Les réserves du musée d’art de Cleveland, aux États-Unis, contiennent bien des trésors, dont un minuscule bijou que l’institution a acquis en 1987 : un pendentif représentant une tête de lion sculptée dans une améthyste, sur un socle en or orné de babouins. Les chercheurs viennent de découvrir que cet objet raffiné a une histoire beaucoup plus complexe que prévu, rapporte le site Live Science, lundi 11 mai. Une partie a été façonnée à partir d’un pion de jeu égyptien, il y a près de 3500 ans.
Puis, des siècles plus tard, il y a environ 2 700 ans, un artisan soudanais a serti cette pierre précieuse dans un nouveau support métallique agrémenté de huit babouins assis, pour en faire une protection.
Un mélange d’époques et de cultures
La pièce centrale du pendentif est une tête de lion sculptée dans une améthyste violette. Selon les spécialistes, cette pierre daterait du Nouvel Empire égyptien, entre 1550 et 1070 avant notre ère. À l’époque, elle aurait été utilisée pour le célèbre jeu de société Senet, très populaire dans l’Égypte antique. Les joueurs déplaçaient leurs pions sur un plateau composé de trente cases. Plusieurs figurines de lions semblables ont d’ailleurs déjà été retrouvées dans des tombes et des palais égyptiens.
Durant la période de Napata (environ 750 à 300 avant Jésus-Christ), du nom de la ville qui servait de centre religieux à la Nubie, cette pièce a « probablement » été récupérée par un artisan, qui y a ajouté une monture en or pour en faire un pendentif sacré, destiné à être porté autour du cou.
Les scientifiques à l’origine de la découverte rappellent que ce type de réutilisation était fréquent chez les Nubiens, installés dans l’actuel nord du Soudan et le sud de l’Égypte. Ces royaumes admiraient profondément la civilisation pharaonique et cherchaient à afficher cet héritage dans leurs propres créations. Les souverains nubiens se considéraient même comme les héritiers du pharaon Ramsès II. Ils récupéraient donc d’anciennes pierres précieuses égyptiennes pour les intégrer dans de nouveaux bijoux ou objets religieux, et faire le pont entre ces deux mondes.
Un lion et des babouins qui n’ont pas été choisis par hasard
Dans la religion koushite, le lion était associé au dieu des dieux, Amon, le protecteur du royaume. Avec le temps, cette divinité a fusionné avec Rê, le dieu soleil, pour devenir Amon-Rê, plus importante figure de la mythologie égyptienne. Les babouins, eux, étaient associés au soleil et à la lune et souvent représentés les bras levés en signe d’adoration. Sur ce pendentif, les huit petits singes semblent soulever la tête du félin, la représentation d’Amon, comme s’ils portaient la puissance divine elle-même.
C’est pour cette raison que les spécialistes estiment que l’objet possédait probablement une fonction spirituelle ou religieuse. Contrairement à de nombreux bijoux antiques retrouvés dans des tombes, ce pendentif n’était pas destiné aux morts. Les chercheurs pensent qu’il était porté au quotidien par une personne vivante, comme une amulette.