Emmanuel Macron a indiqué, le 12 mai, la décision prise pour le compte de son pays d’investir dans le capital de l’assureur multilatéral panafricain ATIDI. Cela ouvre l’opportunité d’un nouvel instrument de garantie de première perte, destiné à comprimer un coupon moyen de 7,17 % par an pour les 74 milliards de dollars d’emprunts des souverains et des entreprises d’Afrique sur les marchés internationaux, entre janvier 2024 et début mai 2026.

Le président français Emmanuel Macron a annoncé l’engagement de la France à prendre une participation au capital de African Trade & Investment Development Insurance, l’assureur multilatéral panafricain basé à Nairobi et noté A2 par Moody’s, dans une décision destinée à abaisser le coût auquel les États et entreprises africains se financent sur les marchés internationaux.

L’annonce, faite le 12 mai à la clôture du Business Forum « Inspire & Connect » du sommet Africa Forward à Nairobi, n’a été assortie d’aucun chiffre concernant le montant de la souscription française, ni l’objectif d’augmentation de capital d’ATIDI, ni la réduction du service de la dette visée pour les pays bénéficiaires, selon le discours de clôture prononcé à Nairobi. Emmanuel Macron a présenté l’initiative comme co-construite, indiquant que le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Dr Sidi Ould Tah la lui avait soumise « il y a quelques semaines », selon la transcription des remarques de clôture.

« Environ quinze États africains dont la notation souveraine a été dégradée sont aujourd’hui exclus des instruments classiques de garantie offerts par les banques multilatérales de développement, y compris la MIGA du Groupe de la Banque mondiale », a déclaré le Président de la République française à Nairobi. La France n’était jusqu’alors pas actionnaire de l’institution, qui compte 24 États africains membres et 13 actionnaires institutionnels non africains. Berlin a pris une participation de 32 millions de dollars dans ATIDI le 29 avril via KfW, devenant le treizième actionnaire institutionnel selon un communiqué de la banque allemande.

Solution additionelle 

Les pays et entreprises d’Afrique, hors Banque africaine de développement, ont levé 74,3 milliards de dollars sur les marchés obligataires internationaux entre janvier 2024 et début mai 2026, à un coupon moyen pondéré de 7,17% sur 110 émissions en dollars, en euros et en livres sterling, selon une compilation des données obligataires de la période. Sur la durée de vie de ces titres, les émetteurs paieront 51,1 milliards de dollars d’intérêts cumulés — soit 72 % du capital emprunté. Sur les mêmes maturités, les émetteurs souverains et corporates des autres régions ont placé leurs obligations entre 1,5% et 4,5% ; les données le montrent.

L’écart se creuse encore par catégorie d’émetteur. Les 41 émissions souveraines africaines totalisent 48,3 milliards de dollars empruntés contre 37,8 milliards d’intérêts à servir, soit 78% du capital. L’Angola s’est financé à un coupon moyen de 9,9%, le Cameroun à 9,1%, le Kenya à 8,5%, le Gabon à 9,5%, et la République du Congo à 9,8%, ont indiqué les données de la période. À côté, les émissions de la Banque africaine de développement, notée AAA, ont été placées à un coupon moyen de 3,9%, illustrant l’écart de prix payé par les émetteurs notés en catégorie spéculative.

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Un contexte de recul de l’aide publique au développement

L’engagement français intervient dans un contexte européen où l’aide publique au développement recule. Le budget français d’APD a été ramené à 3,57 milliards d’euros en crédits de paiement pour 2026, soit une contraction de 36% en deux exercices, selon les documents budgétaires analysés par l’Agence Ecofin. L’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suède ont également révisé à la baisse leurs enveloppes d’aide au développement pour les exercices 2025 et 2026, selon les données de l’OCDE et les annonces budgétaires nationales. Une contribution en capital à ATIDI, permet de compenser ce recul pour la France, dans la mesure où chaque euro engagé, peut avoir un effet de levier multiplicateur.

En effet, le mécanisme de garantie de première perte consiste à faire absorber par un fonds public les dix à vingt premiers points de pourcentage de pertes éventuelles sur un portefeuille de prêts, protégeant ainsi les investisseurs privés sur les tranches senior. Le modèle a été testé sur la facilité de la République du Bénin de janvier 2025 : un prêt de 507,5 millions d’euros sur quinze ans arrangé par Deutsche Bank, avec une garantie de première perte de 200 millions d’euros fournie par l’International Development Association et une couverture en seconde perte allant jusqu’à 614 millions d’euros par ATIDI, selon un communiqué de l’assureur. La structure a réduit le coût d’emprunt du Bénin d’environ 200 points de base. Cependant, pour des souverains qui placent aujourd’hui à 9% ou 10%, ramener le coupon de deux points de pourcentage laisse un service de la dette élevé.

La mise en œuvre : une étape critique à surveiller

ATIDI affiche les notations A2/stable de Moody’s et A/stable de S&P, et a soutenu 93 milliards de dollars d’opérations de commerce et d’investissement depuis 2001, selon un communiqué publié à l’occasion de l’entrée en vigueur de l’Allemagne. Pour assurer une garantie de première perte sur des projets d’infrastructure de quinze à vingt ans dans des économies notées B en catégorie spéculative, l’institution devra élargir son modèle de souscription, historiquement structuré autour du trade finance et de la couverture souveraine.

L’initiative prolonge un cadre africain antérieur. La Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement, adoptée à Abidjan le 9 avril sous l’égide de la Banque africaine de développement et endossée par l’Union africaine lors de sa 39ᵉ session de février, vise à mobiliser une part de l’épargne domestique africaine, estimée à 4000 milliards de dollars, pour combler un déficit de financement annuel de 400 milliards, selon le Consensus d’Abidjan publié par la BAD. Le first-loss via ATIDI en constitue un instrument opérationnel.

Ce que la France défendra au sommet du G7 d’Évian en juin, où le président kényan William Ruto devrait être présent, déterminera si l’engagement de Nairobi se mue en coalition multilatérale ou demeure un projet franco-allemand. Trois signaux sont à surveiller dans les douze prochains mois : le montant en dollars de la souscription française dans ATIDI, la cible de recapitalisation de l’assureur arrêtée à Évian et la première opération de garantie supérieure à 500 millions de dollars sur un souverain noté B — le test qui dira si le mécanisme délivre effectivement la compression de spread promise.