{"id":3749,"date":"2026-01-04T22:25:16","date_gmt":"2026-01-04T22:25:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/3749\/"},"modified":"2026-01-04T22:25:16","modified_gmt":"2026-01-04T22:25:16","slug":"algerie-la-theorie-du-complot-est-prete-pour-justifier-toute-defaite-des-fennecs-a-rabat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/3749\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie: la th\u00e9orie du complot est pr\u00eate pour justifier toute d\u00e9faite des Fennecs \u00e0 Rabat"},"content":{"rendered":"<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Le fait de brandir la Coupe arabe 2021 au palais pr\u00e9sidentiel d\u2019El Mouradia n\u2019a pas constitu\u00e9, en Alg\u00e9rie, un simple moment sportif appel\u00e9 \u00e0 s\u2019effacer avec le temps. Tr\u00e8s rapidement, la sc\u00e8ne a chang\u00e9 de nature pour devenir un \u00e9v\u00e9nement hautement politique et symbolique. L\u2019exploitation m\u00e9diatique de la victoire n\u2019a pas pr\u00e9sent\u00e9 ce succ\u00e8s comme le fruit d\u2019un travail sportif ou l\u2019aboutissement d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration talentueuse de footballeurs, mais l\u2019a int\u00e9gr\u00e9 au c\u0153ur m\u00eame de la l\u00e9gitimit\u00e9 politique, \u00e0 travers des images fortes et soigneusement mises en sc\u00e8ne: le troph\u00e9e dans les bras du pr\u00e9sident Abdelmadjid Tebboune, le troph\u00e9e entre les mains du chef d\u2019\u00e9tat-major de l\u2019arm\u00e9e, Sa\u00efd Chengriha, et le troph\u00e9e \u00e9rig\u00e9 en preuve \u00e9clatante d\u2019une victoire nationale globale. \u00c0 cet instant pr\u00e9cis, le football a cess\u00e9 d\u2019appartenir au terrain pour entrer pleinement dans la logique de l\u2019\u00c9tat. Et ce n\u2019est pas fini, alerte le quotidien Assabah de ce lundi 5 janvier.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Ce genre d\u2019instrumentalisation n\u2019a rien d\u2019innocent ni d\u2019exceptionnel. Dans des syst\u00e8mes politiques en qu\u00eate permanente de symboles capables de compenser une fragilit\u00e9 de la confiance interne, le sport devient un capital politique rapide et efficace. La victoire alg\u00e9rienne en Coupe arabe n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 lue comme un succ\u00e8s sportif conjoncturel, mais comme un message adress\u00e9 \u00e0 l\u2019opinion publique. Celui d\u2019un \u00c9tat victorieux et performant. Le ballon rond se transforme alors en langage politique, le joueur en soldat, et la victoire en prolongement du pouvoir plut\u00f4t qu\u2019en r\u00e9ussite autonome.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Mais cette mise en sc\u00e8ne r\u00e9v\u00e8le une autre facette, plus paradoxale. Si la victoire est attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat, \u00e0 la sagesse du leadership et \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale, la d\u00e9faite, elle, est syst\u00e9matiquement imput\u00e9e \u00e0 des forces ext\u00e9rieures et \u00e0 des complots, \u00e9crit Assabah. Lorsque l\u2019Alg\u00e9rie gagne, le m\u00e9rite revient aux dirigeants. Lorsque l\u2019\u00e9chec se profile, le r\u00e9cit change. L\u2019arbitrage est mis en cause, l\u2019hostilit\u00e9 est d\u00e9nonc\u00e9e, les accusations de ciblage et de man\u0153uvres adverses prennent le dessus. Ainsi s\u2019installe une \u00e9quation bien rod\u00e9e. Le pouvoir est omnipr\u00e9sent dans les moments de gloire, mais absent lorsque survient l\u2019\u00e9chec.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Ce sch\u00e9ma narratif se retrouve aujourd\u2019hui dans le traitement de la Coupe d\u2019Afrique des nations pr\u00e9vue au Maroc en 2025, a-t-on lu dans Assabah. Les r\u00e9sultats peuvent varier, mais le m\u00e9canisme reste identique. En cas de succ\u00e8s, l\u2019exploit est politis\u00e9 et monopolis\u00e9 symboliquement. En cas de d\u00e9faite potentielle, l\u2019opinion est pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 l\u2019avance par un discours de victimisation et de complot. L\u2019\u00c9tat ne se trompe jamais, la performance sportive n\u2019est pas remise en question. Elle est injustement entrav\u00e9e. C\u2019est dans ce cadre que les accusations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es contre le \u00abMakhzen\u00bb marocain, relay\u00e9es par certains m\u00e9dias alg\u00e9riens, prennent tout leur sens. Elles ne rel\u00e8vent pas d\u2019un simple emportement populaire, mais s\u2019inscrivent dans la continuit\u00e9 d\u2019un discours structur\u00e9 et ancien. Celui qui associe la victoire au pouvoir ne peut, sans co\u00fbt politique, lui imputer la d\u00e9faite.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Le public joue ici un r\u00f4le central. Loin d\u2019\u00eatre ext\u00e9rieur \u00e0 la th\u00e9orie du complot, il en devient l\u2019outil le plus efficace. Pour exister, une conspiration a besoin d\u2019un public qui y croit et la met en sc\u00e8ne. Lorsqu\u2019un supporter est convaincu que la d\u00e9faite n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019erreurs techniques ou tactiques, mais d\u2019une injustice, il cesse d\u2019\u00eatre un observateur critique pour devenir un acteur narratif. Il ne s\u2019interroge plus sur la composition de l\u2019\u00e9quipe, les choix de l\u2019entra\u00eeneur ou la pr\u00e9paration des joueurs. Il pose une seule question. Qui a complot\u00e9 contre nous? Et la r\u00e9ponse est toute pr\u00eate.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Cette dynamique s\u2019amplifie lorsqu\u2019elle est port\u00e9e par des voix m\u00e9diatiques \u00e0 forte audience, comme celle du commentateur Hafid Derradji, rel\u00e8ve Assabah. \u00c0 ce stade, il ne s\u2019agit plus d\u2019une opinion personnelle. Lorsque le parcours sportif est expliqu\u00e9 par le lieu de la comp\u00e9tition et que le pays organisateur est d\u00e9sign\u00e9 comme responsable principal, le commentaire ne d\u00e9crit plus un match. Il reprogramme la perception collective. Le public qui re\u00e7oit ce discours ne cherche plus la joie du sport, mais la confirmation d\u2019un sentiment d\u2019hostilit\u00e9 et de ciblage.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Le plus pr\u00e9occupant dans cette \u00e9volution r\u00e9side dans l\u2019usage du football comme soupape de d\u00e9compression d\u2019une crise plus profonde. Dans l\u2019imaginaire collectif alg\u00e9rien, le football n\u2019est pas qu\u2019un jeu. Il constitue un espace de compensation psychologique dans un contexte marqu\u00e9 par des blocages politiques et \u00e9conomiques persistants. Politiser ce sport revient \u00e0 canaliser la col\u00e8re sociale non pas vers un d\u00e9bat interne, mais vers un adversaire ext\u00e9rieur. La frustration ne se transforme pas en questionnement, mais en antagonisme. L\u2019\u00e9nergie populaire est ainsi dirig\u00e9e, organis\u00e9e et exploit\u00e9e plut\u00f4t que comprise, lit-on encore.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Ce processus est renforc\u00e9 par l\u2019image autant que par le discours. Depuis le Maroc, certaines cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision alg\u00e9riennes privil\u00e9gient des images nocturnes de lieux d\u00e9serts, de p\u00e9riph\u00e9ries urbaines et de conteneurs \u00e0 d\u00e9chets. Ces images ne visent pas tant \u00e0 informer qu\u2019\u00e0 susciter une sensation. L\u2019image ne t\u00e9moigne plus de la r\u00e9alit\u00e9. Elle devient un partenaire actif du r\u00e9cit. Le complot est racont\u00e9 par les mots et sugg\u00e9r\u00e9 par l\u2019objectif de la cam\u00e9ra. Le spectateur n\u2019a pas besoin qu\u2019on lui dise explicitement qu\u2019il se trouve dans un espace hostile. Il est amen\u00e9 \u00e0 le ressentir, constate Assabah.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Selon des sp\u00e9cialistes des strat\u00e9gies de l\u2019information et de la guerre de l\u2019image cit\u00e9s par le quotidien, cette pratique rel\u00e8ve de ce que les \u00e9tudes appellent le cadrage visuel s\u00e9lectif. Les faits ne sont pas invent\u00e9s, mais r\u00e9organis\u00e9s visuellement afin d\u2019orienter la perception. Le tournage de nuit accentue le sentiment de vide et de menace, tandis que les poubelles deviennent un symbole visuel de d\u00e9sordre, m\u00eame si elles font partie du paysage urbain ordinaire de n\u2019importe quelle ville. Le r\u00e9sultat n\u2019est pas un reportage, mais une sc\u00e8ne soigneusement construite au service d\u2019un discours politique plus large, destin\u00e9 \u00e0 consolider l\u2019id\u00e9e de complot et de ciblage sans qu\u2019aucune preuve ne soit n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Au final, il ne s\u2019agit pas de retranscrire la r\u00e9alit\u00e9, mais de fabriquer une image. En r\u00e9duisant une ville enti\u00e8re \u00e0 quelques plans nocturnes isol\u00e9s, le journalisme cesse d\u2019\u00eatre un m\u00e9tier d\u2019information pour devenir un outil de suggestion. Le message n\u2019affirme pas directement que le Maroc est hostile. Il pousse le spectateur \u00e0 le ressentir. Et c\u2019est l\u00e0 la forme la plus dangereuse de manipulation, celle qui ne cherche pas \u00e0 convaincre par l\u2019argument, mais \u00e0 faire croire par ce que l\u2019on croit voir de ses propres yeux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le fait de brandir la Coupe arabe 2021 au palais pr\u00e9sidentiel d\u2019El Mouradia n\u2019a pas constitu\u00e9, en Alg\u00e9rie,&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3750,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[254],"tags":[255,483,360,158],"class_list":{"0":"post-3749","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-algerie","8":"tag-algerie","9":"tag-caf","10":"tag-can","11":"tag-maroc"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3749","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3749"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3749\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3750"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3749"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3749"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3749"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}