C’est un véritable paradoxe. Dans ce pays semi-aride à aride qu’est le Maroc, et qui a frôlé la vraie catastrophe en 2023, une grande partie de la population n’a pas pris la mesure de l’importance capitale de la ressource en eau. « Alors que nous n’avions plus que deux à trois mois de ressources devant nous et que nous étions véritablement inquiets ici, au niveau du barrage Sidi Mohamed Ben Abdallah (SMBA), je me suis rendu compte que même les membres de ma famille n’étaient pas conscients de la valeur d’une goutte d’eau au robinet », explique Abderrahim El Gazzar, chef de la division gestion durable des ressources en eau de l’Agence du bassin hydraulique de Bouregreg et de la Chaouia.
De fait, le sujet de la sensibilisation constitue l’un des axes majeurs du Programme national d’approvisionnement d’eau potable et d’irrigation (PNAEPI) 2020-2027 et le Roi Mohammed VI lui-même, dans un discours prononcé à l’été 2024, à l’occasion de la Fête du Trône, a appelé les Marocains à « adopter des comportements responsables en faveur de la rationalisation de l’utilisation de cette matière vitale ».
Tous les canaux utilisés pour promouvoir les bonnes pratiques
« Le Ministère de l’Equipement et de l’Eau a lancé de grandes campagnes audiovisuelles de sensibilisation, notamment en 2022 et 2024, avec pour objectif de renforcer la conscience collective des citoyens quant à la situation hydrique et de les inciter à rationaliser leur consommation d’eau et à adopter des comportements responsables vis-à-vis de cette ressource vitale », explique le directeur général de l’hydraulique, Salahddine Dahbi. Spots télé et radio, réseaux sociaux, influenceurs, « classes de l’eau » pour les élèves du primaire, plateforme informative (maadialna.ma) et même prêches du vendredi : tous les canaux ont été utilisés pour promouvoir les bonnes pratiques.
Jouer sur le prix de l’eau ? Ce n’est pas envisagé à ce stade. « Nous avons un système de tranches, avec une tarification sociale qui varie selon la consommation. » Le premier niveau est très symbolique », explique Salahddine Dahbi, qui rappelle que, dans sa version récente de 2011, la Constitution du Maroc prévoit « la mobilisation de tous les moyens à disposition pour faciliter l’égal accès (…) à l’eau et à un environnement sain ».
En revanche, au cœur de la crise, des mesures coercitives ont été prises : interdiction d’arrosage, bien sûr, ainsi que de nettoyer les voitures, de remplir les piscines, fermeture des hammams certains jours, etc. Autant d’actions qui, en réalité, ne pourront avoir qu’un effet limité. Les particuliers ne représentant qu’environ 13 % de la consommation totale du pays, réduire leur consommation n’aura jamais qu’un effet très marginal. « C’est essentiel, en revanche, pour la prise de conscience et la responsabilité individuelle », affirme Salahddine Dahbi.
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