{"id":23740,"date":"2026-01-14T22:02:12","date_gmt":"2026-01-14T22:02:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/23740\/"},"modified":"2026-01-14T22:02:12","modified_gmt":"2026-01-14T22:02:12","slug":"les-ports-de-la-vie-10-memoires-dun-enfant-de-guercif-1954-2026-le-collimateur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/23740\/","title":{"rendered":"Les Ports de la Vie (10). M\u00e9moires d\u2019un enfant de Guercif (1954-2026) \u2013 Le collimateur"},"content":{"rendered":"<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-200576\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/khoukh-A.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"607\"  \/><\/p>\n<p>PR\u00c9FACE : LE GRONDEMENT DU DESTIN<\/p>\n<p>Tu es l\u00e0, assis dans ce bus dont les roues ne cessent de d\u00e9vorer la route. Le grondement monotone de son moteur emplit tes oreilles, chassant le silence de la nuit. Tu ne sais pas vers quelle cit\u00e9 il te porte, ni dans quelle station tu finiras par poser tes bagages pour quitter ce si\u00e8ge vers un nouvel inconnu.<\/p>\n<p>Par la vitre, les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9gr\u00e8nent comme des souvenirs press\u00e9s. Elles te ram\u00e8nent \u00e0 ces ann\u00e9es o\u00f9 les bus n\u2019\u00e9taient pas de simples moyens de transport, mais des ponts entre les ports de ta vie : Guercif, Kh\u00e9misset, puis Mekn\u00e8s.<\/p>\n<p>Chaque escale t\u2019a fa\u00e7onn\u00e9. Chaque arr\u00eat a \u00e9t\u00e9 une initiation<\/p>\n<p>TOI ET LA CRAIE : LE TERRAIN DE LA MOTIVATION<\/p>\n<p>Tu te revois dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, convaincu que l\u2019enseignement ne se limite pas \u00e0 la transmission froide des savoirs. Le sport, \u00e0 tes yeux, n\u2019\u00e9tait pas un loisir accessoire, mais une p\u00e9dagogie vivante, un langage universel capable de r\u00e9veiller les volont\u00e9s assoupies.<\/p>\n<p>Huit classes au lyc\u00e9e Hassan Ad-Dakhil \u00e0 Guercif t\u2019avaient forg\u00e9. Tu \u00e9tais ce jeune professeur de Sciences Naturelles qui transformait l\u2019effort physique en discipline morale, l\u2019esprit d\u2019\u00e9quipe en confiance en soi.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s deux ann\u00e9es de formation \u00e0 Mekn\u00e8s, septembre 1976 t\u2019ouvre les portes du Nouveau Coll\u00e8ge \u00e0 Kh\u00e9misset. Tu n\u2019es plus professeur de sciences, mais professeur stagiaire de fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Tu changes de terrain sans perdre ton souffle.<\/p>\n<p>Tu luttes, tu t\u2019imposes, tu t\u2019enracines.<\/p>\n<p>Ta titularisation arrive en 1977, comme une reconnaissance tardive mais m\u00e9rit\u00e9e. Deux ans plus tard, tu rejoindras le coll\u00e8ge El Bassatine \u00e0 Mekn\u00e8s, poursuivant ta course dans le stade de la langue avec la m\u00eame fougue que sur une piste d\u2019athl\u00e9tisme.<\/p>\n<p>KH\u00c9MISSET 1977 : LE BAPT\u00caME POLITIQUE<\/p>\n<p>Ton escale familiale \u00e0 Kh\u00e9misset co\u00efncide avec un moment charni\u00e8re de l\u2019histoire politique marocaine : les \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1977.<\/p>\n<p>Le hasard \u2014 ou peut-\u00eatre le destin \u2014 te place face \u00e0 une sc\u00e8ne fondatrice. Tu vois passer devant toi un candidat du Parti du Progr\u00e8s et du Socialisme. Il fait campagne modestement, accompagn\u00e9 d\u2019une ou deux personnes tout au plus. \u00c0 l\u2019inverse, d\u2019autres candidats sillonnent la ville en v\u00e9ritables cort\u00e8ges : des dizaines, parfois des centaines de jeunes et moins jeunes, des moyens consid\u00e9rables, des d\u00e9monstrations de force qui semblent annoncer le verdict des urnes avant m\u00eame l\u2019ouverture des bureaux de vote. \u00c0 premi\u00e8re vue, tout para\u00eet jou\u00e9. \u00c0 voir le nombre de supporters, on pourrait pronostiquer sans h\u00e9siter le vainqueur.<\/p>\n<p>Mais comparaison n\u2019est pas raison. Quarante ans plus tard, en 2026, la CAN t\u2019offre une image similaire : les foules, les pronostics, la ferveur populaire autour d\u2019une s\u00e9lection nationale arriv\u00e9e en demi-finale et donn\u00e9e favorite face au Nig\u00e9ria. L\u00e0 aussi, le nombre de supporters ne dit pas toujours la v\u00e9rit\u00e9 du terrain.<\/p>\n<p>En 1977, face aux partis dits administratifs, puissants et omnipr\u00e9sents, le candidat du PPS semble n\u2019avoir aucune chance. Et pourtant\u2026 C\u2019est lui que tu choisis de soutenir. Mieux encore : tu fais campagne \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Vous n\u2019\u00eates que quatre ou cinq jeunes hommes, parcourant souks et localit\u00e9s de cette vaste circonscription couvrant l\u2019ensemble du territoire des Zemmours. Peu de moyens, mais une foi intacte. Peu de voix, mais une conviction profonde.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat, tu le devines aujourd\u2019hui avec un sourire int\u00e9rieur :\u00a0 c\u2019est ce candidat-l\u00e0 qui remportera les \u00e9lections, devenant le repr\u00e9sentant des tribus des Zemmours au Parlement. Ce fut ta premi\u00e8re prise de position politique consciente. Le moment o\u00f9 tu choisis ton camp. Le moment o\u00f9 tu optes durablement pour le PPS, parti au sein duquel tu militeras avec constance, notamment \u00e0 partir de 1979.<\/p>\n<p>RABAT, LA PRESSE ET L\u2019\u00c9VEIL MILITANT<\/p>\n<p>\u00c0 Kh\u00e9misset, ta famille et toi \u00eates bien accueillis. Ta m\u00e8re s\u2019int\u00e8gre avec une facilit\u00e9 d\u00e9sarmante \u00e0 la vie de cette ville proche de Rabat. Cette proximit\u00e9 te permet de renouer avec des amis poursuivant encore leurs \u00e9tudes sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 Rabat que s\u2019op\u00e8re ton v\u00e9ritable ancrage militant. Tes premiers contacts structur\u00e9s avec les cadres et militants du PPS y prennent forme. Tu participes \u00e0 la vente militante des deux tribunes embl\u00e9matiques de la presse partisane : Al Bayane et Bayane Al Yom.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0, aussi, que paraissent tes premiers \u00e9crits journalistiques. Tu n\u2019es plus seulement enseignant. Tu deviens un jeune militant-auteur, portant la parole progressiste dans l\u2019espace public, h\u00e9ritier d\u2019un engagement n\u00e9 dans la poussi\u00e8re des souks de Kh\u00e9misset lors de la campagne de 1977.<\/p>\n<p>L\u2019ANNEAU MAGIQUE : LA FAMILLE DANS TON OMBRE<\/p>\n<p>Depuis la fin de ta formation, ta m\u00e8re, tes fr\u00e8res et ta s\u0153ur ne t\u2019ont jamais quitt\u00e9. O\u00f9 que tu ailles, ils sont l\u00e0, formant un bloc indissociable. \u00c0 Kh\u00e9misset comme \u00e0 Mekn\u00e8s, ton salaire devient cet anneau magique prot\u00e9geant les tiens des griffes de la pr\u00e9carit\u00e9. Mais en 1979, le manque cruel d\u2019opportunit\u00e9s de travail pour tes trois fr\u00e8res adultes, non scolaris\u00e9s et durablement au ch\u00f4mage depuis le d\u00e9m\u00e9nagement familial, t\u2019oblige \u00e0 quitter Kh\u00e9misset pour Mekn\u00e8s.<\/p>\n<p>Tu comprends alors que ta r\u00e9ussite personnelle est bien plus qu\u2019un parcours individuel : c\u2019est une ascension collective, une victoire silencieuse contre le d\u00e9terminisme social.<\/p>\n<p>Si, en ce d\u00e9but 2026, les nations se mesurent sur les pelouses pour affirmer leur valeur, toi et ta g\u00e9n\u00e9ration avez disput\u00e9 votre propre match de survie dans les salles de classe, les bus poussi\u00e9reux et les r\u00e9unions militantes modestes mais sinc\u00e8res.<\/p>\n<p>CONCLUSION : LE VOYAGE SANS FIN<\/p>\n<p>Le grondement du moteur s\u2019intensifie. Le bus poursuit sa route vers une destination encore floue.<\/p>\n<p>Tu souris int\u00e9rieurement. La vraie victoire n\u2019est pas une coupe brandie sous les projecteurs, mais le fait d\u2019avoir vu les tiens voler de leurs propres ailes.<\/p>\n<p>Tu as appris, tr\u00e8s t\u00f4t, que la promotion d\u2019un pays par le sport n\u2019est que le reflet de ce que tu as accompli par le savoir, l\u2019engagement et la fid\u00e9lit\u00e9 aux convictions.<\/p>\n<p>Tu fermes les yeux. Le bus continue sa ronde. Chaque effort, d\u00e9sormais tu le sais, n\u2019est jamais rest\u00e9 sans avenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Par: Mohamed KHOUKHCHANI PR\u00c9FACE : LE GRONDEMENT DU DESTIN Tu es l\u00e0, assis dans ce bus dont les&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":16976,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[41],"tags":[158],"class_list":{"0":"post-23740","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-maroc","8":"tag-maroc"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23740","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23740"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23740\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16976"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}