Seize ans plus tard, Netflix revient sur l’affaire Knysna, un épisode sombre du football français. Du sélectionneur Domenech qui confie ses « montées de haine » à son journal intime, au capitaine Evra, « fou de rage » après l’exclusion d’Anelka, les protagonistes du fiasco des Bleus à la Coupe du monde 2010 livrent leur vérité dans un documentaire diffusé mercredi 13 mai, des versions toujours irréconciliables.

À travers les témoignages de Raymond Domenech et de trois joueurs, le capitaine Patrice Evra, William Gallas et Bacary Sagna, le film « Le Bus : Les Bleus en grève », fait revivre l’atmosphère irrespirable qui régnait au sein du groupe en Afrique du Sud. Une crise qui a connu son paroxysme quand les joueurs ont décidé de boycotter leur entraînement à Knysna, devant les caméras du monde entier.

« Ce qui m’a frappé, 16 ans après, c’est de voir que plusieurs protagonistes étaient encore marqués au fer par cet événement », souligne auprès de l’AFP l’un des producteurs, Stephen Kamga, qui évoque une « blessure pas du tout refermée », à un mois de la prochaine Coupe du monde, dont la sélection française sera dévoilée jeudi par Didier Deschamps.

Domenech allume ses anciens joueurs

Raymond Domenech a donné accès au journal qu’il tenait à l’époque et qui a inspiré un premier livre il y a des années, « Tout seul ». Un document personnel « où il balançait toutes ses émotions, toutes ses frustrations », décrit un autre producteur, Yoan Zerbit. Avec des propos peu amènes pour certains joueurs. Il décrit Thierry Henry comme « un lion banal qui se regarde le nombril », Yoann Gourcuff comme un « autiste léger d’abord, et con ensuite » et Nicolas Anelka comme « un vrai connard ». William Gallas ? « Il fait toujours la gueule, je ne supporterai pas longtemps ». Domenech confie son désarroi. « Envie de disparaître loin de tout », « j’ai parfois des montées de haine envers ces abrutis », écrit-il au moment de la défaite contre le Mexique (0-2).

Les joueurs et le coach reviennent en détail sur l’altercation verbale qui oppose Domenech à Anelka à la mi-temps de ce match, et dont la révélation à la Une de L’Équipe va mettre le feu aux poudres et entraîner l’exclusion de l’attaquant.

Anelka a-t-il traité Domenech de « fils de pute », comme l’a écrit le journal ? « Il ne me l’a jamais dit », réitère Domenech, « formel ». Pourquoi ne pas avoir démenti ? « Parce que je m’en fous », lâche-t-il.

Evra « fou de rage »

Evra, Gallas et Sagna cherchent, eux, à livrer une autre vérité que celle de « caïds immatures », comme la ministre des Sports de l’époque, Roselyne Bachelot, avait qualifié certains joueurs sans les nommer.

Patrice Evra assure que Nicolas Anelka était prêt à s’excuser en interne mais qu’on ne lui en a pas laissé l’occasion. Le capitaine confie avoir abordé « fou de rage » la conférence de presse durant laquelle, le regard noir, il lâche que « le problème de l’équipe de France, […] c’est le traître qui est parmi nous ».

De même, après la grève et le scandale qu’elle provoque, Evra voulait aussi faire amende honorable en conférence de presse mais Domenech aurait refusé qu’il s’exprime.

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« Tu crois que je vais accepter de m’asseoir à côté de toi pour que tu t’excuses ? », se remémore l’ancien sélectionneur. Evra y voit la volonté d’envoyer un message : « Allez, allez, on va montrer que c’est des enfants gâtés », « des millionnaires qui refusent de s’entraîner ».

Le documentaire se termine sur une thèse inattendue autour de l’éventuelle « taupe », un élément que Netflix a demandé aux médias de ne pas dévoiler.

Des journalistes de L’Equipe, Sébastien Tarrago, Vincent Duluc, s’expriment également, ainsi que Roselyne Bachelot, le chef de presse des Bleus François Manardo et l’ancien préparateur physique Robert Duverne, en larmes.