Malgré la question du financement qui continue de se poser, et en dépit d’une saison agricole exceptionnellement pluvieuse, l’agriculture nationale n’oublie surtout pas qu’elle doit encore relever le pari de la durabilité. Et cela a été bien compris lors du dernier Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM).

Malgré la très bonne saison agricole, avec une pluviométrie exceptionnelle, le secteur agricole ne compte, et ne doit, surtout pas tourner le dos à l’innovation et à la durabilité. D’ailleurs, cela a été très bien compris, lors de la 18e édition du SIAM. Sur place, un avis été partagé par tous les acteurs : l’agriculture marocaine est désormais contrainte de se réinventer face au stress hydrique, à la hausse des coûts de production et aux exigences environnementales.

À Meknès, les stands consacrés aux solutions vertes, à l’irrigation intelligente ou encore à l’agriculture digitale ont attiré autant l’attention que les espaces dédiés aux produits du terroir ou au machinisme agricole. Les entreprises, coopératives et institutions présentes au SIAM ont largement orienté leurs démonstrations vers les économies d’eau et l’adaptation climatique.

Agritech
Parmi les solutions les plus visibles cette année figure l’irrigation intelligente. Plusieurs sociétés marocaines et étrangères ont présenté des systèmes capables d’ajuster automatiquement les besoins en eau des cultures grâce à des capteurs connectés placés dans les sols. Concrètement, ces équipements mesurent l’humidité, la température ou encore la salinité et transmettent les données en temps réel sur smartphone ou tablette. L’agriculteur peut ainsi irriguer uniquement lorsque cela est nécessaire.

Sur le stand d’une entreprise spécialisée dans l’AgriTech, une démonstration portait sur une exploitation d’agrumes située dans la région Souss-Massa. Grâce au pilotage numérique de l’irrigation, la ferme aurait réduit sa consommation d’eau de près de 30% en deux campagnes agricoles, tout en maintenant des niveaux de rendement élevés. Dans un pays où l’agriculture absorbe encore près de 80% des ressources hydriques disponibles, ce type de gain devient stratégique.

Engrais adaptés
Autre tendance forte du salon : la fertilisation raisonnée. Le groupe OCP, à travers ses plateformes de conseil agricole, a multiplié les démonstrations autour des analyses de sols et des engrais adaptés aux besoins précis des cultures. L’objectif est double : améliorer les rendements tout en limitant les excès d’intrants chimiques, souvent coûteux et polluants.

Pa ailleurs, le programme «Al Moutmir» a particulièrement retenu l’attention des visiteurs. Sur plusieurs parcelles expérimentales présentées au salon, des agriculteurs accompagnés par le programme ont pu comparer les performances entre une fertilisation classique et une fertilisation basée sur les analyses scientifiques des sols. Dans certaines exploitations céréalières, les gains de productivité annoncés dépasseraient 20%, avec une baisse sensible du gaspillage d’engrais.

Électricité propre
Les solutions énergétiques étaient également omniprésentes. Les pompes solaires pour l’irrigation continuent de séduire les agriculteurs confrontés à l’augmentation des prix de l’électricité et du carburant. Plusieurs fabricants ont exposé des installations photovoltaïques capables d’alimenter des systèmes d’irrigation de taille moyenne sans raccordement au réseau électrique.

Dans la région de l’Oriental, un exemple concret présenté lors d’une conférence concernait une exploitation maraîchère ayant remplacé ses pompes diesel par une station solaire hybride. Selon les données partagées, la facture énergétique aurait chuté de près de moitié après deux ans d’exploitation, malgré l’investissement initial élevé.

Élevage durable
Le SIAM 2026 a aussi accordé une place importante à la question de l’élevage durable. Les professionnels de la filière animale font face à la flambée des coûts des aliments de bétail et à la raréfaction des pâturages naturels sous l’effet de la sécheresse. Plusieurs entreprises ont ainsi présenté des solutions de valorisation des fourrages et des alternatives nutritionnelles destinées à réduire la dépendance aux importations. Des coopératives venues des régions semi-arides ont notamment exposé des techniques de culture hydroponique de fourrage vert.

Cette méthode permet de produire de l’alimentation animale avec très peu d’eau et sur des surfaces réduites. Certaines unités pilotes affirment économiser jusqu’à 80% d’eau par rapport aux cultures fourragères conventionnelles.

L’agriculture digitale a également franchi un nouveau cap. Drones agricoles, cartographie satellite, intelligence artificielle et applications mobiles ne sont plus de simples curiosités technologiques. Plusieurs startups marocaines ont présenté des outils permettant de détecter précocement les maladies des plantes, d’optimiser les traitements phytosanitaires ou encore de surveiller les rendements à distance.

Transition vers le green : l’équation du financement…

Au-delà des innovations technologiques, le SIAM 2026 a surtout montré que la transition environnementale du secteur agricole marocain est devenue une nécessité économique. Les agriculteurs ne cherchent plus uniquement à produire davantage, mais à produire autrement : avec moins d’eau, moins d’énergie et moins d’intrants. Reste toutefois une question centrale : celle du financement. Car si les solutions vertes se multiplient, leur coût demeure parfois inaccessible pour les petites exploitations. Plusieurs professionnels présents à Meknès plaident désormais pour un renforcement des subventions, des mécanismes de crédit vert et de l’accompagnement technique afin d’éviter une agriculture à deux vitesses.

Abdellah Benahmed / Les Inspirations ÉCO