“L’heure de vérité”, titre la dernière édition de l’hebdomadaire sud-africain Mail & Guardian, en surplomb d’un montage montrant le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, assis sur un canapé couvert de billets, le regard dur. Au moment du bouclage du journal, le 7 mai, le chef d’État attendait encore de savoir si la Cour constitutionnelle sud-africaine allait ressusciter une procédure de destitution balayée par le Parlement en 2022.

Le lendemain, c’est chose faite.

Au cœur de l’affaire, un scandale hors norme. En juin 2022, un ancien patron des services du renseignement, allié de l’ancien président accusé de corruption, Jacob Zuma, révèle que le président Ramaphosa a été victime d’un cambriolage peu ordinaire deux ans plus tôt.

Dans sa ferme de Phala Phala, dans le Limpopo, des voleurs ont dérobé 580 000 dollars (493 720 euros) en liquide dissimulés dans un canapé. Mais l’ancien maître espion Arthur Fraser assure que le vol n’aurait jamais été déclaré officiellement. Au lieu de ça, des membres de la sécurité du président seraient partis à la poursuite des voleurs jusqu’en Namibie.

L’“aube nouvelle” n’est pas advenue

L’histoire, révélée par une source sulfureuse, paraissait peu crédible jusqu’à ce que la présidence confirme le vol, tout en démentant les accusations. Elle justifie la présence d’une importante somme en devises étrangères par la vente de bétail rare, dont le président est un éleveur passionné.

Mais en novembre 2022, le rapport d’enquête préliminaire d’un panel indépendant établi par l’Assemblée nationale conclut que le président pourrait, “à première vue”, avoir violé la Constitution et commis une faute grave.

La vente de bétail ne justifie pas entièrement la provenance des fonds et le président pourrait avoir abusé de son pouvoir en diligentant une enquête secrète, estime le panel. Il recommande l’établissement d’un comité de destitution chargé de mener une enquête approfondie, ouvrant la voie à une décision de l’Assemblée sur une éventuelle destitution.

À l’époque, la recommandation est balayée par un vote de l’Assemblée nationale, acquise au Congrès national africain (ANC), le parti du président. Mais le 8 mai 2026, la plus haute cour du pays juge ce vote inconstitutionnel : conformément aux recommandations du panel, un comité de destitution doit être établi.

Le coup est rude pour le président élu sur la promesse d’une “aube nouvelle”, débarrassée de la corruption systémique qui a marqué le mandat de son prédécesseur. En 2022, au pic de la crise, on le disait au bord de la démission. Le 11 mai, il a exclu cette option et annoncé qu’il s’apprêtait à saisir la justice pour contester les conclusions du panel, qu’il estime “défaillantes”.

La procédure devrait lui permettre de gagner du temps, alors que son parti, qui a perdu sa majorité absolue à l’Assemblée nationale, n’est plus en mesure de le protéger seul.