Adoptée à Nairobi le 12 mai 2026, la Déclaration finale du sommet Africa Forward redéfinit les bases du partenariat économique entre l’Afrique et la France. Plus structurée que les précédents formats, elle pose les jalons d’un basculement vers l’investissement et la souveraineté économique. Mais derrière cette inflexion, le texte reste marqué par l’absence d’engagements financiers à la hauteur des enjeux.
La Déclaration de Nairobi consacre une évolution stratégique désormais assumée. Elle inscrit le partenariat Afrique-France dans une logique de co-investissement et de création de valeur, en affirmant la volonté de privilégier « la co-création, le co-investissement […] et la création de valeur à long terme ».
Ce repositionnement s’accompagne d’un objectif central, à savoir sortir d’un modèle fondé sur l’exportation de matières premières pour aller vers une transformation locale accrue. Le document reconnaît explicitement que « la dépendance persistante aux exportations de matières premières […] constitue une source de vulnérabilité ». En ce sens, il aligne le discours du sommet sur les priorités africaines en matière d’industrialisation et de montée en gamme.
Un diagnostic élargi aux déséquilibres mondiaux
Au-delà des contraintes internes, la Déclaration pointe les effets des déséquilibres de l’économie mondiale. Elle souligne que certaines dynamiques globales « entravent l’industrialisation et le développement des exportations du continent africain ».
Les annexes prolongent ce constat en décrivant un environnement marqué par « des tensions géopolitiques croissantes, une fragmentation économique et des déséquilibres macroéconomiques mondiaux ». Dans ce contexte, les marges de manœuvre des économies africaines restent contraintes, alors même que le continent doit absorber « plus de 10 millions de jeunes chaque année sur le marché du travail ».
Les annexes apportent des éléments plus concrets sur les leviers financiers envisagés, tout en confirmant leur portée limitée à court terme. Le texte évoque ainsi un objectif de « jusqu’à 6,4 milliards de dollars de garanties par an d’ici 2030 » via les dispositifs du Groupe de la Banque mondiale. Il mentionne également une opération de 100 millions d’euros entre la BOAD (Banque ouest-africaine de développement) et Proparco (filiale de l’AFD), ainsi qu’un programme pouvant atteindre 500 millions de dollars pour des financements en monnaie locale.
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Ces montants témoignent d’initiatives en cours, mais restent fragmentés à l’échelle des besoins. Le document souligne d’ailleurs que « la mobilisation des financements privés est devenue encore plus cruciale », traduisant un basculement vers des instruments d’atténuation des risques et de structuration des marchés.
Industrie, énergie, minerais critiques : des priorités structurantes
Les enjeux d’industrialisation, d’énergie et de valorisation des minerais critiques occupent une place centrale dans la Déclaration. Le texte met en avant une « industrialisation verte » reposant sur le développement des énergies renouvelables – notamment le nucléaire, mentionné pour la première fois – ainsi que les chaînes de valeur locales et la transformation des ressources. Il insiste également sur la souveraineté des États sur leurs ressources et sur la nécessité d’en renforcer la valorisation locale.
Ces orientations s’inscrivent dans un contexte de compétition accrue autour des ressources stratégiques et de la transition énergétique. Elles impliquent toutefois des investissements massifs dans les infrastructures, les capacités industrielles et les technologies.
Les annonces faites en marge du sommet par le Président Emmanuel Macron donnent un ordre de grandeur de ces ambitions. Un volume global de 23 milliards d’euros a été évoqué, dont 14 milliards d’engagements français et 9 milliards portés par des acteurs africains. La répartition communiquée par l’Élysée prévoit 4,3 milliards d’euros pour la transition énergétique, 3,76 milliards d’euros pour le numérique et l’intelligence artificielle, 3,3 milliards d’euros pour l’économie bleue, 1 milliard d’euros pour l’agriculture et 942 millions d’euros pour la santé.
Ces montants, absents de la Déclaration elle-même, mais répétés par le Président Emmnanuel Macron dans son discours final, éclairent néanmoins la hiérarchie des priorités et l’ampleur des investissements nécessaires pour soutenir la transformation productive du continent.
La Déclaration affirme que l’avenir du continent repose sur « le renforcement des capacités productives, l’industrialisation et une croissance tirée par l’innovation », avec l’objectif de « passer d’un modèle économique extractif à des systèmes de production à plus forte valeur ajoutée ».
Cette ambition se heurte toutefois à des contraintes persistantes, notamment en matière de financement, de compétitivité et d’intégration dans les marchés mondiaux.
Un cadre stratégique cohérent, encore à concrétiser
Si la Déclaration de Nairobi formalise une évolution du partenariat Afrique-France vers un modèle centré sur l’investissement, l’industrialisation et la création de valeur, le texte rdit bien la nécessité de transformation des mécanismes. Comme l’indique le document, l’ambition est de bâtir « un partenariat fondé sur des intérêts mutuels et une prospérité partagée ».
La portée réelle du sommet dépendra de sa traduction dans les enceintes où se décident les équilibres financiers mondiaux. La Déclaration appelle en effet la France, en lien avec le Kenya, à porter les préoccupations africaines lors du prochain sommet du G7, prévu à Évian en juin 2026.
Sur ce point, le Président de la République française a réitéré l’importance de la présence de l’Afrique à Evian et a précisé dans son discours final que « nous irons, avec le président Ruto, (…) porter au G7 d’Evian l’agenda que nous aurons défini ». Viendra ensuite le tour des Nations Unies, du FMI ou encore de la Banque mondiale.