Le café est le deuxième produit exporté par l’Ouganda en valeur derrière l’or. Le pays cherche à diversifier ses débouchés au-delà de l’Union européenne.

En Ouganda, la filière café ne veut plus jouer les seconds rôles sur le marché turc. Durant la semaine écoulée, le gouvernement a scellé un partenariat stratégique avec l’entreprise turque Kafe Kavil, spécialisée dans l’approvisionnement et la distribution de café.

Conclu sous l’égide du ministère ougandais de l’Agriculture, cet accord vise à accroître la visibilité du café ougandais en Turquie, à faciliter les contacts commerciaux et à développer des circuits d’exportation plus directs entre producteurs ougandais et acheteurs turcs.

L’annonce officielle du partenariat a été faite lors d’une séance de dégustation et de rencontres B2B organisée à Ankara par l’ambassade d’Ouganda et Kafe Kavil, en présence d’importateurs, de torréfacteurs, d’investisseurs et d’autres professionnels de la filière.

Pour les autorités, ce type de partenariat marque une rupture avec le modèle classique dominé par les grands négociants internationaux, en donnant davantage de place aux producteurs et aux institutions publiques dans la chaîne de valeur.

Une présence encore faible sur un marché à fort potentiel

Si la filière café ougandaise nourrit des ambitions sur le marché turc, c’est d’abord en raison de son potentiel important. En effet, le café prend de plus en plus d’importance, notamment au niveau de la couche juvénile qui s’associe à un style de vie urbain et plus moderne par rapport au thé dont le pays est le premier consommateur mondial par habitant.

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Depuis 2018, selon les données de TradeMap, la valeur des achats de café dans le pays a plus que quadruplé, passant de 186,5 millions de dollars (159 millions d’euros) à 909 millions de dollars en 2025.

Alors que cette forte croissance sur la dernière décennie a fourni un terreau favorable pour les grands acteurs mondiaux du secteur, l’Ouganda demeure encore à la traîne. Le deuxième producteur africain de fèves n’est que le 7e fournisseur du pays du Moyen-Orient.

Sur ce marché, le Brésil domine largement, captant plus de 60% des importations de café de la Turquie, grâce à des volumes massifs et à une position bien établie dans les segments industriel et de grande distribution.

Derrière ce leader, on retrouve des fournisseurs comme les Pays-Bas, l’Allemagne ou l’Italie, qui réexportent souvent du café transformé, mais aussi des grands pays producteurs comme la Colombie ou l’Éthiopie.

En améliorant sa visibilité, en mettant en avant la qualité et la traçabilité de ses cafés, et en s’alignant sur les attentes spécifiques du marché turc (profils de goût, formats, certifications), le pays veut gagner des parts de marché supplémentaires et consolider à plus long terme son ancrage afin de profiter de l’augmentation attendue de la consommation dans les prochaines années.

« Il existe un énorme potentiel pour la consommation de café en Turquie. Alors que la consommation moyenne mensuelle de café par personne en Europe est d’environ 2 kilogrammes, nous sommes connus comme une société du thé. Pourtant, nous vivons une évolution vers une culture du café. J’attribue cette évolution à l’intérêt de la génération Z pour le café. Je pense qu’à l’horizon 2030, la consommation de café par habitant en Turquie passera de 1 kilogramme à 2 kilogrammes », estimait en 2024 Serap Akçay, fondatrice et CEO de la chaîne turque De la Pau Coffee, en marge du principal salon national professionnel dédié au café.

Une filière en plein essor en quête de diversification

Ce mouvement s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des marchés, qui vise à réduire la dépendance structurelle de l’Ouganda à l’Union européenne, destination de près de 70% de ses exportations de café, avec l’Italie et l’Allemagne en tête. En se positionnant de manière plus offensive en Turquie, le pays cherche d’abord à diversifier ses débouchés afin d’écouler une offre en pleine croissance.

Le pays qui consomme moins de 5% de la production (contre par exemple près de 50% en Éthiopie) pourrait produire environ 9,3 millions de sacs de 60 kg durant la campagne 2025/2026 s’achevant en septembre prochain, un niveau en hausse de 15% par rapport à la saison précédente selon les données de l’Autorité de développement du café (UCDA).

Le pays cible en outre une offre de 30 millions de sacs d’ici 2030. Un objectif ambitieux qui oblige tous les acteurs de la filière à être proactifs dans la recherche de débouchés. Sur l’exercice 2024/2025, les recettes d’exportation de café ont atteint 2,2 milliards de dollars, soit le double des 1,14 milliard de dollars enregistrés l’année précédente, établissant un record en plus de 30 ans.