Le président sud-africain Cyril Ramaphosa est de nouveau confronté à une grave crise politique. Accusé d’avoir enfreint la loi dans le cadre du scandale dit de « Phala Phala », il fait face à une relance de la procédure de destitution après une décision majeure de la Cour constitutionnelle sud-africaine rendue le 8 mai.

Malgré la pression croissante, Cyril Ramaphosa refuse catégoriquement de démissionner. « Je tiens à préciser respectueusement que je ne démissionnerai pas », a-t-il déclaré le 11 mai lors d’une allocution télévisée.

L’affaire Phala Phala remonte à 2022 et concerne le vol présumé d’une importante somme d’argent liquide dans la ferme privée du président, située dans la province du Limpopo. L’ancien chef du renseignement Arthur Fraser avait alors affirmé qu’environ 4 millions de dollars avaient été dérobés et accusé les services de sécurité d’avoir mené une enquête illégale, y compris des arrestations controversées en Namibie.

Du nom de sa ferme, où le président élève des bovins rares dans le nord-est du pays, l’affaire a éclaté après la révélation du vol de plusieurs centaines de milliers de dollars en liquide cachés dans un canapé, un cambriolage qu’il est soupçonné d’avoir tenté de dissimuler.

Ramaphosa a reconnu qu’environ 580 000 dollars en espèces, provenant de la vente de buffles à un homme d’affaires soudanais étaient conservés dans sa propriété.

Afrique du Sud Johannesburg 2026 | Discours à la nation de Cyril Ramaphosa après le scandale "Farmgate".La justice a relancé la semaine dernière une procédure de destitution à l’encontre de Cyril Ramaphosa.Image : Siphiwe Sibeko/REUTERS

Une nouvelle procédure de destitution

Après le jugement de la Cour constitutionnelle, le Parlement sud-africain a annoncé la mise en place d’un nouveau comité chargé d’examiner une éventuelle destitution en vertu de l’article 89 de la Constitution sud-africaine, qui définit la procédure de révocation d’un président.

En 2022, une première tentative avait échoué grâce à la majorité absolue détenue alors par l’ANC, le parti au pouvoir. Les députés du parti avaient rejeté le lancement de la procédure malgré les appels de l’opposition.

Aujourd’hui, le contexte politique a profondément changé.

Lors des élections générales de 2024, l’ANC a perdu sa majorité parlementaire historique et a dû former un gouvernement d’unité nationale avec plusieurs partis, dont l’opposition de la Democratic Alliance.

Selon plusieurs analystes, cette nouvelle configuration rend l’issue beaucoup plus incertaine.

Ramaphosa peut-il encore être sauvé ?

Pour qu’un président soit destitué en Afrique du Sud, une majorité des deux tiers au Parlement est nécessaire. Ce seuil élevé pourrait encore jouer en faveur de Cyril Ramaphosa.

Mais les divisions internes de l’ANC compliquent la situation. Depuis son arrivée au pouvoir après la chute de Jacob Zuma en 2018, Ramaphosa n’a jamais totalement consolidé son autorité au sein du parti.

Le politologue Thelele Ngcetane-Vika, de l’université du Witwatersrand, estime qu’il est difficile de prédire comment voteront les députés dans un Parlement désormais très fragmenté.

La Democratic Alliance semble pour l’instant adopter une position prudente. Dans un communiqué publié le 12 mai, le parti a estimé qu’il s’agissait avant tout d' »une crise créée par l’ANC », tout en demandant que Ramaphosa accélère sa demande de révision judiciaire.

Afrique du Sud Johannesburg 2026 | Julius Malema après le verdict dans le scandale "Farmgate" impliquant Cyril RamaphosaL’opposant Julius Malema, réagit en quittant la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud, après que celle-ci a statué sur la question de savoir si le Parlement avait manqué à son devoir de demander des comptes au président Cyril Ramaphosa dans le cadre du scandale « Farmgate »Image : Siphiwe Sibeko/REUTERS

Une opinion publique de plus en plus hostile

Dans les rues de Johannesburg, de nombreux citoyens considèrent déjà Ramaphosa coupable sur le plan moral et politique.

« Cet homme est un mafieux », a déclaré un habitant interrogé par DW. « L’ANC a utilisé sa majorité pour protéger un homme corrompu. »

D’autres estiment que le président aurait dû quitter ses fonctions afin de permettre au parti de se reconstruire.

Même si aucune culpabilité pénale n’a encore été établie, l’affaire a considérablement affaibli l’image de Cyril Ramaphosa, longtemps présenté comme le visage réformateur de l’ANC après les années Zuma.

Une bataille politique et judiciaire

Le président Cyril Ramaphosa a annoncé vouloir demander une révision judiciaire du rapport parlementaire de 2022 qui concluait à l’existence de preuves prima facie de violations potentielles de la Constitution.

Mais ses adversaires l’accusent de chercher à gagner du temps. Le parti chrétien ATM, à l’origine du recours devant la Cour constitutionnelle, affirme que le président tente depuis des années d’éviter toute véritable enquête parlementaire.

La décision finale dépendra désormais autant des tribunaux que des calculs politiques au sein du Parlement et de l’ANC.

Une chose semble toutefois certaine : contrairement à 2022, Cyril Ramaphosa ne contrôle plus totalement le terrain politique sud-africain.