La société mixte Joint-Oil, détenue par la compagnie nationale tunisienne ETAP (Entreprise Tunisienne d’Activités Pétrolières) et le groupe libyen Ola Energy Holdings, vient de franchir une nouvelle étape dans la valorisation de ses actifs offshore. Elle a officiellement mandaté le cabinet de conseil américain Moyes & Co pour superviser un appel d’offres international portant sur deux opportunités distinctes, le développement du champ de Zarat et l’exploration du bloc pétrolier commun tuniso-libyen.
Deux actifs, deux contrats
Le premier actif est la découverte de Zarat, un gisement de pétrole et de gaz localisé à environ 90 mètres de profondeur, à proximité des ports de Sfax et de Zarzis. Identifié initialement en 1992 par l’américain Marathon, le champ a confirmé une colonne d’hydrocarbures de 75 mètres via deux puits de forage, étendue ensuite au bloc commun par un troisième puits en 2011. Son développement sera structuré autour d’un accord d’unification et d’un contrat d’exploitation unitaire, dans le cadre d’un DPSA (accord de développement et de partage de production). Le plan prévoit deux phases successives de trois puits chacune, accompagnées d’une étude de faisabilité pour le captage du CO₂.
Le second actif est le bloc d’exploration commun, qui couvre environ 3 000 kilomètres carrés à des profondeurs variant entre 80 et 120 mètres. La zone dispose d’une couverture sismique conséquente, avec 6 500 kilomètres de données 2D et 1 900 kilomètres carrés de données 3D. Son développement sera encadré par un EPSA (accord de partage d’exploration et de production). Plusieurs puits y ont déjà été forés, dont Zohra-1, El Amal South 1 et Zarat North 1.
Un positionnement géologique favorable
Les deux actifs se situent dans le prolongement du bassin de Sabratha-Gabès, en Méditerranée centrale. La zone est entourée de champs en production des deux côtés de la frontière maritime, notamment Al-Jorf, Bahr Essalam et Al-Bouri côté libyen, Hasdrubal, Ashtart, Miskar et Didon côté tunisien. Cette proximité avec des infrastructures existantes et des voies d’exportation opérationnelles constitue, selon Joint Oil, un avantage compétitif réel pour les futurs développeurs.
Un calendrier précis, mais une histoire chargée
L’appel d’offres sera officiellement ouvert le 1er août 2026 et se clôturera le 30 novembre. Les candidats retenus seront notifiés d’ici le 31 janvier 2027, et l’attribution définitive des contrats est prévue pour le 31 mars 2027. Moyes & Co gèrera une salle de données virtuelle accessible aux entreprises disposant d’une expérience dans le développement offshore.
Il serait cependant naïf d’ignorer le contexte. Ce n’est pas la première tentative. Joint Oil cherche des partenaires depuis 2016. Un appel d’offres similaire avait été lancé fin 2023, sans succès. PA Resources, qui détenait la concession tunisienne de Zarat, s’était retirée dès 2015, laissant le projet sans opérateur pendant des années. La forte teneur en CO₂ du gisement reste un obstacle technique et économique sérieux, nécessitant des systèmes de traitement coûteux.
L’urgence n’en est pas moins réelle. La production pétrolière tunisienne a chuté de 13% en 2024, à environ 28 800 barils par jour. Dans ce contexte, Zarat représente moins une opportunité optionnelle qu’une nécessité stratégique. La question n’est plus de savoir si le gisement sera développé, mais si cet appel d’offres sera le bon.
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