{"id":21039,"date":"2026-01-13T15:51:08","date_gmt":"2026-01-13T15:51:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/21039\/"},"modified":"2026-01-13T15:51:08","modified_gmt":"2026-01-13T15:51:08","slug":"chomage-des-diplomes-quand-le-probleme-nest-plus-lecole-mais-leconomie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/21039\/","title":{"rendered":"Ch\u00f4mage des dipl\u00f4m\u00e9s : quand le probl\u00e8me n\u2019est plus l\u2019\u00e9cole, mais l\u2019\u00e9conomie"},"content":{"rendered":"<p>Le ch\u00f4mage des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s n\u2019est plus un paradoxe conjoncturel mais un marqueur structurel de l\u2019\u00e9conomie. Derri\u00e8re les chiffres d\u00e9sormais bien connus, une r\u00e9alit\u00e9 plus profonde s\u2019impose, celle d\u2019un mod\u00e8le de croissance encore incapable de transformer le capital humain en emplois qualifi\u00e9s et durables.<\/p>\n<p>Plus le Maroc forme, plus le march\u00e9 du travail se contracte pour les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s. Le constat n\u2019est plus nouveau, mais il devient de plus en plus difficile \u00e0 ignorer. En 2024, plus d\u2019un quart des dipl\u00f4m\u00e9s du sup\u00e9rieur sont au ch\u00f4mage et pr\u00e8s des trois quarts des ch\u00f4meurs disposent d\u00e9sormais d\u2019un dipl\u00f4me.<\/p>\n<p>Loin d\u2019un accident statistique, cette situation traduit une rupture profonde entre la trajectoire \u00e9ducative du pays et sa trajectoire productive. Cette \u00e9volution renverse un sch\u00e9ma longtemps dominant o\u00f9 le ch\u00f4mage touchait d\u2019abord les moins qualifi\u00e9s. Aujourd\u2019hui, ce sont les jeunes urbains, form\u00e9s, souvent primo-demandeurs, qui concentrent l\u2019essentiel des tensions. Le dipl\u00f4me ne joue plus son r\u00f4le d\u2019amortisseur social. Il devient parfois un facteur d\u2019attente, de d\u00e9classement, voire de d\u00e9couragement.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude de Chaimae Salim et Mohammed Khariss montre que cette dynamique ne rel\u00e8ve ni d\u2019un simple ralentissement \u00e9conomique ni d\u2019une inad\u00e9quation ponctuelle des profils. Elle s\u2019inscrit dans une transformation structurelle du march\u00e9 du travail marocain, marqu\u00e9 par une croissance insuffisamment cr\u00e9atrice d\u2019emplois qualifi\u00e9s et par un tissu productif \u00e0 faible valeur ajout\u00e9e.<\/p>\n<p>Un march\u00e9 du travail qui ne suit plus la mont\u00e9e en qualification<br \/>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la population active marocaine s\u2019est profond\u00e9ment transform\u00e9e. Le niveau d\u2019instruction a progress\u00e9 rapidement, la part des actifs sans dipl\u00f4me a recul\u00e9, et les dipl\u00f4m\u00e9s du sup\u00e9rieur occupent une place croissante dans la structure de l\u2019offre de travail. Mais cette mont\u00e9e en qualification ne s\u2019est pas accompagn\u00e9e d\u2019une transformation \u00e9quivalente de la demande.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie continue de cr\u00e9er des emplois majoritairement dans les services peu qualifi\u00e9s, le commerce informel et certaines activit\u00e9s \u00e0 faible productivit\u00e9. L\u2019industrie, malgr\u00e9 les strat\u00e9gies sectorielles successives, reste peu intensive en emplois qualifi\u00e9s. Quant aux tr\u00e8s petites et moyennes entreprises, qui constituent l\u2019essentiel du tissu productif, elles peinent \u00e0 absorber des profils dipl\u00f4m\u00e9s faute de marges financi\u00e8res, de capacit\u00e9 d\u2019innovation ou de perspectives de croissance.<\/p>\n<p>Le d\u00e9s\u00e9quilibre est m\u00e9canique. Chaque ann\u00e9e, des centaines de milliers de jeunes arrivent sur le march\u00e9 du travail alors que le rythme de cr\u00e9ation d\u2019emplois reste structurellement insuffisant. Ce d\u00e9calage nourrit un ch\u00f4mage de longue dur\u00e9e et une file d\u2019attente qui s\u2019allonge pour les nouveaux dipl\u00f4m\u00e9s, en particulier dans les grandes villes.<\/p>\n<p>Quand la question n\u2019est plus l\u2019employabilit\u00e9 mais la structure \u00e9conomique<br \/>L\u2019un des apports majeurs de l\u2019\u00e9tude r\u00e9side dans son refus de r\u00e9duire le ch\u00f4mage des dipl\u00f4m\u00e9s \u00e0 une question d\u2019employabilit\u00e9 individuelle. La difficult\u00e9 n\u2019est pas seulement li\u00e9e aux comp\u00e9tences, aux soft skills ou \u00e0 l\u2019orientation. Elle est d\u2019abord li\u00e9e \u00e0 la nature m\u00eame de la croissance.<\/p>\n<p>Les auteurs soulignent que le Maroc a massivement investi dans l\u2019\u00e9ducation sans op\u00e9rer une mont\u00e9e en gamme suffisante de son appareil productif. R\u00e9sultat, l\u2019\u00e9conomie g\u00e9n\u00e8re des emplois qui ne correspondent ni au niveau de qualification ni aux aspirations des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s. Ce d\u00e9calage alimente \u00e0 la fois le ch\u00f4mage, le sous-emploi et le d\u00e9classement professionnel.<\/p>\n<p>\u00abLe ch\u00f4mage des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un simple exc\u00e8s d\u2019offre de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, mais comme le sympt\u00f4me d\u2019un dysfonctionnement syst\u00e9mique du march\u00e9 du travail, r\u00e9sultant d\u2019un manque d\u2019articulation entre formation, production et gouvernance institutionnelle\u00bb, affirment les auteurs.<\/p>\n<p>Ce diagnostic remet en question une approche longtemps dominante qui faisait porter la responsabilit\u00e9 sur le syst\u00e8me \u00e9ducatif ou sur les comportements des jeunes. Il interroge directement la capacit\u00e9 du mod\u00e8le \u00e9conomique \u00e0 cr\u00e9er de la valeur, de l\u2019innovation et des trajectoires professionnelles stables.<\/p>\n<p>Des politiques publiques encore\u00a0trop fragment\u00e9es<br \/>Face \u00e0 cette situation, les politiques d\u2019emploi apparaissent dispers\u00e9es et peu coordonn\u00e9es. Les dispositifs d\u2019insertion, de stage ou de soutien \u00e0 l\u2019embauche existent, mais leur impact reste limit\u00e9. Ils agissent souvent en aval, sans s\u2019attaquer aux causes profondes du ch\u00f4mage des dipl\u00f4m\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude met en \u00e9vidence un d\u00e9ficit de coh\u00e9rence entre politiques \u00e9ducatives, strat\u00e9gies industrielles et dispositifs d\u2019emploi. La dimension emploi reste rarement int\u00e9gr\u00e9e comme crit\u00e8re central dans les choix d\u2019investissement, d\u2019innovation ou de d\u00e9veloppement sectoriel. Cette fragmentation r\u00e9duit l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action publique et emp\u00eache l\u2019\u00e9mergence d\u2019une r\u00e9ponse syst\u00e9mique.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du march\u00e9 du travail, le ch\u00f4mage des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s pose une question strat\u00e9gique pour l\u2019\u00e9conomie marocaine. Il affecte la productivit\u00e9, la mobilit\u00e9 sociale, la confiance des jeunes g\u00e9n\u00e9rations et, \u00e0 terme, la capacit\u00e9 du pays \u00e0 tirer profit de son capital humain.<\/p>\n<p>La persistance de ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas seulement un co\u00fbt social. Elle constitue un frein \u00e0 la croissance de long terme et un risque de gaspillage massif de comp\u00e9tences. Tant que la mont\u00e9e en qualification ne sera pas accompagn\u00e9e par une transformation productive capable d\u2019absorber ces profils, le ch\u00f4mage des dipl\u00f4m\u00e9s restera un trait structurel de l\u2019\u00e9conomie marocaine.<\/p>\n<p>Faiza Rhoul \/ Les Inspirations \u00c9CO<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le ch\u00f4mage des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s n\u2019est plus un paradoxe conjoncturel mais un marqueur structurel de l\u2019\u00e9conomie. 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