{"id":17435,"date":"2026-01-11T17:41:34","date_gmt":"2026-01-11T17:41:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/17435\/"},"modified":"2026-01-11T17:41:34","modified_gmt":"2026-01-11T17:41:34","slug":"lechec-politique-dun-gouvernement-grand-fervent-de-la-precipitation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/17435\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9chec politique d\u2019un gouvernement grand fervent de la pr\u00e9cipitation"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\t\t Au moment o\u00f9 le Maroc est appel\u00e9 \u00e0 consolider les fondements de l\u2019Etat social, la r\u00e9forme du syst\u00e8me de sant\u00e9 r\u00e9v\u00e8le, avec une acuit\u00e9 particuli\u00e8re, les limites politiques et structurelles de l\u2019action gouvernementale actuelle. Entre promesses solennelles, annonces r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et communication institutionnelle intensive, la r\u00e9alit\u00e9 sanitaire demeure marqu\u00e9e par l\u2019inefficacit\u00e9, l\u2019improvisation et l\u2019absence de r\u00e9sultats tangibles pour les citoyens. <\/p>\n<p>C&#8217;est d&#8217;ailleurs ce qui conf\u00e8re \u00e0 la question adress\u00e9e par le Groupe socialiste \u2013 Opposition ittihadie au ministre de la Sant\u00e9 et de la Protection sociale une connotation particuli\u00e8re. Elle ne constitue de ce fait ni un exercice routinier pour marquer la pr\u00e9sence au sein du parlement, ni une man\u0153uvre politico politicienne. Elle s\u2019inscrit au contraire dans une d\u00e9marche de responsabilit\u00e9 politique visant \u00e0 confronter le discours gouvernemental \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits. A travers la mise en \u0153uvre chaotique de la loi-cadre n\u00b0 06.22 et de la loi n\u00b0 09.22 relative \u00e0 la fonction sanitaire territoriale, c\u2019est la cr\u00e9dibilit\u00e9 m\u00eame du projet gouvernemental en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique qui est aujourd\u2019hui s\u00e9rieusement mise en cause. <\/p>\n<p>Derri\u00e8re une rh\u00e9torique officielle \u00e9voquant une r\u00e9forme \u00abhumaine\u00bb, \u00ab\u00e9quitable\u00bb et \u00abterritorialis\u00e9e\u00bb, se profile une r\u00e9alit\u00e9 bien diff\u00e9rente: une gouvernance marqu\u00e9e par la r\u00e9ticence de ceux-m\u00eames qui l&#8217;ont initi\u00e9e, une absence de vision strat\u00e9gique claire et une incapacit\u00e9 manifeste \u00e0 traduire les textes juridiques en am\u00e9liorations concr\u00e8tes dans la vie quotidienne des citoyens. La r\u00e9forme promise devait \u00eatre syst\u00e9mique ; elle s\u2019est transform\u00e9e en une succession de d\u00e9cisions pr\u00e9cipit\u00e9es et mal coordonn\u00e9es. <\/p>\n<p>La sant\u00e9, r\u00e9v\u00e9latrice de l\u2019\u00e9chec de l\u2019Etat social proclam\u00e9 <\/p>\n<p>La r\u00e9forme du syst\u00e8me de sant\u00e9 ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un chantier technocratique ou \u00e0 une simple r\u00e9organisation administrative. Elle constitue un choix politique fondamental, engageant la responsabilit\u00e9 directe du gouvernement quant \u00e0 la garantie du droit effectif \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s sociales et territoriales, et \u00e0 la protection du service public face aux logiques de marchandisation. <\/p>\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9e comme un \u00abpacte soci\u00e9tal\u00bb, la loi-cadre 06.22 ambitionnait de replacer le citoyen au c\u0153ur des politiques publiques sanitaires. La loi 09.22 devait, quant \u00e0 elle, fournir l\u2019ossature humaine et territoriale de cette transformation. Or, faute de moyens financiers suffisants, de concertation r\u00e9elle avec les professionnels et de pilotage politique coh\u00e9rent, ces textes sont rest\u00e9s largement th\u00e9oriques. <\/p>\n<p>Le constat est sans appel: aucune am\u00e9lioration significative de l\u2019acc\u00e8s aux soins, aucune r\u00e9duction sensible des d\u00e9lais d\u2019attente, aucune correction structurelle des in\u00e9galit\u00e9s territoriales. Le gouvernement a confondu r\u00e9forme de fond et empilement de dispositifs administratifs, substituant la narration \u00e0 l\u2019action et la pr\u00e9cipitation \u00e0 la planification. <\/p>\n<p>Des professionnels fragilis\u00e9s, un service public affaibli <\/p>\n<p>L\u2019un des aspects les plus pr\u00e9occupants de cette r\u00e9forme mal engag\u00e9e r\u00e9side dans le traitement r\u00e9serv\u00e9 aux professionnels de sant\u00e9. Alors que le discours officiel pr\u00e9tend placer les ressources humaines au c\u0153ur du syst\u00e8me, les actes gouvernementaux traduisent une logique inverse, faite de d\u00e9cisions unilat\u00e9rales et d\u2019instabilit\u00e9 permanente. <\/p>\n<p>Des mesures administratives prises dans la pr\u00e9cipitation ont affect\u00e9 les situations professionnelles et financi\u00e8res de nombreux agents de sant\u00e9, sans concertation pr\u00e9alable, sans transparence suffisante et parfois sans fondement juridique clair. Cette m\u00e9thode verticale dans la mise en \u0153uvre d&#8217;un chantier hautement strat\u00e9gique, a install\u00e9 un climat de d\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et accentu\u00e9 la d\u00e9motivation d\u2019un personnel d\u00e9j\u00e0 fortement sollicit\u00e9 dans le cadre des missions qui lui sont conf\u00e9r\u00e9es. <\/p>\n<p>Un gouvernement qui pr\u00e9tend r\u00e9former la sant\u00e9 tout en fragilisant la situation de celles et ceux qui en assurent le fonctionnement quotidien commet une erreur politique majeure. La fuite des comp\u00e9tences, la perte de sens et la d\u00e9gradation du climat professionnel ne sont pas des dommages collat\u00e9raux : ils sont la cons\u00e9quence directe de choix politiques assum\u00e9s. <\/p>\n<p>L\u2019Etat de droit malmen\u00e9 par l\u2019improvisation gouvernementale <\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9chec social, la r\u00e9forme actuelle soul\u00e8ve un probl\u00e8me fondamental de l\u00e9galit\u00e9. Le non-respect du principe de non-r\u00e9troactivit\u00e9 des lois, l\u2019absence de motivation claire de certaines d\u00e9cisions administratives et l\u2019atteinte aux droits acquis des fonctionnaires constituent des d\u00e9rives graves incompatibles avec les fondements de l\u2019Etat de droit. <\/p>\n<p>La gestion de la transition vers la fonction sanitaire territoriale illustre une d\u00e9rive inqui\u00e9tante : celle d\u2019un ex\u00e9cutif qui sacrifie la s\u00e9curit\u00e9 juridique sur l\u2019autel de la pr\u00e9cipitation et de la propagande. Or, l\u2019\u00c9tat social ne se construit ni dans l\u2019urgence ni dans l\u2019arbitraire, mais dans le respect strict des r\u00e8gles et des garanties constitutionnelles, en particulier lorsqu\u2019il s\u2019agit des droits des agents publics et de la continuit\u00e9 du service de sant\u00e9. <\/p>\n<p>Fonction sanitaire territoriale: un bilan alarmant dans la r\u00e9gion Tanger\u2013T\u00e9touan\u2013Al Hoce\u00efma <\/p>\n<p>Dans la r\u00e9gion Tanger\u2013T\u00e9touan\u2013Al Hoce\u00efma, souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme territoire pilote, le bilan de la fonction sanitaire territoriale illustre l\u2019\u00e9chec global de la r\u00e9forme. Depuis son entr\u00e9e en vigueur, notamment \u00e0 partir d\u2019octobre 2025, aucun indicateur s\u00e9rieux ne permet d\u2019affirmer une am\u00e9lioration r\u00e9elle de l\u2019offre de soins. <\/p>\n<p>Les h\u00f4pitaux publics demeurent satur\u00e9s, les services d\u2019urgence en tension permanente, les d\u00e9lais d\u2019attente excessifs et le d\u00e9ficit en \u00e9quipements et en lits hospitaliers structurel. A l\u2019\u00e9chelle nationale, le Maroc ne dispose que d\u2019environ 0,7 lit hospitalier pour 1.000 habitants, tandis que la densit\u00e9 m\u00e9dicale plafonne \u00e0 0,8 m\u00e9decin pour 1.000 habitants et celle des infirmiers entre 1 et 1,2 pour 1.000 habitants, des niveaux tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des standards internationaux. <\/p>\n<p>Sur le plan financier, les d\u00e9penses publiques de sant\u00e9 stagnent autour de 5 \u00e0 6% du PIB, pendant que les m\u00e9nages continuent de supporter plus de 50% des d\u00e9penses de sant\u00e9 de leur poche. Ce choix politique traduit une d\u00e9responsabilisation progressive de l\u2019Etat et une marchandisation silencieuse de l\u2019acc\u00e8s aux soins. <\/p>\n<p>Conclusion: gouverner la sant\u00e9, c\u2019est pr\u00e9voir, pas improviser <\/p>\n<p>La question pos\u00e9e par le Groupe socialiste \u2013 Opposition ittihadie vise \u00e0 r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 politique face \u00e0 une r\u00e9forme instrumentalis\u00e9e par l\u2019urgence et les effets d\u2019annonce. Elle rappelle une \u00e9vidence que le gouvernement refuse d\u2019assumer: la sant\u00e9 ne se gouverne pas par la pr\u00e9cipitation ; gouverner, c\u2019est pr\u00e9voir, pas improviser. <\/p>\n<p>La fonction sanitaire territoriale et les unit\u00e9s sanitaires territoriales ne peuvent \u00eatre de simples coquilles administratives. Sans vision strat\u00e9gique, sans moyens humains et financiers \u00e0 la hauteur et sans respect du capital humain, elles resteront incapables de r\u00e9pondre aux attentes l\u00e9gitimes des citoyens. <\/p>\n<p>Le gouvernement porte aujourd\u2019hui une responsabilit\u00e9 politique pleine et enti\u00e8re dans l\u2019\u00e9chec de ce chantier strat\u00e9gique. R\u00e9former la sant\u00e9, ce n\u2019est pas multiplier les textes ni changer les appellations; c\u2019est op\u00e9rer des choix clairs en faveur du service public, de l\u2019\u00e9quit\u00e9 territoriale et de la dignit\u00e9 humaine. Tant que ces priorit\u00e9s resteront absentes, la r\u00e9forme de la sant\u00e9 demeurera un \u00e9chec politique majeur, et l\u2019Etat social un simple slogan vid\u00e9 de son contenu. <\/p>\n<p>Par Mohamed Assouali <br \/>Membre du Secr\u00e9tariat national du secteur de la sant\u00e9 \u2013 USFP <br \/>Secr\u00e9taire provincial de l\u2019Union socialiste des forces populaires \u2013 T\u00e9touan\n\t\t\t\t <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Au moment o\u00f9 le Maroc est appel\u00e9 \u00e0 consolider les fondements de l\u2019Etat social, la r\u00e9forme du syst\u00e8me&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17436,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[41],"tags":[11020,8272,158,11021,11022],"class_list":{"0":"post-17435","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-maroc","8":"tag-echec-politique","9":"tag-gouvernement","10":"tag-maroc","11":"tag-precipitation","12":"tag-reforme-de-la-sante"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17435","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17435"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17435\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17436"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17435"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17435"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17435"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}