La décision de S&P Global Ratings de relever la note souveraine du Nigeria à « B », assortie d’une perspective stable, marque un tournant pour la crédibilité financière d’Abuja. L’agence valide ainsi l’orientation prise depuis 2023 par l’administration de Bola Tinubu, faite de libéralisation du taux de change, de suppression des subventions aux carburants et de réforme fiscale. Pour la première économie d’Afrique de l’Ouest, ce rehaussement intervient après plusieurs années de pression sur les comptes extérieurs et sur le naira.

Une note souveraine portée par la rupture macroéconomique de Tinubu

L’agence américaine met en avant la cohérence du programme engagé par la présidence nigériane. La fin du régime de taux de change multiple, l’unification du marché des changes et l’arrêt progressif des subventions énergétiques ont rétabli des marges de manœuvre budgétaires longtemps absentes. Ces décisions, douloureuses sur le plan social, ont permis de réduire le déficit primaire et d’enclencher une recapitalisation de la Banque centrale du Nigeria (CBN).

S&P souligne par ailleurs l’amélioration de la collecte fiscale, dopée par la réforme de l’administration des recettes et l’élargissement de l’assiette. Le ratio recettes sur PIB, longtemps parmi les plus faibles du continent, amorce une remontée. Concrètement, l’agence considère désormais que la trajectoire de la dette publique devient soutenable à moyen terme, même si le service de la dette continue d’absorber une part significative des ressources de l’État fédéral.

Le choc positif du raffinage local change la donne

L’autre pilier du relèvement tient à la transformation du secteur pétrolier. La montée en régime de la raffinerie de Dangote, à Lekki, et la remise en service partielle des installations publiques de Port Harcourt et de Warri modifient la structure de la balance commerciale. Pendant des décennies, le paradoxe nigérian a tenu à un pays exportateur de brut mais importateur massif de produits raffinés. Cette anomalie se résorbe.

S&P évalue que la réduction des importations de carburants soulage directement la demande de devises, stabilise le naira et améliore le solde courant. Le pays passe progressivement du statut d’importateur net de produits pétroliers à celui d’exportateur régional, avec des débouchés en Afrique de l’Ouest et au-delà. Cette inversion s’accompagne d’une consolidation des réserves de change de la CBN, un indicateur scruté par les détenteurs d’eurobonds nigérians.

Reste que la dépendance aux cours du brut demeure un facteur de vulnérabilité. Toute correction durable des prix internationaux affecterait la trajectoire budgétaire, même avec un appareil de raffinage modernisé. L’agence intègre ce risque dans sa perspective stable, qui ne préjuge pas d’un nouveau relèvement à court terme.

Un signal stratégique pour les investisseurs et le marché obligataire

Pour les marchés, le passage de la note nigériane à « B » réduit la prime de risque exigée sur les titres souverains et facilite les opérations de refinancement extérieur. Abuja, qui a déjà sondé les marchés internationaux ces derniers mois, dispose d’une fenêtre plus favorable pour lever des ressources en devises. Les filiales africaines des banques nigérianes, dont Access, GTCO et Zenith, bénéficient indirectement de cette amélioration souveraine, leurs notations étant traditionnellement plafonnées par celle de l’État.

La décision de S&P s’inscrit dans une dynamique plus large de réévaluation du risque africain. Plusieurs économies du continent, longtemps reléguées dans la catégorie spéculative basse, voient leurs fondamentaux scrutés sous un angle nouveau, à mesure que les politiques d’orthodoxie budgétaire se diffusent. Le cas nigérian fera référence, en particulier auprès des partenaires institutionnels comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, qui accompagnent depuis 2023 le programme de réformes.

Pour autant, l’exécutif fédéral devra démontrer que les gains macroéconomiques se traduisent par une amélioration tangible du niveau de vie. L’inflation, encore élevée, et la pression sur les ménages constituent un test politique majeur pour Bola Tinubu, à mi-mandat. Le succès du modèle nigérian, désormais validé par les agences, se jouera autant sur les indicateurs que sur sa soutenabilité sociale.

Selon Financial Afrik.

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