Chaque été, le même mouvement se rejoue : des familles algériennes prennent massivement la route vers la Tunisie. À l’échelle annuelle, le phénomène se compte désormais en millions de visiteurs. Pour l’été 2026, les premiers signaux annoncent une saison très dynamique, mais les préparatifs se déroulent dans un contexte plus complexe.

Un flux qui bat des records

En 2025, plus de quatre millions de touristes algériens ont visité la Tunisie, soit une progression de 14,6 % par rapport à 2024, année elle-même déjà en hausse de 15,5 %. Avant même le début de la haute saison 2026, les postes frontaliers de Jendouba avaient enregistré 131 169 entrées algériennes entre le 1er janvier et le 25 février.

Pour capter cette clientèle de proximité, la Tunisie vient aussi d’annoncer des réductions hôtelières pouvant atteindre 55 % dans certains établissements, dans le cadre d’une campagne destinée à encourager le tourisme intérieur et maghrébin, notamment algérien et libyen.

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L’allocation de 750 euros, levier et source de complications

Portée à 750 euros depuis juillet 2025, l’allocation touristique algérienne a renforcé le pouvoir d’achat des voyageurs. Pour une famille se rendant en Tunisie en voiture, elle représente un appoint important, rendant la destination encore plus accessible pour un séjour en hôtel 3 ou 4 étoiles.

Mais cette mesure a aussi engendré des dérives. Comme Webdo l’avait rapporté en décembre dernier, les autorités algériennes avaient mis au jour une vaste fraude autour de cette prime, impliquant des voyages fictifs vers la Tunisie et des bénéficiaires présentés comme voyageurs sans réel séjour à l’étranger. En réponse, la Banque d’Algérie a durci les conditions d’accès, imposant notamment l’obligation de détenir un compte bancaire actif.

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Les agences sous pression, la voiture en tête

Les voyages organisés ont également subi de nouvelles contraintes. Les autorités algériennes ont imposé aux agences des règles plus strictes pour les trajets collectifs vers la Tunisie, dont l’obligation d’utiliser des bus de moins de dix ans. Une exigence difficile à satisfaire pour de nombreux professionnels, qui a fragilisé une partie des programmes de voyages organisés.

Dans ce contexte, la voiture individuelle reste le principal mode de passage. Elle offre davantage de souplesse aux familles, permet de maîtriser une partie des coûts et s’adapte mieux aux séjours improvisés ou aux déplacements vers plusieurs villes tunisiennes.

Train et bus : des alternatives encore modestes

Face à ces blocages, des alternatives terrestres reprennent toutefois place. La liaison ferroviaire Annaba–Tunis, relancée en août 2024 après une longue interruption, assure trois dessertes hebdomadaires, avec des arrêts notamment à Souk Ahras, Ghardimaou, Jendouba et Béja.

En mars 2026, deux nouvelles lignes internationales de bus ont également été lancées entre la Tunisie et l’Algérie : Tunis-Alger et Tunis-Annaba. Ces alternatives restent encore limitées face au poids de la voiture individuelle, mais elles élargissent l’offre pour les familles qui ne peuvent ou ne veulent pas prendre la route seules.

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L’enjeu de la conversion économique

Hammamet, Sousse, Djerba et Tabarka restent parmi les destinations les plus prisées par les visiteurs algériens. Les grandes stations balnéaires attirent les familles, tandis que les régions frontalières bénéficient d’un tourisme plus spontané, souvent plus court et moins capté par les circuits classiques.

La Tunisie reste, pour l’Algérien moyen, la destination étrangère la plus accessible : sans visa, à quelques heures de route, avec des repères culturels familiers et une offre hôtelière connue. Mais l’été 2026 met aussi en lumière une contradiction : jamais la demande algérienne n’a semblé aussi forte, jamais les conditions du voyage n’ont paru aussi contraignantes.

Le défi, pour la Tunisie, sera donc de transformer cette affluence en retombées mieux réparties : dans l’hôtellerie, la restauration, le transport, l’artisanat et les régions frontalières. Car derrière les files de voitures aux postes-frontières, c’est l’un des piliers les plus solides du tourisme tunisien qui se joue.