{"id":26611,"date":"2026-01-16T07:37:44","date_gmt":"2026-01-16T07:37:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/26611\/"},"modified":"2026-01-16T07:37:44","modified_gmt":"2026-01-16T07:37:44","slug":"que-reste-t-il-des-interets-economiques-de-la-france-en-afrique-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/26611\/","title":{"rendered":"Que reste-t-il des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques de la France en Afrique ?"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab\u00a0Au fond, nous nous sommes pris dans un espace du jeu tr\u00e8s \u00e9tonnant o\u00f9 nous, Fran\u00e7ais et Europ\u00e9ens, nous subissons des discours anticoloniaux qui ne correspondent plus \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s, \u00e0 notre pratique.\u00a0\u00bb (Emmanuel Macron, 08\/01\/2026).<\/p>\n<p>Alors que le discours sur la \u00ab\u00a0fin de l\u2019influence fran\u00e7aise en Afrique\u00a0\u00bb s\u2019impose dans le d\u00e9bat public, un nouveau rapport de l\u2019association Survie \u00ab\u00a0Que reste-t-il des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques de la France en Afrique\u00a0?\u00a0\u00bb apporte un \u00e9clairage radicalement diff\u00e9rent. S\u2019appuyant sur des donn\u00e9es statistiques in\u00e9dites et une analyse de long terme, il montre que si les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques fran\u00e7ais ont fortement recul\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle macro\u00e9conomique, les entreprises fran\u00e7aises continuent de peser tr\u00e8s lourd dans plusieurs pays d\u2019Afrique subsaharienne, en particulier dans l\u2019ancien pr\u00e9-carr\u00e9 colonial. Une asym\u00e9trie profonde, largement invisible depuis la France, mais aux effets politiques, sociaux et d\u00e9mocratiques majeurs.<\/p>\n<p>Les \u00e9changes commerciaux ne disent plus l\u2019essentiel des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques fran\u00e7ais en Afrique. Si la part de march\u00e9 de la France en Afrique subsaharienne est pass\u00e9e de 15\u00a0% \u00e0 environ 3\u00a0% depuis la fin des ann\u00e9es 1970, les entreprises fran\u00e7aises y disposent aujourd\u2019hui de 2 400 filiales, qui g\u00e9n\u00e8rent environ 41 milliards d\u2019euros de chiffre d\u2019affaires par an, soit pr\u00e8s de quatre fois le montant des exportations fran\u00e7aises vers la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Dans plusieurs pays d\u2019Afrique francophone, ce chiffre d\u2019affaires repr\u00e9sente une part consid\u00e9rable de l\u2019\u00e9conomie nationale\u00a0: jusqu\u2019\u00e0 16\u00a0% du <a href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/PIB-Produit-interieur-brut\" name=\"mot1021_0\" class=\"cs_glossaire\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">PIB<br \/>\n\tPIB<br \/>Produit int\u00e9rieur brut<br \/>\n\tLe PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donn\u00e9, estim\u00e9e par la somme des valeurs ajout\u00e9es.<br \/>Le Produit int\u00e9rieur brut est un agr\u00e9gat \u00e9conomique qui mesure la production totale sur un territoire donn\u00e9, estim\u00e9e par la somme des valeurs ajout\u00e9es. Cette mesure est notoirement incompl\u00e8te\u00a0; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activit\u00e9s qui ne font pas l\u2019objet d\u2019un \u00e9change marchand. On appelle croissance \u00e9conomique la variation du PIB d\u2019une p\u00e9riode \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\n<\/a> au S\u00e9n\u00e9gal et au Gabon, plus de 11\u00a0% en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Autrement dit, ce qui est devenu marginal pour l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise reste structurant, voire \u00e9crasant, pour certaines \u00e9conomies africaines, notamment dans certains secteurs d\u2019activit\u00e9s cl\u00e9s.<\/p>\n<p>Le rapport montre notamment\u00a0:<\/p>\n<p>\u2022 S\u2019il y a un recul ancien des \u00e9changes commerciaux et que la baisse des parts de march\u00e9 fran\u00e7aises en Afrique est massive, celle-ci s\u2019enclenche avant l\u2019arriv\u00e9e de la concurrence chinoise. Elle s\u2019inscrit dans le temps long de la <a href=\"https:\/\/www.cadtm.org\/Mondialisation\" name=\"mot998_1\" class=\"cs_glossaire\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">mondialisation<br \/>\n\tMondialisation<br \/>\n\t(voir aussi Globalisation)<br \/>(extrait de F. Chesnais, 1997a)<br \/>Jusqu\u2019\u00e0 une date r\u00e9cente, il paraissait possible d\u2019aborder l\u2019analyse de la mondialisation en consid\u00e9rant celle-ci comme une \u00e9tape nouvelle du processus d\u2019internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois l\u2019expression et l\u2019un des agents les plus actifs.<br \/>Aujourd\u2019hui, il n\u2019est manifestement plus possible de s\u2019en tenir l\u00e0. La \u00ab\u00a0mondialisation de l\u2019\u00e9conomie\u00a0\u00bb (Adda, 1996) ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment la \u00ab\u00a0mondialisation du capital\u00a0\u00bb (Chesnais, 1994), doit \u00eatre comprise comme \u00e9tant plus &#8211; ou m\u00eame tout autre chose &#8211; qu\u2019une phase suppl\u00e9mentaire dans le processus d\u2019internationalisation du capital engag\u00e9 depuis plus d\u2019un si\u00e8cle. C\u2019est \u00e0 un mode de fonctionnement sp\u00e9cifique &#8211; et \u00e0 plusieurs \u00e9gards important, nouveau &#8211; du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher \u00e0 comprendre les ressorts et l\u2019orientation, de fa\u00e7on \u00e0 en faire la caract\u00e9risation.<\/a><\/p>\n<p>Les points d\u2019inflexion par rapport aux \u00e9volutions des principales \u00e9conomies, internes ou externes \u00e0 l\u2019OCDE, exigent d\u2019\u00eatre abord\u00e9s comme un tout, en partant de l\u2019hypoth\u00e8se que vraisemblablement, ils font \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb. Pour ma part, j\u2019estime qu\u2019ils traduisent le fait qu\u2019il y a eu &#8211; en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la th\u00e9orie de l\u2019imp\u00e9rialisme qui fut \u00e9labor\u00e9e au sein de l\u2019aile gauche de la Deuxi\u00e8me Internationale voici bient\u00f4t un si\u00e8cle\u00a0-, passage dans le cadre du stade imp\u00e9rialiste \u00e0 une phase diff\u00e9rant fortement de celle qui a pr\u00e9domin\u00e9 entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le d\u00e9but des ann\u00e9es 80. Je d\u00e9signe celui-ci pour l\u2019instant (avec l\u2019espoir qu\u2019on m\u2019aidera \u00e0 en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la pol\u00e9mique) du nom un peu compliqu\u00e9 de \u00ab\u00a0r\u00e9gime d\u2019accumulation mondial \u00e0 dominante financi\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La diff\u00e9renciation et la hi\u00e9rarchisation de l\u2019\u00e9conomie-monde contemporaine de dimension plan\u00e9taire r\u00e9sultent tant des op\u00e9rations du capital concentr\u00e9 que des rapports de domination et de d\u00e9pendance politiques entre \u00c9tats, dont le r\u00f4le ne s\u2019est nullement r\u00e9duit, m\u00eame si la configuration et les m\u00e9canismes de cette domination se sont modifi\u00e9s. La gen\u00e8se du r\u00e9gime d\u2019accumulation mondialis\u00e9 \u00e0 dominante financi\u00e8re rel\u00e8ve autant de la politique que de l\u2019\u00e9conomie. Ce n\u2019est que dans la vulgate n\u00e9o-lib\u00e9rale que l\u2019\u00c9tat est \u00ab\u00a0ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0march\u00e9\u00a0\u00bb. Le triomphe actuel du \u00ab\u00a0march\u00e9\u00a0\u00bb n\u2019aurait pu se faire sans les interventions politiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des instances politiques des \u00c9tats capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette libert\u00e9 que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouv\u00e9e pour se d\u00e9ployer mondialement comme ils n\u2019avaient pu le faire depuis 1914, tient bien s\u00fbr aussi de la force qu\u2019il a recouvr\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la longue p\u00e9riode d\u2019accumulation ininterrompue des \u00ab\u00a0trente glorieuses\u00a0\u00bb (l\u2019une sinon la plus longue de toute l\u2019histoire du capitalisme). Mais le capital n\u2019aurait pas pu parvenir \u00e0 ses fins sans le succ\u00e8s de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution conservatrice\u00a0\u00bb de la fin de la d\u00e9cennie 1970.<br \/>\n et de la d\u00e9sindustrialisation fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>\u2022 Une r\u00e9sistance marqu\u00e9e dans l\u2019ancien pr\u00e9-carr\u00e9 colonial. Dans les anciennes colonies fran\u00e7aises, les parts de march\u00e9 se maintiennent autour de 10 \u00e0 12\u00a0%, soit un niveau tr\u00e8s sup\u00e9rieur au reste de l\u2019Afrique subsaharienne. Ces pays concentrent pr\u00e8s de 60\u00a0% du chiffre d\u2019affaires des multinationales fran\u00e7aises pr\u00e9sentes sur le continent.<\/p>\n<p>\u2022 L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif\u00a0: le poids des filiales fran\u00e7aises. Les entreprises fran\u00e7aises disposent d\u2019un r\u00e9seau tr\u00e8s dense de filiales en Afrique subsaharienne, qui g\u00e9n\u00e8re un chiffre d\u2019affaires largement sup\u00e9rieur aux flux commerciaux entre la France et la r\u00e9gion. Cette strat\u00e9gie d\u2019implantation locale, h\u00e9rit\u00e9e de la p\u00e9riode coloniale et renforc\u00e9e par les privatisations des ann\u00e9es 1990, concerne des secteurs cl\u00e9s du quotidien\u00a0: eau, \u00e9nergie, t\u00e9l\u00e9communications, transports ou distribution.<\/p>\n<p>\u2022 Une relation structurellement asym\u00e9trique.  Ce qui est devenu marginal pour l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise reste central pour plusieurs \u00e9conomies africaines. Cette asym\u00e9trie \u00e9claire les tensions politiques et les mobilisations visant les int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9conomie\u00a0: une domination politique persistante<\/p>\n<p>Le rapport montre enfin que la persistance de la Fran\u00e7afrique ne peut plus \u00eatre expliqu\u00e9e par les seuls int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques. Malgr\u00e9 leur recul relatif, l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais continue de mobiliser des leviers diplomatiques, militaires, culturels et mon\u00e9taires pour pr\u00e9server son influence sur le continent. Cette politique d\u2019ing\u00e9rence, co\u00fbteuse et de plus en plus contest\u00e9e, appara\u00eet largement d\u00e9connect\u00e9e de l\u2019importance r\u00e9elle de l\u2019Afrique pour l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise, mais lourde de cons\u00e9quences pour les soci\u00e9t\u00e9s africaines concern\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si l\u2019Afrique est devenue \u00e9conomiquement marginale pour la France, les entreprises fran\u00e7aises continuent de peser d\u2019un poids consid\u00e9rable dans plusieurs pays africains. Ce d\u00e9calage nourrit une relation profond\u00e9ment asym\u00e9trique, h\u00e9rit\u00e9e de la p\u00e9riode coloniale, que les discours sur le \u2018d\u00e9clin\u2019 fran\u00e7ais en Afrique cherchent \u00e0 masquer.\u00a0\u00bb explique Arthur Baron, charg\u00e9 de campagne \u00e0 Survie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab\u00a0Au fond, nous nous sommes pris dans un espace du jeu tr\u00e8s \u00e9tonnant o\u00f9 nous, Fran\u00e7ais et Europ\u00e9ens,&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":26612,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[62],"tags":[64,16318,16319],"class_list":{"0":"post-26611","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-afrique","8":"tag-afrique","9":"tag-cadtm","10":"tag-comite-pour-l"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26611","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26611"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26611\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media\/26612"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26611"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26611"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26611"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}