. Un serment s\u2019est grav\u00e9 dans ton c\u0153ur : le mariage ne sera pas une priorit\u00e9. Ta mission sacr\u00e9e est de voir chacun d\u2019eux, chacune d\u2019elles, \u00ab\u00a0voler de ses propres ailes\u00a0\u00bb. Vous avez \u00e9t\u00e9 cette famille qui a go\u00fbt\u00e9 au pire, tu as jur\u00e9 que vous seriez d\u00e9sormais celle qui conna\u00eet le meilleur.<\/p>\n<p>Chaque fois que tu sens ce respect, une phrase te revient, \u00e9crite noir sur blanc par ton instituteur de primaire dans ton cahier de compositions. Elle prend enfin tout son sens : le savoir est l\u2019unique anneau magique capable de briser les cha\u00eenes de la fatalit\u00e9.<\/p>\n<p>\u200bCONCLUSION : LE MESSAGE AU BORD DU CHEMIN<\/p>\n<p>Le bus continue sa course, mais ton r\u00e9cit s\u2019arr\u00eate sur une certitude : aucun effort n\u2019est vain. Peu importe la duret\u00e9 de la situation, l\u2019\u00e9cole est le plus s\u00fbr chemin vers la dignit\u00e9. Ton parcours est la preuve vivante que la t\u00e9nacit\u00e9 finit toujours par redorer le blason de ceux que l\u2019on croyait invisibles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u200bPar: Mohamed KHOUKHCHANI \u200bPR\u00c9FACE : LA LIGNE DE PARTAGE Le voyage continue. Assis dans ce bus qui d\u00e9vore&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":16976,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[41],"tags":[158],"class_list":{"0":"post-17080","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-maroc","8":"tag-maroc"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17080","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17080"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17080\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16976"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17080"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17080"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17080"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}