Dès son entrée à l’Elysée, Emmanuel Macron a fait des diasporas africaines et du secteur privé les maillons clés de sa stratégie africaine. Alors que le président français vient de rassembler – pour la dernière fois avant sa fin de mandat – les pays du continent partenaires de la France au sommet Africa Forward à Nairobi, retour sur près de dix ans de « refondation » des relations entre l’Hexagone et le continent le plus jeune au monde.

Août 2017. Trois mois après son arrivée à l’Elysée, Emmanuel Macron annonce, devant les ambassadeurs, la création du Conseil présidentiel pour l’Afrique. Onze femmes et hommes majoritairement issus des diasporas africaines en France et du secteur privé, bénévolement, vont chuchoter à l’oreille du président. Équipé d’un bureau au siège de l’Agence française de développement (AFD) pour leur rencontre hebdomadaire, le conseil est rattaché au Palais et éclaire directement le chef de l’Etat sur les enjeux de la relation entre la France et les pays africains. Une promesse de campagne – celle de faire de la diaspora un pilier stratégique de sa de sa nouvelle politique – dont la tenue crée tout de même la surprise, tellement elle incarne l’innovation et tranche avec la philosophie de ses prédécesseurs.  « Là, on voit bien la méthode Macron », commentait alors sur France 24 Pierre Jacquemot, chercheur associé à l’IRIS, soulignant que le choix des diasporas était « important » pour le président. Et d’ajouter : « on peut saluer cette initiative qui va dans le bon sens ».

« La diaspora est un accélérateur pour la France » 

Un « sens » que le président français a voulu tenir jusqu’au bout, puisque la diaspora était également au cœur du sommet Africa Forward, le dernier d’Emmanuel Macron qui a rassemblé 35 chefs d’Etats et des milliers de décideurs économiques et acteurs de la société civile français et africains à Nairobi ces 11 et 12 mai. La diaspora « est une immense chance pour le pays [la France], un accélérateur », a défendu Emmanuel Macron aux côtés de son homologue kényan William Ruto, le premier dirigeant africain anglophone à être l’hôte d’une grand-messe réunissant l’Hexagone et le continent le plus jeune au monde.

Dès le départ, la volonté de rompre avec les vieilles habitudes de coopération avec l’Afrique est affichée, car en 2017 déjà, l’influence française en zone francophone tend à prendre un coup, au profit des autres puissances, notamment la Chine, puis de la Russie. Emmanuel Macron l’exprimera clairement en officialisant son nouveau conseil : « C’est en Afrique que se joue largement l’avenir du monde. […] Nous devons continuer à apprendre [des pays africains], comme ils peuvent apprendre de nous. […] Ce Conseil transformera la gouvernance de la politique africaine [de la France] en réunissant auprès de moi un groupe de personnalités engagées ».