Politique
Au procès en appel du financement libyen, le parquet a requis sept ans de prison et 300.000 euros d’amende contre l’ancien chef de l’État, désormais présenté comme « l’instigateur » d’un pacte de corruption avec le régime de Kadhafi.
Publié le 13 mai 2026 à 17h08

Nicolas Sarkozy devant la cour d’appel de Paris pour l’affaire du financement libyen. Photo © Cyril Pecquenard/SIPA
Au terme de trois jours d’audience particulièrement offensifs devant la cour d’appel de Paris, le parquet général a requis ce mercredi sept ans de prison et 300.000 euros d’amende contre l’ancien président de la République dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007. Une peine identique à celle déjà demandée en première instance, mais avec une accusation plus lourde, celle d’avoir été « l’instigateur » du pacte de corruption présumé conclu avec le régime de Mouammar Kadhafi.
L’ancien chef de l’État, avait déjà été condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs. Le tribunal correctionnel avait alors estimé qu’il avait laissé ses collaborateurs démarcher la Libye afin de financer sa campagne présidentielle de 2007, ce qui lui avait valu un passage de vingt jours derrière les barreaux à la prison de la Santé.
Nicolas Sarkozy est celui sans qui toutes ces rencontres, tous ces transferts de fonds n’auraient aucun intérêt
Devant la cour, l’avocat général Damien Brunet a directement désigné Nicolas Sarkozy comme la clé de voûte du système présumé. « Nicolas Sarkozy est celui sans qui toutes ces rencontres, tous ces transferts de fonds n’auraient aucun intérêt », a-t-il lancé aux magistrats dans un réquisitoire particulièrement virulent. Une thèse que l’ancien président continue de dénoncer comme un « complot » construit sur des faux (notamment un document de Mediapart) et des témoignages qu’ils jugent incohérents.
Au cœur du dossier, se mêlent les relations entretenues avec plusieurs dignitaires libyens de l’époque, dont l’ancien chef du renseignement Abdallah Senoussi ou encore l’ex-ministre Moussa Koussa. Les magistrats s’appuient notamment sur la fameuse « note Koussa », document controversé évoquant un prétendu accord financier entre Tripoli et la campagne Sarkozy, ainsi que des mouvements financiers suspects de plusieurs intermédiaires gravitant autour de Claude Guéant et Brice Hortefeux.
Une affaire qui s’ajoute à une longue série de déboires judiciaires pour l’ancien locataire de l’Élysée. Déjà condamné définitivement dans « l’affaire Bismuth », Nicolas Sarkozy porte un bracelet électronique depuis le 7 février 2025.
Le procès doit encore se poursuivre avant que la cour ne mette sa décision en délibéré et devrait rendre son arrêt le 30 novembre. Mais, à n’en pas douter, ce nouveau réquisitoire marque un véritable tournant. En effet, pour le parquet, Nicolas Sarkozy ne serait plus que le simple bénéficiaire passif du système, mais son organisateur pivot.
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