Au cours de l’histoire de la Terre, les continents se sont à plusieurs reprises rassemblés en une masse unique avant de se fragmenter, puis de se rassembler à nouveau. Ce cycle titanesque est gouverné par la tectonique des plaques.

Le dernier supercontinent en date s’appelait la Pangée. Formée il y a environ 300 millions d’années, cette gigantesque masse continentale entourée par un océan unique, le Panthalassa, a commencé à se disloquer il y a environ 200 millions d’années pour former deux grands blocs : la Laurasia au nord (actuelles Amérique du Nord, Europe et Asie), et le Gondwana au sud (actuelles Afrique, Amérique du Sud, Antarctique, Australie et Inde).

La fragmentation de ces blocs s’est ensuite poursuivie pour atteindre l’état géographique actuel, dans lequel les masses continentales sont extrêmement dispersées.

Diamant dans sa gangue de kimberlite. © Björn Wylezich, Adobe Stock

La formation des diamants est liée à la fragmentation des supercontinents

Les diamants se forment dans les entrailles de la Terre, à très grande profondeur et haute température. Ils remontent à la surface par le biais d’éruptions volcaniques. On les retrouve ainsi prisonniers de roches magmatiques appelées kimberlites. Cependant, l’origine de ces magmas très particuliers est encore mal comprise. Une nouvelle étude montre que l’initiation de ce magmatisme serait associée aux grands cycles tectoniques et plus particulièrement à la fragmentation des supercontinents…. Lire la suite

 

On pourrait penser que nous sommes d’ailleurs dans une configuration de dispersion maximale, mais ce n’est pas tout à fait vrai. En réalité, le processus de fragmentation continue à l’heure actuelle et pourrait être plus important qu’on ne le pensait.


Architecture du super-continent Pangée. © Adrignola, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Le continent africain en train d’être découpé en plusieurs morceaux ?

En Afrique, le système de rift est-africain montre que la fragmentation de ce continent est toujours en cours. Un long fossé d’effondrement, un rift, court en effet entre la mer Rouge au nord et le Mozambique au sud. La croûte continentale y est étirée, fracturée et amincie.

Dans plusieurs millions d’années, elle devrait finir par se rompre pour donner naissance à un nouvel océan qui séparera la plaque africaine de la plaque somalienne.

L'un des sites archéologiques les plus importants de l'histoire humaine se situe en plein milieu d'un rift tectonique, et ce n'est peut-être pas un hasard. © Vangly, Adobe Stock (image générée avec IA)

Le futur océan en Afrique est plus avancé qu’on ne le pensait, et le récit de nos ancêtres pourrait changer avec lui !

Pourquoi trouve-t-on autant de fossiles humains autour du lac Turkana ? Et si la réponse ne tenait pas seulement à l’évolution… mais aussi à la géologie ? Une nouvelle étude propose de revoir notre vision de ce haut lieu de la Préhistoire…. Lire la suite

 

Cette nouvelle limite de plaque en formation est intensément étudiée, puisqu’elle permet de comprendre les mécanismes qui gouvernent la fragmentation continentale. Ce ne serait peut-être toutefois pas la seule limite de plaque en train de se former en Afrique.


Carte présentant la localisation du rift est-africain (entre les pointillés). © Sémhur, Wikimedia Commons

Des chercheurs ont en effet découvert qu’un autre rift serait en train de se développer vers l’ouest et pourrait, dans un lointain avenir, mener à la séparation de la pointe sud de l’Afrique. Cette hypothèse repose sur la détection d’isotopes d’hélium au niveau de sources chaudes dans le rift de Kafue. Ce fossé d’effondrement qu’occupe actuellement la rivière Kafue est situé au centre-sud de la Zambie, un pays enclavé d’Afrique australe. Son origine, clairement tectonique, serait toutefois bien plus ancienne que le rift est-africain. L’épisode extensif initial pourrait ainsi dater de 300 à 200 millions d’années, soit au moment des premiers stades de la fragmentation du Gondwana.

Jusqu’à présent, le rift de Kafue était donc considéré comme essentiellement fossile, n’évoluant plus de manière active. Une idée remise en question par les indices géochimiques récemment découverts dans cette région.

Des failles qui découpent la croûte sur toute son épaisseur

L’analyse des gaz provenant de sources chaudes zambiennes a en effet révélé un enrichissement anormal en hélium d’origine mantellique. Cela suggère que des failles traverseraient la croûte dans son intégralité, permettant la remontée de fluides profonds.

Il s’agit d’une observation d’importance. En dehors d’un contexte tectonique extensif, la croûte continentale possède en effet des niveaux profonds ductiles, sur lesquels les failles viennent s’enraciner. Ces niveaux se déforment de manière non cassante, ce qui empêche les failles d’atteindre le manteau lithosphérique sous-jacent.

Dans le cas d’un rift, la situation est différente. L’extension va en effet progressivement amincir les niveaux ductiles profonds, jusqu’à ce qu’ils disparaissent. Dans ce cas, les failles qui affectent la partie supérieure cassante de la croûte vont pouvoir atteindre le manteau. Ce couplage mécanique croûte-manteau représente une étape clé dans le processus de rifting.

Plissement dans des roches carbonatées dans un bassin d’avant-pays au Tadjikistan qui atteste d’une déformation ductile. © Somaz Mohadjer (imaggeo.egu.eu)

Résistance de la lithosphère : les lois de la rhéologie

La partie externe de la Terre est considérée comme rigide. Elle est composée des plaques lithosphériques dont l’épaisseur varie de quelques kilomètres pour les parties océaniques, à 300 kilomètres pour les parties continentales les plus anciennes. Ces plaques se déplacent et sont soumises à d’intenses déformations tectoniques. Mais pour comprendre la manière dont les plaques se déforment, il faut d’abord connaître leur rhéologie…. Lire la suite

 

Les résultats publiés dans la revue Frontiers in Earth Science révèlent donc que l’ancien rift de Kafue pourrait être actuellement réactivé sous l’effet des contraintes tectoniques régionales. Ce pourrait même être toute la zone de rift sud-ouest africain, qui court jusqu’à la côte Atlantique, qui pourrait lentement reprendre du service.


Les émissions d’helium mantellique dans le rift de Kafue pourraient indiquer une réactivation de l’ancien système de rift sud-ouest africain. © Karolyte et al. 2026, Frontiers in Earth Science

Un ancien rift réactivé

Une telle réactivation de structures tectoniques anciennes est très fréquente, la déformation se localisant préférentiellement au niveau de structures de faiblesses préexistantes.

« Les données sont cohérentes avec les premières étapes d’un épisode de rifting actif et supportées par de précédentes observations géophysiques », expliquent les chercheurs. S’il est possible que ce rift évolue vers une nouvelle limite de plaque et la mise en place d’un nouvel océan dans un futur lointain, rien ne peut toutefois l’affirmer. Il est en effet fréquent que les rifts stoppent leur évolution en cours de route.

Au-delà de son intérêt fondamental pour la compréhension du rifting continental, cette découverte pourrait aussi avoir des applications plus concrètes, notamment en permettant de mieux identifier les zones favorables à une exploitation géothermique ou d’hydrogène.