{"id":86871,"date":"2026-02-16T10:00:07","date_gmt":"2026-02-16T10:00:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/86871\/"},"modified":"2026-02-16T10:00:07","modified_gmt":"2026-02-16T10:00:07","slug":"penser-leconomie-africaine-a-partir-de-lafrique-autour-de-cedric-achille-mbeng-mezui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/86871\/","title":{"rendered":"Penser l\u2019\u00e9conomie africaine \u00e0 partir de l\u2019Afrique : autour de C\u00e9dric Achille Mbeng Mezui"},"content":{"rendered":"<p>Par le\u00a0Pr Bonaventure MVE ONDO<\/p>\n<p>Professeur \u00e9m\u00e9rite de Philosophie<\/p>\n<p>Recteur honoraire de l\u2019Universit\u00e9 Omar Bongo<\/p>\n<p>Vice-Recteur honoraire de l\u2019Agence universitaire de la Francophonie<\/p>\n<p>R\u00e9sum\u00e9<\/p>\n<p class=\"has-white-background-color has-background\">Cet article analyse la pens\u00e9e \u00e9conomique et g\u00e9o\u00e9conomique de C\u00e9dric Achille Mbeng Mezui \u00e0 travers deux de ses ouvrages majeurs, Sortir du collapsus \u00e9conomique : reconstruire la puissance africaine (2021) et G\u00e9o\u00e9conomie : des minerais strat\u00e9giques dans le bassin du Congo (2024). Nous proposons d\u2019y voir l\u2019\u00e9mergence d\u2019une doctrine que nous nommons \u00ab r\u00e9alisme souverainiste africain \u00bb, articulant souverainet\u00e9 politique et ma\u00eetrise mat\u00e9rielle des leviers financiers et strat\u00e9giques. En mobilisant une lecture philosophique et prospective, nous montrons comment cette doctrine, ancr\u00e9e dans des filiations intellectuelles africaines (Nkrumah, Hountondji, Mbembe), pourrait servir de cadre d\u2019action pour les \u00c9tats africains \u00e0 l\u2019horizon 2050.<\/p>\n<p>Introduction : l\u2019\u00e9conomie comme front principal de la souverainet\u00e9<\/p>\n<p>En ce d\u00e9but de XXI\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019Afrique se trouve \u00e0 un carrefour historique o\u00f9 se m\u00ealent espoirs d\u2019\u00e9mancipation et risques de reproduction des d\u00e9pendances. L\u2019int\u00e9gration continentale, proclam\u00e9e dans les discours, se heurte encore \u00e0 des inerties structurelles, \u00e0 une fragmentation institutionnelle et \u00e0 la pression des logiques globales du capitalisme. Or, les d\u00e9bats sur la souverainet\u00e9 africaine se sont trop souvent focalis\u00e9s sur les dimensions politiques, diplomatiques ou culturelles, laissant \u00e0 l\u2019\u00e9conomie un r\u00f4le secondaire ou purement instrumental.<\/p>\n<p>La pens\u00e9e de C\u00e9dric Achille Mbeng Mezui rompt radicalement avec cette hi\u00e9rarchie implicite. Sans le dire frontalement, elle repose sur une intuition forte : l\u2019\u00e9conomie est le c\u0153ur battant de toute puissance durable et constitue le socle sur lequel s\u2019\u00e9rige l\u2019autorit\u00e9 politique. Les exp\u00e9riences historiques des grandes puissances imp\u00e9rialistes d\u00e9montrent que la ma\u00eetrise des instruments financiers, la structuration des march\u00e9s et le contr\u00f4le des ressources pr\u00e9c\u00e8dent toute h\u00e9g\u00e9monie g\u00e9opolitique.<\/p>\n<p>En s\u2019attaquant directement \u00e0 la question de l\u2019\u00e9conomie africaine, Mbeng Mezui invite \u00e0 un renversement de perspective (sortir du paradoxe actuel \u2014 celui d\u2019une souverainet\u00e9 nominale d\u00e9pourvue de souverainet\u00e9 mat\u00e9rielle \u2014 qui constitue l\u2019un des n\u0153uds les plus persistants du d\u00e9veloppement africain) pour enfin penser l\u2019Afrique, \u00e0 partir de l\u2019Afrique, en articulant les ressources endog\u00e8nes, les structures r\u00e9gionales et la projection strat\u00e9gique. Cette approche, que nous appelons ici \u00ab r\u00e9alisme souverainiste africain \u00bb, fournit un cadre pour d\u00e9passer les diagnostics convenus et envisager des sc\u00e9narios concrets de transformation.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, la question centrale qui guide cet article est la suivante : quelles conditions conceptuelles et strat\u00e9giques permettraient-elles \u00e0 l\u2019Afrique au XXI\u00b0 si\u00e8cle de passer d\u2019une souverainet\u00e9 nominale \u00e0 une souverainet\u00e9 effective?<\/p>\n<p>Nous proposons d\u2019y r\u00e9pondre \u00e0 partir de la pens\u00e9e \u00e9conomique et g\u00e9o\u00e9conomique de C\u00e9dric Achille Mbeng Mezui, expos\u00e9e dans Sortir du collapsus \u00e9conomique (2021) et G\u00e9o\u00e9conomie (2024). Sa r\u00e9flexion articule \u00e9conomie et politique dans une perspective que nous d\u00e9signons comme r\u00e9alisme souverainiste africain, doctrine qui, loin des utopies d\u00e9connect\u00e9es ou du fatalisme de la d\u00e9pendance, prend acte des contraintes g\u00e9opolitiques tout en affirmant l\u2019exigence de ma\u00eetrise mat\u00e9rielle des leviers de puissance.<\/p>\n<p>1. Sortir du collapsus \u00e9conomique : vers une souverainet\u00e9 effective<\/p>\n<p>Dans Sortir du collapsus \u00e9conomique, Mbeng Mezui \u00e9tablit un constat que partagent nombre d\u2019\u00e9conomistes. En effet, depuis les ann\u00e9es 1960, il n\u2019y a pas eu de changement dans la structuration \u00e9conomique en Afrique malgr\u00e9 les v\u0153ux des grands leaders comme Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba et d\u2019autres. Les ind\u00e9pendances politiques se sont souvent accompagn\u00e9es d\u2019une continuit\u00e9 structurelle dans les rapports \u00e9conomiques : maintien des cha\u00eenes d\u2019exportation de mati\u00e8res premi\u00e8res vers l\u2019ext\u00e9rieur, d\u00e9pendance aux devises fortes, faible industrialisation locale. Les instruments financiers \u2014 banques centrales, march\u00e9s de capitaux, fonds souverains \u2014 sont rest\u00e9s soit embryonnaires, soit plac\u00e9s sous l\u2019influence d\u2019institutions internationales. Ce legs structurel a enferm\u00e9 nombre d\u2019\u00c9tats africains dans une \u00e9conomie de rente vuln\u00e9rable aux cycles des prix mondiaux.<\/p>\n<p>La mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale des ann\u00e9es 1980-2000, marqu\u00e9e par l\u2019ajustement structurel, a renforc\u00e9 cette d\u00e9pendance. En \u00e9change d\u2019un acc\u00e8s au cr\u00e9dit international, les \u00c9tats ont accept\u00e9 des programmes qui ont souvent affaibli leurs capacit\u00e9s productives et r\u00e9duit leur marge d\u2019action souveraine. La financiarisation globale, loin d\u2019abolir les rapports de domination, les a reconfigur\u00e9s sous la forme de nouvelles d\u00e9pendances : notation financi\u00e8re, acc\u00e8s conditionn\u00e9 aux march\u00e9s de capitaux, exposition aux fluctuations des mati\u00e8res premi\u00e8res.<\/p>\n<p>Or, le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle rebat partiellement les cartes. La transition \u00e9nerg\u00e9tique mondiale, l\u2019essor des technologies vertes et la comp\u00e9tition entre grandes puissances ont plac\u00e9 l\u2019Afrique au c\u0153ur d\u2019une nouvelle g\u00e9opolitique des ressources strat\u00e9giques. Le cobalt, le lithium, le coltan, les terres rares \u2014 pr\u00e9sents en abondance dans certaines r\u00e9gions, notamment dans le bassin du Congo \u2014 sont devenus indispensables \u00e0 l\u2019\u00e9conomie mondiale de demain. Cette centralit\u00e9 conf\u00e8re au continent un pouvoir de n\u00e9gociation potentiel, mais aussi le risque d\u2019un nouveau cycle extractiviste qui reproduirait les sch\u00e9mas pass\u00e9s, sans industrialisation, ni mont\u00e9e en gamme.<\/p>\n<p>Dans Sortir du collapsus \u00e9conomique, Mbeng Mezui d\u00e9crit donc un continent pris dans un double pi\u00e8ge : la d\u00e9pendance externe (aux march\u00e9s financiers et aux financements multilat\u00e9raux) et l\u2019insuffisance des m\u00e9canismes financiers internes (faible int\u00e9gration des march\u00e9s de capitaux africains, faiblesses des fonds souverains, absence de politiques coordonn\u00e9es d\u2019investissement).<\/p>\n<p>Pour en sortir, il propose la cr\u00e9ation d\u2019instruments endog\u00e8nes \u2014 march\u00e9s financiers r\u00e9gionaux interconnect\u00e9s, fonds souverains continentaux, obligations vertes \u2014 capables de financer prioritairement des infrastructures productives et non la simple consommation publique.<\/p>\n<p>Dans la pr\u00e9face que nous avions r\u00e9dig\u00e9e alors pour cet ouvrage, nous insistions sur la port\u00e9e philosophique de cette orientation : il ne s\u2019agit pas seulement de corriger un d\u00e9ficit \u00e9conomique, mais de refonder la souverainet\u00e9 africaine. La ma\u00eetrise des moyens financiers, dans cette perspective, devient une condition de l\u2019autod\u00e9termination politique. Mbeng Mezui appelle donc \u00e0 d\u00e9passer la souverainet\u00e9 nominale h\u00e9rit\u00e9e des ind\u00e9pendances pour entrer dans une souverainet\u00e9 effective, o\u00f9 le contr\u00f4le des ressources financi\u00e8res et mat\u00e9rielles n\u2019est plus d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 mais exerc\u00e9 pleinement par les acteurs africains.<\/p>\n<p>2. G\u00e9o\u00e9conomie des ressources : minerais strat\u00e9giques et pouvoir<\/p>\n<p>Dans G\u00e9o\u00e9conomie des minerais strat\u00e9giques dans le bassin du Congo, l\u2019auteur \u00e9largit sa r\u00e9flexion \u00e0 la dimension g\u00e9o\u00e9conomique. Le bassin du Congo, avec ses r\u00e9serves colossales de cobalt, coltan, terres rares et autres minerais essentiels \u00e0 l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique et \u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique mondiale, constitue un n\u0153ud strat\u00e9gique plan\u00e9taire.<\/p>\n<p>Mbeng Mezui montre que la bataille autour de ces ressources ne se limite pas \u00e0 la sph\u00e8re \u00e9conomique : elle engage des rapports de puissance, des strat\u00e9gies de s\u00e9curisation des approvisionnements et, in fine, la place de l\u2019Afrique dans l\u2019ordre mondial. Sa th\u00e8se centrale est claire : sans contr\u00f4le souverain de ses ressources critiques et sans capacit\u00e9 de n\u00e9gociation collective, l\u2019Afrique restera cantonn\u00e9e au r\u00f4le de fournisseur brut, d\u00e9pendant des prix fix\u00e9s ailleurs.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9flexion prolonge la pr\u00e9c\u00e9dente : la souverainet\u00e9 financi\u00e8re et la souverainet\u00e9 sur les ressources sont deux faces d\u2019une m\u00eame m\u00e9daille. L\u2019une ne va pas sans l\u2019autre, et leur articulation est le socle d\u2019une puissance africaine v\u00e9ritable.<\/p>\n<p>3. Vers le r\u00e9alisme souverainiste africain<\/p>\n<p>La pens\u00e9e de Mbeng Mezui s\u2019inscrit donc dans une constellation intellectuelle o\u00f9 se croisent plusieurs traditions critiques. Avec Kwame Nkrumah, elle partage l\u2019exigence d\u2019autonomie \u00e9conomique comme condition de libert\u00e9 politique. Avec Paulin Hountondji, elle assume l\u2019imp\u00e9ratif de savoirs endog\u00e8nes, adapt\u00e9s aux r\u00e9alit\u00e9s locales. Avec Achille Mbembe, elle engage la question de l\u2019Afrique comme sujet de son histoire dans la mondialisation.<\/p>\n<p>Ce qui la singularise, c\u2019est le refus de dissocier \u00e9conomie et politique : la finance est un champ strat\u00e9gique et les ressources, des leviers de pouvoir. Cette articulation forge ce que nous appelons un r\u00e9alisme souverainiste africain :<\/p>\n<p>Un r\u00e9alisme qui prend acte des contraintes g\u00e9opolitiques et \u00e9conomiques actuelles \u2014 asym\u00e9tries de pouvoir, institutions financi\u00e8res internationales, comp\u00e9tition mondiale pour les ressources.<\/p>\n<p>Un souverainisme qui affirme que la dignit\u00e9 politique suppose la ma\u00eetrise effective des leviers mat\u00e9riels de la puissance : flux financiers, infrastructures critiques, ressources strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9alisme souverainiste est \u00e0 la fois une doctrine (d\u00e9finissant les conditions conceptuelles de la souverainet\u00e9 dans un monde globalis\u00e9) et une praxis (proposant des instruments concrets pour la r\u00e9aliser).<\/p>\n<p>4. Perspectives et sc\u00e9narios \u00e0 l\u2019horizon 2050<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019horizon 2050, la population africaine repr\u00e9sentera plus d\u2019un quart de l\u2019humanit\u00e9. Cette donn\u00e9e d\u00e9mographique impose une vision strat\u00e9gique de long terme, articul\u00e9e autour de quatre piliers :<\/p>\n<p>Souverainet\u00e9 financi\u00e8re int\u00e9gr\u00e9e : march\u00e9s financiers r\u00e9gionaux interconnect\u00e9s et fonds souverains panafricains.<\/p>\n<p>Ma\u00eetrise strat\u00e9gique des ressources critiques : cr\u00e9ation de cartels r\u00e9gionaux pour influencer les prix et favoriser l\u2019industrialisation locale.<\/p>\n<p>Alliances g\u00e9o\u00e9conomiques Sud-Sud : diversification des partenariats hors du seul axe Nord-Sud.<\/p>\n<p>Gouvernance panafricaine de la puissance : institutions continentales fortes pour r\u00e9guler les flux et arbitrer les tensions.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la grille de lecture propos\u00e9e par Mbeng Mezui, on peut alors envisager trois trajectoires possibles pour l\u2019Afrique au XXIe si\u00e8cle. Chacune d\u00e9coule de la capacit\u00e9 \u2014 ou de l\u2019incapacit\u00e9 \u2014 des \u00c9tats africains \u00e0 s\u2019approprier et \u00e0 coordonner les instruments financiers et g\u00e9o\u00e9conomiques n\u00e9cessaires \u00e0 une souverainet\u00e9 effective.<\/p>\n<p>Premier sc\u00e9nario\u00a0: la convergence souverainiste (optimiste)<\/p>\n<p>Dans ce sc\u00e9nario, une masse critique d\u2019\u00c9tats africains parvient \u00e0 d\u00e9passer les logiques nationales \u00e9troites pour adopter des strat\u00e9gies communes suivantes :<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l\u2019int\u00e9gration financi\u00e8re : interconnexion des march\u00e9s financiers r\u00e9gionaux, cr\u00e9ation de fonds souverains panafricains, \u00e9mission d\u2019obligations r\u00e9gionales pour financer des projets structurants.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la gestion coordonn\u00e9e des ressources strat\u00e9giques : constitution de groupements producteurs (sur le mod\u00e8le de l\u2019OPEP) pour r\u00e9guler l\u2019offre et favoriser la transformation locale.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l\u2019industrialisation endog\u00e8ne : mise en place de politiques protectionnistes cibl\u00e9es et de zones \u00e9conomiques sp\u00e9ciales orient\u00e9es vers les cha\u00eenes de valeur \u00e0 forte intensit\u00e9 technologique.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat : le continent devient un p\u00f4le autonome dans la multipolarit\u00e9 mondiale, capable de n\u00e9gocier avec les grandes puissances depuis une position de force. Les indicateurs de d\u00e9veloppement humain s\u2019am\u00e9liorent rapidement, et la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019aide internationale diminue drastiquement.<\/p>\n<p>Second sc\u00e9nario\u00a0: la fragmentation persistante (pessimiste)<\/p>\n<p>Ici, les divisions politiques, la m\u00e9fiance entre \u00c9tats et les pressions ext\u00e9rieures emp\u00eachent toute int\u00e9gration significative. On observe alors :<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la poursuite des logiques extractivistes : les mati\u00e8res premi\u00e8res continuent d\u2019\u00eatre export\u00e9es brutes vers l\u2019ext\u00e9rieur, sans industrialisation ni transfert de technologie.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 financi\u00e8re chronique : recours massif \u00e0 l\u2019endettement externe, d\u00e9pendance aux march\u00e9s de capitaux internationaux, exposition aux chocs exog\u00e8nes.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la faible coop\u00e9ration r\u00e9gionale : rivalit\u00e9s inter\u00e9tatiques, absence de structures continentales efficaces, capture des politiques publiques par des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s ou \u00e9trangers.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat : l\u2019Afrique reste un fournisseur p\u00e9riph\u00e9rique de mati\u00e8res premi\u00e8res et un espace de comp\u00e9tition pour les puissances ext\u00e9rieures, avec un d\u00e9veloppement in\u00e9gal et une instabilit\u00e9 socio-\u00e9conomique r\u00e9currente.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me sc\u00e9nario (interm\u00e9diaire) : l\u2019\u00e9mergence partielle de p\u00f4les r\u00e9gionaux<\/p>\n<p>Dans cette trajectoire, certaines r\u00e9gions du continent r\u00e9ussissent \u00e0 mettre en \u0153uvre les principes du r\u00e9alisme souverainiste africain, mais sans basculement continental :<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019Afrique australe, gr\u00e2ce \u00e0 ses capacit\u00e9s mini\u00e8res et industrielles, devient un hub \u00e9nerg\u00e9tique et min\u00e9ral.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019Afrique de l\u2019Ouest, appuy\u00e9e par l\u2019int\u00e9gration de la CEDEAO et par une \u00e9ventuelle monnaie r\u00e9gionale, renforce son poids \u00e9conomique.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 D\u2019autres r\u00e9gions restent en marge, frein\u00e9es par l\u2019instabilit\u00e9 politique, la faiblesse des infrastructures ou l\u2019isolement g\u00e9ographique.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat : on assiste \u00e0 une souverainet\u00e9 fragment\u00e9e \u2014 des \u00ab p\u00f4les de puissance \u00bb r\u00e9gionaux apparaissent, capables de n\u00e9gocier \u00e0 l\u2019international, mais sans articulation strat\u00e9gique continentale. Les in\u00e9galit\u00e9s interr\u00e9gionales se creusent, limitant la port\u00e9e globale de l\u2019int\u00e9gration africaine.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9coupage tripartite ne constitue pas une simple projection th\u00e9orique. Il refl\u00e8te les lignes de tension d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes dans l\u2019Afrique contemporaine. Selon Mbeng Mezui, l\u2019enjeu est moins de choisir un sc\u00e9nario que de construire les conditions institutionnelles, financi\u00e8res et politiques qui rendent le sc\u00e9nario de convergence souverainiste non seulement souhaitable mais in\u00e9luctable.<\/p>\n<p>Conclusion\u00a0: pour une refondation africaine de la pens\u00e9e \u00e9conomique<\/p>\n<p>La r\u00e9flexion de C\u00e9dric Achille Mbeng Mezui refuse le fatalisme \u00e9conomique et appelle \u00e0 une mobilisation des \u00e9lites politiques et techniques. Cela renvoie \u00e0 une \u00e9thique de la puissance \u2014 au sens nietzsch\u00e9en temp\u00e9r\u00e9 \u2014 o\u00f9 la force est subordonn\u00e9e \u00e0 la justice \u00e9conomique et \u00e0 la coh\u00e9sion sociale. En int\u00e9grant la question d\u00e9mographique, l\u2019auteur sugg\u00e8re que le \u00ab dividende d\u00e9mographique \u00bb est un moteur, non un poids. Cette conception valorise l\u2019humain comme ressource strat\u00e9gique, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des visions malthusiennes.<\/p>\n<p>C\u00e9dric Achille Mbeng Mezui plaide pour une refondation africaine de la pens\u00e9e \u00e9conomique. Sa r\u00e9flexion se pr\u00e9sente donc comme une g\u00e9o-philosophie du d\u00e9veloppement africain. Elle combine strat\u00e9gie des ressources, r\u00e9forme financi\u00e8re et vision \u00e9thique de la puissance. Si sa mise en \u0153uvre exige une transformation profonde des institutions et des mentalit\u00e9s, elle offre un horizon intellectuel coh\u00e9rent pour penser une Afrique \u00e9conomiquement souveraine et strat\u00e9giquement autonome.<\/p>\n<p>L\u2019apport majeur de C\u00e9dric Achille Mbeng Mezui est double. D\u2019une part, il renouvelle en profondeur la pens\u00e9e \u00e9conomique elle-m\u00eame, en rappelant \u2014 sans avoir besoin de le formuler explicitement \u2014 que l\u2019\u00e9conomie n\u2019est pas un simple champ fonctionnel de la soci\u00e9t\u00e9, mais le noyau dur du capitalisme et l\u2019ossature sur laquelle s\u2019est \u00e9difi\u00e9e la puissance des grands \u00c9tats imp\u00e9rialistes. Les trajectoires historiques de l\u2019Angleterre, des \u00c9tats-Unis, de l\u2019Allemagne ou encore du Japon illustrent que la ma\u00eetrise de la finance, des flux commerciaux et des ressources strat\u00e9giques pr\u00e9c\u00e8de et conditionne toute h\u00e9g\u00e9monie politique ou militaire.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, il r\u00e9inscrit l\u2019\u00e9conomie africaine dans une exigence de pens\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019Afrique. Ce geste intellectuel est d\u00e9cisif : il ne s\u2019agit pas d\u2019importer m\u00e9caniquement des mod\u00e8les venus d\u2019ailleurs, mais de partir des r\u00e9alit\u00e9s, des ressources, des structures sociales et des priorit\u00e9s strat\u00e9giques du continent. En cela, Mbeng Mezui rejoint la ligne des penseurs africains qui ont affirm\u00e9 que l\u2019ind\u00e9pendance politique ne devient effective que lorsqu\u2019elle est soutenue par une architecture \u00e9conomique souveraine.<\/p>\n<p>Cette approche d\u00e9bouche sur un imp\u00e9ratif m\u00e9thodologique : concevoir des instruments financiers endog\u00e8nes, b\u00e2tir des cha\u00eenes de valeur int\u00e9gr\u00e9es, prot\u00e9ger les industries strat\u00e9giques, et organiser une gouvernance r\u00e9gionale des ressources. Autrement dit, arracher l\u2019\u00e9conomie africaine aux logiques p\u00e9riph\u00e9riques pour en faire l\u2019outil d\u2019une puissance choisie et non subie.<\/p>\n<p>Pour tout dire, C\u00e9dric Achille Mbeng Mezui invite \u00e0 repenser la souverainet\u00e9 africaine \u00e0 partir de ses fondements mat\u00e9riels : finance, ressources, infrastructures. Le r\u00e9alisme souverainiste africain qu\u2019il incarne conjugue lucidit\u00e9 sur les contraintes et ambition pour l\u2019autod\u00e9termination. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la comp\u00e9tition mondiale pour les ressources strat\u00e9giques s\u2019intensifie, cette doctrine pourrait constituer un socle th\u00e9orique et pratique pour une Afrique actrice et non spectatrice de l\u2019histoire mondiale.<\/p>\n<p>Bibliographie<\/p>\n<p>Mbeng Mezui, C. A. (2021). Sortir du collapsus \u00e9conomique : reconstruire la puissance africaine. Libreville : \u00c9ditions Raponda Walker, Libreville, Gabon.<\/p>\n<p>Mbeng Mezui, C. A. (2024). G\u00e9o\u00e9conomie : des minerais strat\u00e9giques dans le bassin du Congo. V.A. \u00c9ditions, Versailles, France.<\/p>\n<p>Mbeng Mezui, C.A. (2017). Financer l\u2019Afrique \u2013 densifier les syst\u00e8mes financiers locaux. Saint Honor\u00e9 Editions, Paris, France.<\/p>\n<p>Nkrumah, K. (1965). Neo-Colonialism: The Last Stage of Imperialism. London : Thomas Nelson &amp; Sons.<\/p>\n<p>Hountondji, P. (1994). Les savoirs endog\u00e8nes : piste pour une recherche. Dakar : CODESRIA.<\/p>\n<p>Mbembe, A. (2010). Sortir de la grande nuit. Paris : La D\u00e9couverte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Par le\u00a0Pr Bonaventure MVE ONDO Professeur \u00e9m\u00e9rite de Philosophie Recteur honoraire de l\u2019Universit\u00e9 Omar Bongo Vice-Recteur honoraire de&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":86872,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[62],"tags":[64],"class_list":{"0":"post-86871","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-afrique","8":"tag-afrique"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@africa\/116079730638163109","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86871","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=86871"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86871\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media\/86872"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=86871"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=86871"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/africa\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=86871"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}